vendredi 27 août 2010

Somalie - Turpitudes d’un non-Etat

(L'Observateur Paalga 27/08/2010)
La Somalie, ce pays situé à l’extrémité orientale de la corne de l’Afrique refait encore parler d’elle. En effet, depuis le début de la semaine, les rebelles islamistes Shebab sèment la terreur et la désolation dans la capitale, Mogadiscio, en perpétrant des attentats et en pilonnant les forces gouvernementales par des tirs de mortier. Bilan provisoire d’une telle montée de la violence : une centaine de civils tués dont des parlementaires, d’importants dégâts matériels et de nombreux blessés que l’hôpital a du mal à soigner au regard de la vétusté du matériel et du manque de personnel soignant.
Ce n’est pas la première fois que la Somalie vit ces périodes troubles et funestes. Il ne peut en être autrement dans un Etat qui n’en est pas un, où règnent en maîtres absolus des seigneurs de guerre qui contrôlent des zones du pays et vivent de la piraterie, du pillage, du trafic d’armes et de drogue. Leurs seules motivations étant l’appât du gain illicite, ils n’ont pas intérêt à ce qu’un gouvernement s’établisse pour faire régner l’ordre et la discipline.
Dès lors, ces milices recourent régulièrement à la guerilla urbaine pour remettre en cause pareil processus en détruisant les édifices publics et en attendant à la vie des personnalités politiques. Et ces forces du mal étant de confession musulmane, le prétexte est tout trouvé : "C’est un combat contre le gouvernement apostat et les envahisseurs chrétiens", clament ces illuminés qui se réclament d’Al-Qaïda.
"Grâce à Dieu, nous avons tué beaucoup de soldats, et les moujahidines contrôlent maintenant plusieurs de leurs positions", a déclaré le porte-parole des Shebab. C’est donc au nom d’Allah, le Miséricordieux, que ces rebelles somaliens se réveillent à l’heure de la prière (5h30) pour mettre le pays à feu et à sang. Les turpitudes de la Somalie ne datent pas d’aujourd’hui. Depuis son indépendance en 1959, elle n’a connu que des guerres civiles, qui ont contribué à la déliquescence socio-économique et à la fragmentation de l’Etat.
La situation qui prévaut dans cette partie de l’Afrique est similaire à celle de l’Iraq et de l’Afghanistan, où au nom de la lutte contre l’occupation étrangère et les liens entre les autorités locales et les puissances occidentales, des individus non identifiés se constituent en groupes terroristes pour réduire à néant les efforts de reconstruction et rendre le territoire ingouvernable.
Une guerre non conventionnelle où il y a d’un côté les loyalistes, appuyés par des soldats étrangers, et de l’autre une nébuleuse. Pour le cas de la Somalie, jusque-là, la mission des troupes de l’Union africaine (UA) se limite à défendre les positions gouvernementales et à protéger le port et l’aéroport pour permettre l’acheminement de l’aide internationale.
Il va falloir revoir leur raison d’être et leur assigner une autre tâche, à savoir prendre l’initiative d’aller à l’offensive contre les Shebab, dont la nuisance ne se limite pas au territoire somalien, mais s’étende dans la région, puisqu’ils ont revendiqué les récents attentants suicides de Kampala, en Ouganda, qui ont fait 70 morts. Pour avoir la paix, il faut souvent passer par la guerre, surtout qu’en face l’adversaire n’a ni revendications légitimes ni agendas politiques nécessitant l’ouverture de négociations pour trouver une issue pacifique.

Adama Ouédraogo Damiss
© Copyright L'Observateur Paalga

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