mardi 31 août 2010

Burundi -Le président «travaille pour nous, mais surtout avec nous»

 (Le Temps.ch 31/08/2010)
Le président Pierre Nkurunziza, un Hutu réélu en juin lors d’un scrutin boycotté par l’opposition, a prêté serment semedi pour un second mandat, celui de l’enracinement de la paix. Comment est-il perçu par ses concitoyens?
Kinama, l’un des quartiers périphériques de Bujumbura. Depuis 10 heures 30 ce samedi, la circulation a repris, les magasins ont levé leurs volets. Abdoul et Philippe font une pause. L’un est chauffeur et vient de Bujumbura rural, l’autre travaille à la boulangerie. Depuis l’aube, comme tous les samedis matin, ils ont participé à l’umuganda, le travail communautaire requis par les autorités. En compagnie d’autres habitants du quartier, ils ont curé le caniveau, déblayé et brûlé les immondices. Ils se moquent des paresseux qui, en ville, se sont contentés de dormir plus longtemps. Eux, ils assurent avoir répondu à l’appel du président, qui a demandé à la population de se prendre en charge.
Lorsqu’on l’interroge sur le président Pierre Nkurunziza, que beaucoup appellent «Pieter», et qui a prêté serment samedi pour un deuxième mandat, après avoir été réélu le 28 juin avec 91,6% des voix, Abdoul est intarissable: «Cet homme-là travaille pour nous, mais surtout avec nous. Je l’ai vu participer à la construction d’une école; il portait lui-même les briques et les pierres, j’ai admiré ses muscles.»
Dans ce quartier populaire, qui fut l’un des bastions du mouvement rebelle hutu FNL (Front national de libération), Philippe tempère cependant ces éloges: «Nous apprécions la sécurité, c’est vrai et aussi les nouvelles routes, les écoles que nous avons contribué à construire. Mais des jeunes du quartier sont en prison, soupçonnés de soutenir le FNL qui s’est retiré du processus électoral et dont le président Agathon Rwasa est passé à la clandestinité, car il craignait d’être arrêté.»
Dans un autre quartier populaire, Musaga, plusieurs des femmes du marché reconnaissent elles aussi les mérites du président: «Grâce à lui, dit Ermeline, mes enfants ne paient plus l’école primaire.» Sa voisine Adèle interrompt la cuisson de ses beignets pour ajouter: «Je soutiens trois enfants orphelins en province. L’école primaire est gratuite c’est vrai, mais les enseignants sont souvent en grève et l’année scolaire a du être prolongée. Quant aux cahiers et aux livres, ils restent chers.»
Dans le quartier de Buyenzi, celui dit des «Débrouillards», où se retrouvent aussi des Congolais, des Tanzaniens, tout le monde travaille. On y trouve des pièces de rechange, des marchandises «tombées des camions», des ateliers en tout genre. A l’ombre de la paroisse Saint Augustin, Léonie cuisine pour tous ces travailleurs. En 2007, elle a accouché de jumeaux, à l’hôpital Régent Charles: «J’ai dû subir une césarienne. Auparavant, on m’aurait demandé 100 000 francs burundais [ndlr: 100 dollars environ] et, si je n’avais pas pu payer, on m’aurait gardée en otage jusqu’à ce que la famille apporte l’argent. Cette fois, l’opération a été gratuite. Mais comme je ne payais pas, les médecins faisaient la tête.»
Léonie, en quelques mots, résume la situation: «C’est avec ma cuisine que je fais vivre ma famille, car il n’y a pas de travail pour tout le monde. Les jeunes, même ceux qui ont étudié, sont dans la rue. C’est dangereux, car les nombreux démobilisés pourraient avoir envie de retourner dans les maquis. Mais tout de même, il y a de l’espoir.»
Même son de cloche à Kamenge, au Centre des jeunes. Voici quelques années, ce quartier peuplé essentiellement de Hutus, était une véritable zone de guerre, autant que Kinama et Musaga, plus excentriques. Des bandes de jeunes y faisaient la loi, on tuait dans les maisons, l’armée se lançait dans de brutales opérations de pacification. Aujourd’hui, le Centre des jeunes déploie toujours ses salles de jeu, ses terrains de foot. Mais il accueille aussi des lycéens venus d’un quartier plus favorisé. Avec les gamins du quartier, Adelin, élève de 3e moderne, a fabriqué des briques durant deux semaines: «Mes camarades et moi, nous sommes contents d’avoir travaillé gratuitement, car ces briques permettront ici de construire une nouvelle école primaire.»
Dans son discours d’investiture, Pierre Nkurunziza, 45 ans, sportif accompli et ancien maquisard, a déclaré qu’il était «le premier président – sous entendu hutu – à être allé jusqu’au bout de son mandat électoral et à avoir été reconduit». Sans avoir été renversé ou assassiné…
Pour son deuxième mandat, celui de l’enracinement de la paix, il a annoncé deux chantiers d’importance: la mise sur pied d’une Commission vérité et réconciliation, afin d’examiner tous les crimes de guerre commis au cours des dernières décennies, par les uns et par les autres, et la «tolérance zéro» dans la lutte contre la corruption. Regardant droit devant lui, il a averti: «Un homme averti en vaut deux.» Dans la grande salle du palais de Kigobe, où étaient réunis élus et dignitaires, il y eut comme un frémissement.
Colette Braeckman Bujumbura

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