mardi 31 janvier 2012

Sénégal - Une crise préélectorale aiguë

(Le Temps.ch 31/01/2012)
Confirmée dans la nuit de dimanche à lundi, la candidature du président sortant Abdoulaye Wade à sa réélection risque de précipiter le Sénégal dans le chaos. Deux personnes sont mortes et cinq ont été blessées lundi dans le nord du pays, lors d’affrontements entre opposants au président et forces de l’ordre. Ces violences font suite à une première flambée survenue vendredi et qui a causé la mort d’un policier. Elles risquent de se poursuivre et de s’intensifier aujourd’hui, lors de manifestations prévues par l’opposition à Dakar, même si celle-ci appelle à un «rassemblement pacifique».
Si la situation devait dégénérer, elle verrait sombrer dans la violence l’un des Etats de l’Afrique de l’ouest dont la tradition démocratique fait, à bien des égards, figure de modèle sur le continent.
A l’origine des tensions, l’obstination d’Abdoulaye Wade, qui avoue 85 ans – un âge très probablement inférieur à celui qu’il a atteint en réalité – à vouloir conserver le pouvoir en briguant un troisième mandat le 26 février prochain. Ses opposants dénoncent une démarche anticonstitutionnelle, faisant valoir que les mandats présidentiels sont limités à deux. De son côté, le chef de l’Etat plaide que des modifications de la charte fondamentale effectuées durant ses douze ans de pouvoir assurent la légitimité de sa candidature.
Youssou N’Dour exclu
Celle-ci a été confirmée dans la nuit de dimanche à lundi par le Conseil constitutionnel – dont les membres sont nommés par Abdoulaye Wade – qui a écarté les recours déposés par huit opposants du président, visant à empêcher son entrée en lice. L’organe, dont la décision ne peut être contestée devant une instance supérieure, a aussi écarté la candidature du chanteur Youssou N’Dour, 52 ans, en arguant qu’il n’était pas parvenu à présenter les 10 000 signatures valides nécessaires pour pouvoir prendre part à l’élection. «Le Sénégal et son peuple ont mal. Nous avons été trahis par cette décision honteuse», a-t-il commenté.
Autre élément qui aiguillonne la fureur des détracteurs d’Abdoulaye Wade: la détention, depuis samedi, par la police, d’Alioune Tine, défenseur des droits de l’homme et coordinateur du M23, qui rassemble à la fois des opposants politiques et des représentants de la société civile.
Le mouvement est né le 23 juin dernier, alors que le président tentait une nouvelle fois de modifier la Constitution en sa faveur, en imposant un double ticket pour l’élection présidentielle, avec, à la clé, la désignation du chef de l’Etat et d’un vice-président sur la base de 25% des suffrages au lieu de la majorité absolue. La manœuvre avait pour but d’installer au pouvoir son fils, le très contesté Karim Wade, 42 ans, qui a notamment échoué à se faire élire à la mairie de Dakar en 2009.
L’ire qui gagne les Sénégalais semble aujourd’hui à la mesure des espoirs qu’avait fait naître en 2000 l’élection de ce libéral, après quarante ans de régime socialiste sous Léopold Sédar Senghor et son successeur, Abdou Diouf. D’après Philippe Hugon, directeur de recherches à l’Institut français de relations internationales et stratégiques, ce n’est pas son bilan qui plombe en premier lieu Abdoulaye Wade, «car malgré le chômage élevé, [49% en 2010], et le conflit lié à la Casamance, toujours en souffrance, celui-ci n’est pas aussi mauvais que le prétend l’opposition, notamment en termes d’infrastructures, d’investissements, ou même de scolarisation.» Le grand problème du président, ajoute-t-il, c’est sa «très faible légitimité démocratique», et, s’il s’obstine, l’exaspération d’une jeunesse qui piaffe de déclencher un «printemps africain».

Sandra Moro

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Congo : Première tablette tactile africaine

(Afrique 7 31/01/2012)
L’Afrique est en train d’écrire une nouvelle page de son histoire. En effet la toute première tablette tactile entièrement conçue en Afrique par l’informaticien congolais Vérone Mankou, est désormais commercialisée et disponible sur le marché depuis ce lundi.
Agé de 26ans, le jeune homme a reçu les honneurs et son produit, s’il est convenablement consommé, pourrait révolutionner le marché africain.
Mesurant 19 cm de long, 17 cm de large, et épaisse de 1,2 cm, la tablette a été baptisée Way-C qui veut dire « lumière des étoiles », dans un dialecte du nord-Congo. En outre elle dispose d’une mémoire de 512 Mo et d’un système wifi intégré.
Pour les sceptiques, qu’ils se rassurent, « sur le plan technologique, cette tablette est équivalente à toutes celles qu’on trouve sur le marché », a souligné M. Mankou, faisant allusion à l’Ipad de Apple.
Adaptant le prix au contexte africain, la tablette coûte aujourd’hui 150.000 FCFA (environ 300 dollars). Un prix « acceptable et relativement bas, par rapport à la technologie utilisée » selon son concepteur qui est aussi conseiller en nouvelles technologies de la communication au ministère congolais des Postes et télécommunications.
Toutefois même si ce joyau a été entièrement conçu au Congo, il a été assemblé en Chine, pour la simple raison que le Congo ne dispose pas d’usine et pour des raisons de coût. Avec un financement total s’élevant à plus de 80 millions de FCFA (près de 160.000 dollars), la tablette sera commercialisée dans dix pays d’Afrique de l’ouest, en Belgique, France et en Inde à compter du 15 février prochain.

Auteur : Philippe Omotundo

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Senegal - "L'invalidation de la candidature de N'Dour sonne comme une provocation politique"

(Le Monde 31/01/2012)
Etienne Smith, chercheur en sciences politiques à l'université Columbia, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest.
Considérez-vous comme une surprise la décision du Conseil constitutionnel de valider la candidature d'Abdoulaye Wade et d'interdire celle de Youssou N'Dour ?

Etienne Smith : La décision du Conseil constitutionnel n'est pas vraiment une surprise, dans la mesure où ses cinq membres ont été nommés par M. Wade, qui a par ailleurs récemment augmenté leur salaire. Son président, Cheikh Tidiane Diakhaté, est un personnage controversé, connu pour sa proximité avec Wade.
Mais une partie des Sénégalais conservait l'espoir que les juges mesureraient la portée historique de leur décision et seraient capables de prendre une décision impartiale, d'autant plus que l'immense majorité des spécialistes sénégalais du droit constitutionnel se sont prononcés contre la validation de la candidature de Wade.
La vraie surprise, c'est l'invalidation de la candidature de Youssou N'Dour, qui sonne comme une provocation politique. Le pouvoir de Wade a eu réellement peur d'un "effet N'Dour" dans la campagne, notamment de l'attention médiatique internationale qu'a suscité sa candidature. Il a donc préféré l'exclure. Au fond, cette décision est à elle seule le meilleur symbole de la dégradation des institutions républicaines sénégalaises sous Abdoulaye Wade. La règle de droit sert les convenances personnelles d'un monarque qui semble incapable de dissocier l'Etat de sa personne.
Certains se risquent à tirer des comparaisons entre la situation actuelle au Sénégal et celle en Côte d'Ivoire – où une instance constitutionnelle invalide une candidature ou une victoire – laissant entendre que cela pourrait dégénérer. Est-ce votre avis ?
Etienne Smith : La situation au Sénégal est très différente de celle de la Côte d'Ivoire, en raison d'un contexte historique plus démocratique et de l'absence de clivages communautaires fortement politisés au Sénégal. Cependant, les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets : l'exclusion d'un candidat aussi connu que Youssou N'Dour provoque déjà des tensions.
"Wade est une sorte de mélange de Félix Houphouët-Boigny, dans sa volonté de s'éterniser au pouvoir et de penser que l'Etat lui appartient, et de Laurent Gbagbo [sur la photo], cet éternel opposant qui, une fois au pouvoir, n'a plus l'intention de le quitter".
Mais plus que son invalidation, c'est la validation de la candidature de Wade qui est source de conflit. Abdoulaye Wade est une sorte de mélange de Félix Houphouët-Boigny [président ivoirien de 1960 à 1993], dans sa volonté de s'éterniser au pouvoir et de penser que l'Etat lui appartient, et de Laurent Gbagbo, cet éternel opposant qui, une fois au pouvoir, n'a plus l'intention de le quitter. Enfin, son désir de se faire succéder par son fils impopulaire [Karim Wade] le rapproche des anciens dictateurs Omar Bongo, du Gabon, et Gnassingbé Eyadéma, du Togo.
La situation peut donc tout à fait dégénérer, car une bonne partie de l'opinion considère la candidature de Wade comme illégitime, et même absurde au regard de son âge. Et comme il n'y a plus de recours légal, la seule arme qu'il reste c'est la pression de la rue. Wade va certainement jouer de cette peur de la déstabilisation du pays, vis-à-vis de l'opinion sénégalaise, mais aussi de la communauté internationale, pour tenter de masquer le fait que sa candidature et les ambitions de son fils sont en réalité la principale source d'instabilité. Depuis des années déjà, l'image positive dont bénéficie le Sénégal à l'étranger empêche la prise de conscience par la communauté internationale de la gravité des dérives au sommet de l'Etat. La situation actuelle agit comme un révélateur.
Quelles options se présentent désormais à l'opposition sénégalaise ? Les manifestations prévues mardi 31 janvier peuvent-elles peser sur le processus politique ?
Etienne Smith : L'opposition est dans une situation difficile, car elle ne dispose plus de voies juridiques pour refuser la candidature d'Abdoulaye Wade. Il ne lui reste que la pression populaire, c'est-à-dire les manifestations de rue et l'appel au soutien international face à ce qu'elle présente comme un coup de force de Wade. Comme les manifestations du 23 juin 2011 l'ont montré, seule la rue est capable de faire reculer Wade.
Mais si la rue ne remporte pas une victoire rapide, l'opinion pourrait se retourner contre l'opposition par refus de voir le pays être paralysé pendant plusieurs semaines. Et l'opposition pourrait alors se diviser, entre ceux qui souhaitent aller aux urnes malgré tout, et ceux qui persisteront dans leur refus de la présence de Wade.
La mobilisation de mardi sera donc décisive, d'autant qu'un scénario de type "printemps arabe" n'est pas à exclure, tant l'exaspération des populations est grande. Tout dépendra aussi de l'écho médiatique international de ces manifestations. La faible couverture internationale des événements en Afrique subsaharienne, par rapport au Maghreb ou au Moyen-Orient par exemple, a souvent découragé les mouvements démocratiques en Afrique par le passé. Cette fois, la situation est différente car Wade a commis l'erreur d'ignorer la notoriété de Youssou N'Dour et la place symbolique particulière qu'occupe le Sénégal en Afrique.

Propos recueillis par Luc Vinogradoff
Etienne Smith, chercheur en sciences politiques à l'université Columbia, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest | LEMONDE.FR | 31.01.12 | 11h03 • Mis à jour le 31.01.12 | 11h08



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UA : la réélection de Jean Ping bloquée, la carte d'un ex-président africain avancée (PAPIER GENERAL)

(Xinhuanet 31/01/2012)
ADDIS ABEBA -- L'élection du président de la Commission de l'Union africaine (CUA) est reportée à juillet 2012, au prochain sommet de l'Union africaine, a indiqué lundi un officiel sud-africain participant au sommet de ce mois de janvier.
A l'issue de trois tours d'un scrutin très disputé, aucun des deux candidats, à savoir le président sortant de la CUA Jean Ping et la ministre sud-africaine de l'Intérieur Nkosazana Clarice Dlamini-Zuma, n'a obtenu les deux tiers des votes requis pour l'emporter, si bien que la CUA a décidé de suspendre l'élection, a indiqué une source de la CUA à Xinhua.
Le porte-parole du ministère sud-africain des Relations internationales, Clayson Monyela, a écrit sur son compte twitter que l'actuel vice-président de la CUA, le Kenyan Erastus Mwencha, dirigerait la Commission de l'Union africaine jusqu'au 19e sommet qui aura lieu en juillet prochain au Malawi.
La concurrence a été très vive pour l'élection à la présidence de la CUA organisée durant le 18e sommet à Addis-Abeba. Une source de la CUA a fait savoir à Xinhua que Jean Ping avait devancé Dlamini-Zuma lors des trois tours de vote.
Au premier tour, "c'était 28 voix contre 25, ce qui ne lui a pas donné une majorité absolue", a précisé la source. Le deuxième tour a été plus serré encore, Jean Ping obtenant 27 voix tandis que la candidate sud-africaine en recueillait 26. Au troisième tour, l'écart s'est légèrement creusé, les deux candidats obtenant respectivement 29 et 24 voix.
Selon les règlements de l'UA, un candidat est élu président s'il obtient une majorité des deux tiers des voix des membres ayant le droit de vote, c'est-à-dire des Etats membres qui ne font pas l'objet d'une sanction. Tant que les deux tiers ne sont pas atteints, un autre tour est automatiquement organisé.
Le vote à huis clos a eu lieu dans la salle de conférence du Centre de conférences de l'Union africaine nouvellement inauguré.
UA : Jean Ping et toute l'équipe de la Commission maintenus pour une transition de 6 mois
Non réélu lors de l'élection organisée lundi à Addis-Abeba à l'occasion du 18e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine ouvert la veille, Jean Ping a été maintenu avec toute l'équipe de la Commission de l'UA pour une transition de 6 mois jusqu'au prochain sommet prévu à Lilongwe au Malawi.
C'est la décision prise par la vingtaine de leaders du continent réunis pour leur premier sommet annuel de 2012, après l'impasse survenue dans la désignation du nouveau chef de l'instance exécutive de l'UA à cause de la résistance opposée par la candidate sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à son rival, l'empêchant d'obtenir la majorité des voix requise.
Trente-six voix étaient requises pour que l'ex-ministre gabonais des Affaires étrangères soit reconduit pour un second mandat consécutif de quatre ans après celui obtenu sans peine dès le premier tour en 2008. Avec des scores de 28-25, 27-26, 29-24 puis 32 voix pour 21 bulletins blancs, quatre tours de vote n'ont pas suffi à le porter à la victoire.
En réaction à une proposition d'une partie des chefs d'Etat et de gouvernement de faire preuve de souplesse en considérant comme étant élu avec le dernier score, l'Afrique du Sud, dont la candidate s'est désistée, mais avec des consignes de vote d'abstention, au terme du troisième round comme le veut la règle en raison de l'avance de son adversaire, a opposé une fin de non recevoir, exigeant l'application de la loi électorale, selon des sources concordantes.
Suite aux négociations du président gabonais Ali Bongo Ondimba, selon une source proche de son entourage, un compromis a été trouvé pour que l'ex-ministre des Affaires étrangères soit maintenu au poste pour une transition de 6 mois avec son vice- président et les 8 commissaires de la Commission dont les mandats étaient également arrivés à expiration.
En attendant le prochain scrutin, un comité des sages se réunira en mars pour se pencher sur ce dossier qui a créé un précédent dans l'évolution de l'Union africaine, a appris Xihnua.
UA : la réélection de Jean Ping bloquée, la carte d'un ex-président africain avancée (PAPIER GENERAL)
Après l'échec lundi à Addis-Abeba de la réélection de Jean Ping, qui a dominé à tous les coups sa rivale sud-africaine Nkosazana Clarice Dlamini-Zuma mais sans parvenir à une majorité absolue des voix requise, des informations coulisses avancent avec insistance l'éventualité de la désignation d'un ex-leader du continent.
Alors qu'un climat de morosité a envahi le nouveau siège de l'Union africiane (UA) au deuxième et dernier jour lundi du 18e sommet ordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement après son inauguration samedi, les débats au moment ont fait jour sur la succession plus que jamais ouverte du désormais ex-président de la Commission.
Candidat à un second mandat consécutif de quatre ans après celui obtenu sans peine au premier tour en 2008, Jean Ping affrontait la ministre sud-africaine de l'Intérieur Dlamini-Zuma, ex-ministre des Affaires étrangères de Thabo Mbeki et ex-épouse du président Jacob Zuma dont le pays s'est investi dans une "campagne très agressive", de l'avis des observateurs et des sources diplomatiques. Favori des pronostics malgré tout, l'ex-ministre gabonais des Affaires étrangères du regretté Omar Bongo Ondimba a été confronté à la résistance de son adversaire qui, bien que devancée au score, ne lui a permis de l'emporter. Quatre tours de vote ont été sans succès pour le chef de l'instance exécutive sortant de l'UA.
Cette élection faisait voter 53 délégations de pays sur les 55 que compte aujourd'hui l'Afrique depuis l'indépendance du Soudan du Sud et moins Madagascar, suspendu à cause de la prise de pouvoir anti-constitutionnelle d'Ange Rajoelina, puis le Maroc, retiré de l'organisation pour désapprobation en 1982 de l'admission de la République arabe saharaoui démocratique.
Plus d'une vingtaine de chefs d'Etat y ont pris part, un vice- président (Burundi), des Premiers ministres et, pour certains, des ministres des Affaires étrangères. Successivement, Jean Ping était arrivé en tête par des scores sur le fil et loin des 36 voix de majorité absolue requises pour l'emporter, de 28-25, 27-26, 29-24 et 32 voix enfin contre 21 bulletins nuls.
D'après les statuts de l'UA, pour un scénario de deux concurrents, le candidat mené au score à l'élection du président de la Commission se retire automatiquement après le troisième tour. C'est qu'a fait Dlamini-Zuma, mais en donnant cependant des consignes de vote contre son rival, à en croire des sources concordantes présentes dans la salle. D'où les 21 bulletins nuls enregistrés au dernier tour qui a sonné l'échec de la réélection de Jean Ping.
A sa sortie de la salle au terme de ce scrutin à vote secret, à huis clos restreint aussi inédit car réservé pour la première fois à trois membres pour chaque délégation contrairement aux précédents qui se distinguaient par des "huis clos élargis", selon des habitués de ces opérations, la ministre sud-africaine a été portée en triomphe par ses sympathisants pour ce coup de poker, célébré par son pays une victoire de sa diplomatie.
"Jean Ping a roulé pour lui et non pour le Gabon. Et son pays ne l'a soutenu que tardivement. Ali Bongo n'est pas allé au sommet de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l'Afrique) à N'Djamena (mi-janvier, ndlr)", tentaient d'expliquer dans les couloirs du sommet des membre de délégations, les mêmes qui avant l'élection annonçaient pourtant le Gabonais vainqueur, qualifiant la démarche sud-africaine de "simple agitation".
Ils n'avaient pas totalement tort, car la plupart des analyses prédisaient une réélection du président sortant de la Commission de l'UA. Des soutiens multiples en Afrique centrale, en Afrique du Nord, en Afrique de l'Ouest jusqu'à l'Afrique de l'Est lui étaient crédités.
Pour bien d'observateurs aujourd'hui, Jean Ping payerait le prix de son opposition, à contre-courant de la position officiellement exprimée par son pays, à l'offensive euro- américaine en Libye sous couvert de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) contre le régime du colonel Kadhafi, après la même attitude manifestée au sujet de la Côte d'Ivoire.
Avec en tête la France, non contentes du "zèle" du Gabonais, des puissances étrangères instigatrices de ces actions militaires sur le sol africain ont été citées par quelques indiscrétions comme ayant pesé dans son revers électoral. Pour ces sources, le président béninois Thomas Yayi Boni, nouveau président en exercice de l'UA, aurait fait état de pressions de son homolgue français Nicolas Sarkozy pour faire échouer Jean Ping.
Au demeurant, l'impasse survenue dans la désignation du nouveau président de la Commission de l'UA a créé un précédent dans l'évolution de l'organisation. Témoignage des divisions profondes qui caractérisent les pays africains et leurs difficultés à faire chorus autour des questions cruciales, elle accentue les clivages et ouvre d'autres fractures préjudiciables à la quête d'unité et d'intégration régionale, jugent les observateurs.
De leur côté, les dirigeants africains soutiennent le contraire. "Il n'y a pas de division. Rassurez-vous, il n'y aura pas de blocage", a déclaré à la presse le président tchadien Idriss Deby Itno, après son homologue zambien Michaël Sata qui a lui aussi récusé les allégations de division, notant que "quand on va à une élection il faut toujours s'attendre à ce qu'elle divise les gens".
A cause du blocage, la désignation du prochain président de la Commission a été renvoyée au prochain sommet de l'Union entre juin et juillet à Lilongwe au Malawi. En attendant, une administration intérimaire va permettre de gérer les affaires courantes jusqu'à cette échéance.
De plus en plus, des noms d'anciens chefs d'Etat comme Jerry Rawlings sont avancés pour la succession de Jean Ping. De source proche de la CEEAC, c'est une éventualité déjà exprimée par le leader tchadien lors du sommet de N'Djamena de mi-janvier. Jean Ping n'a pas pu venir la surprise de dernière heure : c'est au cours de ce même sommet qu'il a été assuré du soutien de sa région d'origine.



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RD Congo: Vers un plan de sortie de la crise post-électorale

(Afrique en ligne 31/01/2012)
Un plan de sortie de la crise post-électorale en RDC soumis au 18ème sommet de l’UA - Un plan de sortie de la crise post-électorale en République Démocratique du Congo (RDC), prévoyant un recomptage des voix, a été soumis au 18ème sommet de l’Union africaine (UA) qui se poursuit lundi à Addis-Abeba, a appris la PANA auprès d'une délégation de l’opposition congolaise venue dans la capitale éthiopienne.
Le plan de sortie de crise, signé par plusieurs partis de l’opposition parmi lesquels l’Union pour la démocratie et le progrès social (UPADS) de Etienne Tshisekedi et l’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamhere, demande à l’Union africaine de désigner un médiateur pour discuter avec toutes les parties congolaises d’un consensus de sortie de la situation post-électorale.
Les opposants congolais suggèrent également de comparer les résultats de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à ceux des candidats et des observateurs internationaux.
'Il faut organiser une nouvelle élection présidentielle au cas où l’opération de recomptage des voix s’avère difficile', propose le plan de sortie de crise qui demande la reprise des élections législatives seulement dans les circonscriptions électorales où il y a des contestations.
Pour l’opposition congolaise, la sortie de crise passe par la désignation d’une nouvelle personnalité consensuelle à la tête de la CENI dont la composition devra être revue.
'La majorité des forces politiques du changement et de la société civile désigneront chacune deux personnes pour les représenter au sein du Bureau de la CENI, dont toutes les fonctions administratives et financières seront confiées à la MONUSCO (Mission des Nations unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo', ajoute le document.

Il propose par ailleurs de procéder au nettoyage du fichier électoral et à la publication des listes électorales conformément à la loi et de requérir la participation des experts africains et internationaux à toutes les phases du processus.
La RDC est confrontée à une grave crise post-électorale depuis la présidentielle du 28 novembre dernier, à l’issue de laquelle le président sortant Joseph Kabila a été déclaré vainqueur par la Cour suprême.
Contestant la réélection de M. Kabila, l’opposant historique, Etienne Tshisekedi, s’est autoproclamé vainqueur du scrutin puis a prêté serment à son domicile à Kinshasa.
Les crises en Afrique figurent en bonne place sur l’agenda du 18ème sommet de l’UA qui se poursuivait lundi dans la soirée dans la capitale éthiopienne.

Pana 31/01/2012

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Côte d'Ivoire : le prix minimum garanti au centre des préoccupations des cacaoculteurs (SYNTHESE)

(Xinhuanet 31/01/2012)
ABIDJAN -- Le nouveau Conseil du café-cacao, créé par le gouvernement dans le cadre de la réforme de la filière café-cacao, a été installé le 24 janvier avec pour principale mission de revenir au système de prix minimum garanti dès la campagne 2012-2013.
S'ils approuvent la composition du Conseil d'administration de la nouvelle structure, bon nombre de producteurs disent attendre de constater l'effectivité de l'amélioration de leurs revenus avant de juger l'équipe dirigée par le président Lambert Kouassi Konan.
LE CONSEIL ATTENDU AU PIED DU MUR
"A première vue, les membres du Conseil semblent de qualité. Ils ont tous le profil. Mais nous attendons les premières mesures qu'ils vont arrêter avant de nous faire une claire opinion de leurs volontés réelles de nous faire bénéficier du fruit de notre travail", relève le président de la Coopérative Anouanzé d' Agnibilékrou (est), Gérard Koffi.
"Si le prix minimum garanti qu'ils vont fixer est consistant et permet au paysan de vivre décemment, alors nous dirons qu'ils sont vraiment venus pour nous sauver", insiste-t-il.
Koffi Gérard se demande si le nouveau conseil va continuer d' acheter le kilogramme du cacao autour de 1.000 FCFA (moins de deux euros) ou "un peu en deçà pour laisser une marge de manoeuvre aux dirigeants".
Fixé en début de la campagne en cours au prix indicatif bord champs de 1.100 FCFA, le kilogramme était effectivement acheté aux producteurs dans une fourchette de 500 à 700 FCFA.
"J'ai confiance en la nouvelle équipe, je n'ai pas de jugement à priori mais je réserve mes observations", renchérit Comoé N' Goran, planteur à Divo (sud).
"Le nouveau PCA (président du Conseil d'administration) était ministre de l'Agriculture. Il connait très bien la filière. Mais, n'oublions pas que dans le temps, on parlait aussi de caisse noire du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire, au pouvoir de 1960 à 1999)", rappelle-t-il, en allusion aux soupçons de malversations entourant la gestion de la filière à cette époque.
GARDER LA TETE FROIDE
Pour Comoé N'Goran, les producteurs doivent "garder la tête froide" pour ne pas être trop désillusionnés si leurs attentes ne sont pas satisfaites.
"Les Ivoiriens oublient trop vite. Ils ne se rappellent même plus qu'avant la libéralisation, aux temps où le prix était garanti par la Caistab (Caisse de stabilisation), on payait le cacao entre 200 et 300 FCFA alors qu'il s'achetait à plus de 2.000, des fois même à 3.000 FCFA sur les marchés internationaux", croit- il savoir.
Il estime que "les dirigeants ne doivent être jugés qu'à leur capacité de garantir un bon prix d'achat aux producteurs".
Ces cacaoculteurs s'interrogent aussi sur les grands problèmes de la filière, notamment, l'accroissement de la productivité des parcelles, l'amélioration des circuits de commercialisation, le préfinancement des coopératives, le désenclavement des sites de production, l'achat bord champ par les exportateurs ou encore la lutte contre la fuite du cacao ivoirien vers les pays limitrophes.
"Le président Houphouët-Boigny (1960-1993) était un planteur. Il a lutté toute sa vie pour le bien-être des planteurs ivoiriens. Malheureusement, il a perdu son noble combat et ensuite, la libéralisation a semé une véritable pagaille dans la filière. Nous attendons du président Ouattara une véritable politique pour assainir totalement la filière pour le bonheur des producteurs", conclut Gérard Koffi.
La Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao avec 1,2 millions de tonnes de fèves.

Publié le 2012-01-31 14:40:08

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Somalie - Les shebabs interdisent à la Croix-Rouge de travailler en Somalie

(Le Monde 31/01/2012)
Les rebelles islamistes somaliens shebabs ont annoncé, lundi 30 janvier, qu'ils interdisaient au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de travailler dans les zones sous leur contrôle, ordonnant à l'organisation d'y cesser toutes ses activités.
Les insurgés affiliés à Al-Qaida ont indiqué dans un communiqué "avoir décidé de mettre un terme au contrat" avec le CICR, arguant que l'ONG avait distribué de la nourriture "avariée" et avait "accusé à tort les moudjahidine d'entraver les distributions alimentaires".
Le CICR était l'une des rares organisations humanitaires travaillant encore dans les zones des sud et centre somaliens contrôlées par les shebabs, après la fermeture de 16 ONG et agences humanitaires de l'ONU en novembre, accusées "d'activités illégales" par les shebabs.
BLOCAGE DE 140 CAMIONS D'AIDE
Mais l'ONG avait annoncé plus tôt dans le mois la suspension de ses distributions alimentaires dans ces régions, après le blocage de 140 camions d'aide destinée à 240 000 personnes dans les provinces du Moyen Shabelle, l'une de trois régions somaliennes encore en situation de famine selon les Nations unies, et de Galgadud.
Le CICR y maintenait tout de même d'autres activités, notamment des soins de santé et des programmes d'accès à l'eau potable. L'organisation maintient par ailleurs le reste de ses programmes dans le pays.
La Somalie a été touchée par la terrible sécheresse de la Corne de l'Afrique. La crise alimentaire y a été aggravée par des combats incessants — le pays est en état de guerre civile depuis vingt ans. Et l'ONU craint toujours que 250 000 Somaliens ne meurent de faim.
LEMONDE.FR avec AFP



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eria: le bras droit d'Abacha condamné à mort

(Métro Montréal 31/01/2012)
LAGOS, Nigeria - Au Nigeria, une juge fédéral a condamné à la peine de mort le bras droit de l'ancien chef de la dictature militaire, en lien avec le meurtre, en 1996, de l'épouse d'un candidat de l'opposition.
La major Hamza al-Mustapha est resté sans expression, hochant tout simplement la tête de gauche à droite alors que la juge le condamnait à la pendaison pour le meurtre de Kudirat Abiola.
Son complice Lateef Shofolahan a reçu la même peine après que les deux hommes eut été reconnus coupables de meurtre et de complot.
Pendant le procès, M. Shofolahan a été décrit comme un employé en qui la famille Abiola avait confiance et qui l'a finalement trahie pour l'argent et le pouvoir.
M. al-Mustapha a été reconnu coupable d'avoir ordonné à un agent de sécurité de tuer l'épouse de Moshood Abiola, un homme d'affaires qui avait, selon plusieurs, remporté l'élection présidentielle de 1993 au Nigeria, plus tard annulée.
L'accusé clamait son innocence pour le meurtre commis en 1996 à Lagos, affirmant qu'il avait fait de faux aveux sous la torture.
La Défense a confirmé qu'elle comptait aller en appel de la décision.
M. al-Mustapha était l'officier en charge de la sécurité du général Sani Abacha, un dictateur militaire qui a volé des milliards $ des coffres de l'État, riche producteur de pétrole, tout en réprimant violemment l'opposition.
M. Abiola était emprisonné par le dictateur au moment du meurtre de son épouse. Il est lui-même décédé un mois après la mort du général Abacha, alors que le pays tentait de prendre le chemin de la démocratie.


THE ASSOCIATED PRESS

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Attentat de Kigali: “la vérité a gagné”?

(Le Monde 31/01/2012)
Le 10 janvier dernier, les juges Trévidic et Poux ont communiqué aux parties un rapport d'expertise sur la destruction en vol, le 6 avril 1994, de l'avion présidentiel rwandais, événement déclencheur du génocide. Il ne s'agit pas d'un rapport des juges, mais d'un important élément versé au dossier d'instruction qui contient de très nombreuses autres informations.
Il n'est pas étonnant que les avocats des personnes mises en examen, sept officiers de l'armée rwandaise, aient relevé, lors d'une conférence de presse, les éléments du rapport qui semblent favorables à leurs clients, qu'ils en aient donné une lecture sélective et qu'ils aient affirmé que “la vérité a gagné”. Il est normal également que le gouvernement rwandais ait accueilli le rapport avec satisfaction et affirmé que cette “vérité scientifique” met un terme aux accusations portées contre lui.
Ce qui est nettement moins normal est la façon dont la presse et certains autres commentateurs ont immédiatement tiré des conclusions péremptoires et définitives, alors qu'ils n'avaient pas lu le rapport, couvert par le secret de l'instruction, et qu'ils ne pouvaient se baser que sur ce que les avocats des mis en examen en aient dit et, peut-être, sur leur propre intime conviction. Ils font ainsi dire au rapport ce qu'il ne dit pas, en l'occurrence que l'attentat a été commis par les FAR de Habyarimana. Des propos parfois très durs et définitifs ont été tenus. Ceux qui ont osé suggérer que le FPR pourrait être derrière l'attentat sont accusés de négationnisme et ceux qui n'adhèrent pas à ce qui semble être soudainement devenu politiquement correct sont violemment pris à partie, voire même intimidés. Ainsi, les avocats des mis en examen annoncent qu'ils vont porter plainte pour "tentative d'escroquerie au jugement en bande organisée". Certaines de ces affirmations pourraient bien avoir pour but d'orienter la suite de l'instruction, puisque, maintenant que "la vérité est connue", il serait plus difficile pour les juges de conclure à une autre vérité.
Ayant fait des recherches sur cette affaire, j'ai été fort sollicité par les médias qui souhaitaient entendre mes commentaires. J'ai systématiquement refusé de me prononcer, puisque je ne pouvais commenter un rapport que je n'avais pas lu. Maintenant que le rapport d'expertise est disponible grâce à une fuite dont j'ignore l'origine, une analyse peut être proposée. Elle débouche sur des conclusions bien moins tranchées que celles qu'on a pu entendre ces dernières semaines.
Le rapport d'expertise tente de donner des réponses à deux questions principalement : l'endroit d'où les missiles ont été tirés et le type des missiles utilisés. Deux données techniques autorisent les experts à désigner les endroits de tir les plus probables: d'une part, le point d'impact du missile qui a touché l'avion, d'autre part des données acoustiques sur le bruit du souffle de départ des missiles que des témoins ont entendu. Notons que l'expert acousticien ne s'est pas rendu sur les lieux, mais a effectué une simulation sur un terrain militaire en France. Quant à l'endroit où l'avion a été touché, les experts se basent sur une approche normale, alors que l'avion aurait pu être dévié de sa trajectoire par le premier missile ou que le pilote aurait pu effectuer une manœuvre d'évitement, possibilité d'ailleurs signalée dans le rapport. Sur cette double base technique, l'expertise privilégie deux endroits à l'intérieur du domaine militaire de Kanombe, le cimetière et une position en bas du cimetière, tout en notant que la zone Masaka se situe dans le prolongement des endroits retenus.
Les experts estiment également que la position de Masaka est la meilleure de celles étudiées et que celles retenues offrent une probabilité d'atteinte de l'avion moins élevée, mais qu'elle était suffisante pour que, sur les deux missiles tirés, l'un d'eux puisse toucher l'avion. Plusieurs points doivent être notés à ce sujet. D'abord, contrairement à ce qu'ont affirmé de nombreux commentateurs, ces endroits ne se trouvent pas à l'intérieur du camp militaire de Kanombe (ce qui en toute probabilité désignerait les FAR), mais à la lisière d'un vaste domaine militaire d'une centaine d'hectares. Ce domaine n'était ni clôturé ni gardé. Les experts estiment en outre que le périmètre de lancement pourrait s'étendre vers l'Est ou le Sud, de l'ordre d'une centaine de mètres voire plus, ce qui situerait l'endroit de tir en dehors du domaine militaire.
Ensuite, deux importants témoins cités dans le rapport ont vu les traînées des missiles à travers la baie vitrée à l'arrière de la maison qui est située à la limite du domaine et qui est orientée vers la vallée de Masaka. Dans une déposition faite devant l'auditorat militaire belge le 13 avril 1994, une semaine après les faits, le colonel médecin Daubresse déclare qu'il a vu "regardant en direction de l'est (c'est-à-dire les environs de Masaka), monter de la droite vers la gauche, un projectile propulsé par une flamme rouge-orange" à une distance maximale de cinq km et une distance minimale de un km (les deux endroits retenus par les experts se situent à 116 et 203 mètres respectivement de la maison). Cette observation est confirmée le même jour par son collègue le colonel médecin Pasuch. Ces deux témoins ne situent donc pas le départ des missiles à l'intérieur du domaine militaire, mais dans la direction de la vallée de Masaka.
Enfin, puisque le lieu dit "La Ferme" dans la vallée à côté de Masaka a été cité comme lieu de départ des missiles, il est étonnant qu'aucun témoin de Masaka n'ait été entendu par les experts ni dès lors que leurs déclarations aient été vérifiées du point de vue acoustique. Or en octobre 1994 des témoins de Masaka m'ont dit avoir vu les missiles partir des environs de "La Ferme", et cela à un moment où ni eux ni moi ne nous rendions compte de l'enjeu que constitue l'endroit de départ des tirs. On constate donc que l'expertise technique ne correspond pas forcément aux observations de témoins oculaires, et il appartiendra à l'instruction d'évaluer la force probante de ces données contradictoires.
Quant aux missiles utilisés, le rapport d'expertise conclut, par un processus d'élimination, à la probabilité qu'il s'est agi de SA16 d'origine soviétique. Les experts soulignent que leur conclusion n'est pas influencée par la découverte, près de "La Ferme" quelques semaines après l'attentat, de deux tubes de lancement de missiles SA16. Les experts notent que 50 à 60 heures de formation sont nécessaires pour pouvoir se servir de ces armes et qu'un novice ne peut pas mettre en œuvre un tel système. Or les anciennes FAR ne possédaient pas de missiles sol-air (elles avaient en vain tenté d'en acquérir), alors que le FPR s'en était servi pendant la guerre. Le juge Bruguière avait déjà établi que les missiles dont les lanceurs ont été trouvés près de "La Ferme" avaient été vendus par l'Union soviétique à l'Ouganda. Mes sources haut placées dans l'armée ougandaise affirment qu'ils faisaient partie d'un lot plus tard cédé au FPR.
Ces quelques constats montrent simplement que ceux qui ont affirmé qu'avec le rapport d'expertise, "la vérité est connue" aiment les histoires simples. Même si je pense toujours que les faisceaux d'indications désignent plutôt le FPR que les FAR comme auteur de l'attentat, je ne prétends pas connaître la vérité. Ce sera aux juges Trévidic et Poux de décider, à l'issue de leur instruction, sur base de tous les éléments du dossier et –surtout? en toute indépendance, si oui ou non il sera nécessaire de transmettre le dossier pour poursuites éventuelles. Puisque le gouvernement rwandais a salué le sérieux des deux juges, il faut espérer que leur décision mettra fin à une controverse vieille de près de 18 ans.


Point de vue |
par Filip Reyntjens, professeur à l'Université d'Anvers et auteur de Rwanda. Trois jours qui ont fait basculer l'histoire (Paris, L'Harmattan, 1995)

LEMONDE.FR | 31.01.12 | 09h19 • Mis à jour le 31.01.12 | 09h19

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Sudan - Le président soudanais de retour de sommets régionaux sans accord avec le Sud-Soudan sur le litige pétrolier

(Xinhuanet 31/01/2012)
KHARTOUM -- Le président soudanais Omar al- Béchir est revenu lundi de Khartoum après avoir assisté à des sommets régionaux à Addis Abeba, mettant fin à des spéculations selon lesquelles il pourrait signer un accord avec le Sud-Soudan pour mettre fin au litige pétrolier entre les deux pays.
En marge du sommet de l'Autorité intergouvernementale de développement (IGAD), M. al-Béchir a participé à un sommet à quatre, en présence également du président sud-soudanais Salva Kiir Mayardit, du Premier ministre éthiopien Mélès Zénaoui et du président kenyan Mwai Kibaji, afin de chercher une solution au litige qui oppose le Soudan et le Sud-Soudan sur les ressources pétrolières.
Le ministre soudanais du Commerce extérieur Othman Omar Charif a déclaré aux journalistes que la participation du Soudan aux sommets de l'IGAD et de l'Union africaine avait été couronnée de succès et que la délégation soudanaise était parvenue à transmettre l'opinion de Khartoum sur toutes les questions concernant le continent africain.
Le ministre soudanais n'a cependant pas souhaité discuter des négociations à Addis Abeba sur le contentieux pétrolier entre Khartoum et Juba.
Les présidents al-Bachir et Kiir devaient signer un accord cadre en vertu duquel Juba verserait 4 milliards de dollars à Khartoum et injecterait 35 000 barils de pétrole brut par jour aux raffineries du nord du pays, en échange de quoi Khartoum laisserait le sud utiliser ses infrastructures pétrolières pour exporter son pétrole.
Toutefois, le président Salva Kiir Mayardit a refusé de signer l'accord cadre au dernier moment, en réaction à quoi le président al-Bachir a dû demander à la délégation de négociateurs de Khartoum de rentrer au pays.
Les deux parties ont convenu de reprendre les négociations à Addis Abeba le 10 février, sous la médiation d'un panel de l'Union africaine mené par l'ex-président d'Afrique du Sud Thabo Mbeki.
Le gouvernement sud-soudanais accuse Khartoum de détourner et de vendre une partie du pétrole du Sud, ce à quoi le Soudan rétorque qu'il ne fait que prélever des frais de transport sous forme de pétrole.
Suite à la sécession du Sud-Soudan en juillet 2011, le nord a perdu les deux tiers de ses ressources pétrolières, et les deux parties ne sont pas encore parvenues à un accord sur le partage des ressources pétrolières.



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Guinée - 20 millions d’euros pour un méga projet hôtelier à Conakry

(Les Afriques 31/01/2012)
Un important investissement touristique haut de gamme estimé à quelque 20 millions d’euros et prévu au cœur de la capitale guinéenne vient d’être bouclé. Les fonds ont été mobilisés par un consortium guinéo-maroco-singapourien décidé à combler le déficit criard d’infrastructures hôtelières en Guinée.
Le consortium Global Investment And Construction (GIC) mène l’offensive en Guinée. Une première sortie dans l’industrie touristique au Sud du Sahara. Fruit d’une joint-venture entre la société Sonoco SA de l’opérateur guinéen, El Hadj Diallo Mamadou Saliou Kégnéko, le géant du blé, Les Moulins Lahlal du Maroc représenté par son patron Omar Yacoubi et un groupe privé singapourien, le consortium a décidé d’investir en leasing quelque 20 millions d’Euros (soit la bagatelle de 13 milliards Fcfa).
Selon une source proche du consortium, contactée par Les Afriques, la pose de la première pierre est prévue le 1er février 2012 -sur le site de l’ex hôtel du Niger de Conakry en décombres -sous la présidence effective du chef de l’Etat, Alpha Condé, du ministre du Tourisme, des autorités et opérateurs du secteur privé. Le Marocain, Omar Yacoubi et l’associé singapourien sont attendus à Conakry.
Le futur complexe hôtelier (4 étoiles et 194 chambres) dont l’enseigne fait en ce moment l’objet de convoitises par les grandes marques comme Sheraton, Radisson, Accor devra être livré conformément au cahier d’exécution en mai 2013 .
«Les trois principaux partenaires mettront à la disposition de la Guinée une véritable plateforme hôtelière intégrée digne de nom pour résorber le déficit criard des infrastructures d’accueil » a précisé une source qui suit le dossier.
Cet ambitieux projet haut de gamme qui intervient au lendemain de l’appel du gouvernement aux investisseurs étrangers est suivi de très près par la SFI (Société Financière Internationale, branche privée de la Banque Mondiale) et par un pool de banques locales, lesquelles ont manifesté leurs intentions d’accompagner les porteurs du projet. Interrogé par Les Afriques, un officiel guinéen soutient que ce projet hôtelier résulte d’une bonne étude de marché et d’une expertise avérée dans tout son processus.
Le futur complexe de Conakry qui va s’adosser sur un nouveau modèle industriel touristique constitue le premier maillon du portefeuille stratégique d’investissement et de développement du consortium en Afrique de l’Ouest.

Par Ismael Aidara

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Sudan - 17 employés chinois transférés en lieu sûr, 29 encore retenus par les rebelles (actualisé)

(Xinhuanet 31/01/2012)
KHARTOUM -- Au total, 17 employés chinois ont été transférés en lieu sûr par l'armée soudanaise après l'attaque contre leur camp samedi, tandis que 29 employés chinois sont encore retenus par les rebelles, a indiqué lundi l'ambassade de Chine au Soudan.
"Au moment où les rebelles ont attaqué le camp de l'entreprise chinoise près de la ville d'Al-Abbasiya dans le Kordofan du Sud, il y avait 47 employés chinois présents ; 29 d'entre eux ont été enlevés et 18 ont pris la fuite en direction des zones avoisinantes", a indiqué à l'agence Xinhua un responsable de l'ambassade de Chine.
"L'armée soudanaise a trouvé 17 employés chinois et les a transportés dans une zone sûre. Des efforts sont actuellement menés pour rechercher l'employé qui n'a pas encore été retrouvé", a-t-il ajouté.
Un groupe de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) a attaqué samedi un site d'une entreprise chinoise en charge de la construction d'une route dans le Kordofan du Sud, une région située dans le sud du Soudan.
Un porte-parole de l'APLS pour le Secteur nord a annoncé dimanche que le mouvement retenait 29 Chinois travaillant sur ce chantier.
"Des affrontements armés ont eu lieu entre nos forces et l'armée soudanaise dans une zone située à proximité de la ville d'Al-Abbasiya Tagali dans le Kordofan du Sud. Nous avons pris le contrôle de cette zone, et 29 Chinois ont été capturés", a indiqué le porte-parole de l'APLS, Arno Taloudy, dans un entretien téléphonique avec l'agence Xinhua à Nairobi.
"Les employés chinois ont été transférés en lieu sûr. Ils sont en bonne santé et entre de bonnes mains", a-t-il ajouté.
Le Kordofan du Sud, région méridionale du Soudan limitrophe du Soudan du Sud, est depuis juin 2011 le théâtre de conflits armés entre l'armée soudanaise et la branche du Secteur nord de l'APLS.
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lundi 30 janvier 2012

Senegal, la violence s'empare de la rue

CAN 2012 - Libya - 2 vs 1 - Senegal

Sudan v Burkina Faso 2-1

Sénégal - Paris et Washington préoccupés par la tournure prise par la présidentielle au Sénégal

(Le Monde 30/01/2012)
La France regrette que "toutes les sensibilités politiques ne puissent être représentées" à la prochaine élection présidentielle sénégalaise, après la confirmation notamment de l'exclusion du chanteur Youssou N'Dour, a déclaré, lundi 30 janvier, le ministère des affaires étrangères. La candidature d'Abdoulaye Wade n'a pas été spécifiquement mentionnée.
"Nous sommes extrêmement préoccupés par la mise en garde à vue des membres du M23 [opposition] et notamment celle de son porte-parole, M. Alioune Tine, également président de la Rencontre africaine pour les droits de l'homme [RADDHO] survenue samedi 28 janvier", a indiqué le porte-parole du ministère, Bernard Valero. "En outre, [La France] étudiera avec la plus grande attention les observations que fera la mission de l'Union européenne sur le processus de validation de ces candidatures", a ajouté le porte-parole.
PÉRIL POUR LA DÉMOCRATIE
"Nous sommes préoccupés par le fait que la décision du président Wade de solliciter un troisième mandat (…) pourrait mettre en péril la démocratie, le développement démocratique et la stabilité politique que le Sénégal a bâtis sur le continent au cours des décennies", a déclaré lundi William Burns, secrétaire d'Etat adjoint américain.
La candidature d'Abdoulaye Wade en vue d'un troisième mandat au premier tour de l'élection présidentielle, prévu le 26 février, a été validée vendredi par la Conseil constitutionnel. Cette décision a suscité la colère de l'opposition et provoqué des émeutes.
Le Mouvement du 23 juin (M23) appelle mardi à Dakar "à un rassemblement pacifique à la place de l'Obélisque pour exiger le retrait de la candidature de Wade", indique un texte signé du secrétariat permanent du mouvement, en précisant que la manifestation aura lieu à partir de 15 heures (heure locale).

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 30.01.12 | 13h56

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La candidature de Wade peut faire basculer le Sénégal dans la tourmente

(Cyberpresse 30/01/2012)
La décision du Conseil constitutionnel de confirmer la candidature contestée du président Abdoulaye Wade, 85 ans, à la présidentielle de février, risque de faire basculer dans la tourmente le Sénégal, jusque-là considéré comme un modèle de démocratie en Afrique.
Élu en 2000, réélu en 2007, Wade se présente pour la troisième fois après plusieurs modifications de la Constitution. Sa volonté de rester au pouvoir coûte que coûte alimente les tensions dans son pays où des violences politiques avaient déjà fait en décembre au moins un mort et plusieurs blessés.
La validation de sa candidature, mais aussi l'invalidation de celle du chanteur Youssou Ndour, ont provoqué le 27 janvier une vague de violences à Dakar et en province, violences au cours desquelles un policier a été tué, des manifestants blessés, des bâtiments incendiés.
Après la confirmation de cette candidature par les cinq «sages» - tous nommés par Wade - du «Conseil insurrectionnel» comme l'a qualifié un journal local, les partis d'opposition et organisations de la société civile rassemblés au sein du Mouvement du 23 juin (M23) ont décidé d'entrer en «résistance active».

Une «résistance active» mais «pacifique», qui doit prendre la forme de marches, sit-in et manifestations pour forcer Wade à retirer sa candidature: la première est prévue mardi à Dakar.
«Il y a déjà eu des violences, certes limitées, et on ne peut pas exclure des débordements», affirme Gilles Yabi, responsable d'International Crisis Group (ICG) pour l'Afrique de l'Ouest. Manifestations et rassemblements sont «difficiles à contrôler, même si les leaders appellent à ce qu'ils soient pacifiques», surtout «dans le contexte actuel», ajoute-t-il.
«Je ne pense pas que l'on va connaître une situation à l'ivoirienne mais on n'a jamais vécu une situation pareille et cela peut mener à de graves dérapages», note un analyste politique sénégalais qui préfère garder l'anonymat.
«Problème d'éthique»
La «résistance active» et «pacifique» suffira-t-elle à faire plier Abdoulaye Wade, rompu aux joutes politiques après 26 ans d'opposition et 12 ans de pouvoir?
Tout dépendra «de la capacité réelle de mobilisation de la rue», répond Gilles Yabi. «S'il y a 20 000, 50 000, 100 000 personnes, c'est possible», sinon «il est difficile d'imaginer que ça puisse changer la position de Wade».
Abdoulaye Wade avait mis fin en 2000 à 40 ans de régime socialiste incarnés par le poète-président Léopold Sédar Senghor (1960-1980) et son successeur désigné, puis élu, Abdou Diouf.
Il y a 12 ans, la présidentielle de «l'alternance» au Sénégal, un des premiers pays à avoir instauré le multipartisme en Afrique, avait été saluée dans le monde comme exemplaire sur un continent plutôt habitué aux élections frauduleuses et aux successions dynastiques.
Aujourd'hui, le monde s'inquiète de l'attitude du président Wade, de sa volonté de s'accrocher au pouvoir, au risque de provoquer des violences inédites dans son pays.
A l'image de William Fitzgerald, haut responsable américain chargé de l'Afrique, qui soulignait récemment que pour Wade, «c'était le bon moment de partir à la retraite, pour protéger et soutenir une bonne transition dans la démocratie au Sénégal, dans le calme et la sécurité».
Sous couvert d'anonymat, un analyste ouest-africain rappelle qu'«en 2007, Wade avait déclaré qu'il ne serait plus candidat après sa réélection. «Il y a évidemment un reniement personnel» et «il y a là un problème d'éthique, non seulement pour le Sénégal, mais aussi pour la région».
Car en Afrique de l'Ouest, le Sénégal, entouré de pays à l'histoire marquée par la violence et les coups d'État et où l'instabilité demeure - Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie - reste un modèle. Jusqu'à quand?


Stéphane BARBIER

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Guinée Equatoriale - Obiang Nguema fustige les "interventions militaires tragiques" étrangères en Afrique

(Xinhuanet 30/01/2012)
ADDIS-ABEBA -- Le président équato-ginéen et président sortant de l'Union africaine (UA), Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a fustigé dimanche "les interventions tragiques des forces extra-africaines" en Afrique.
Ces propos tenus à l'occasion du 18e sommet de l'UA, ouvert dimanche à Addis-Abeba en présence de plus d'une vingtaine de chefs d'Etat du continent, rappellent le discours qu'il avait prononcé lors du dernier sommet tenu à Malabo dans son pays fin juin-début juillet 2011.
Selon ses propres termes, la mission de présidence tournante de l'UA du dirigeant équato-guinéen pour 2011 "a coïncidé avec de grandes turbulences en Côte d'Ivoire, en Libye, en Tunisie et en Egypte" et l'organisation africaine "n'a pas toujours su trouver une solution heureuse à ces conflits", à cause des divergences entre les Etats.
En revanche, ces interventions "ont entraîné des interventions tragiques de forces extra-africaines aux conséquences douloureuses pour les populations africaines", a déploré le président Obiang.
Pour son expérience de président en exercice de l'Union, il a affirmé avoir constaté que l'"organisation continentale reste toujours manipulée par les puissances extra-africaines".
Selon lui, "l'intervention ne saurait justifier l'élimination des Africains et la destruction des infrastructures sécuritaires et sociales" mises en place dans les pays attaqués.
La démocratisation dans un pays, a-t-il poursuivi, ne peut se faire que façon évolutive, sans improvisation et en tenant compte des valeurs culturelles de ce pays.
Il a appelé les pays africains à résoudre eux-mêmes leurs problèmes "pour éviter que d'autres viennent intervenir par la force et fassent ceux qu'ils veulent".
"L'Afrique a besoin d'une coopération sincère qui offre des avantages à toutes les parties et non pas d'une coopération qui impose des conditions impopulaires à nos Etats", a-t-il par ailleurs relevé, se félicitant de la coopération chinoise qui a permis de remplacer le vieux bâtiment, prêté à l'UA à Addis-Abeba il y a 40 ans, par un nouveau centre de conférences et administratif offert notamment par la Chine et inauguré samedi.



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Youssou N’Dour: "le coup d’Etat est consommé"

(Paris-Match 30/01/2012)
Le Conseil constitutionnel sénégalais a confirmé lundi sa décision d'autoriser le président sortant Abdoulaye Wade à briguer un troisième mandat à la tête du Sénégal lors de la présidentielle du 26 février, et l’invalidation de nombreuses candidatures, dont celle du chanter Youssou N’Dour, qui hurle au scandale, mais n’a pas dit son dernier mot.
«Le combat continue.» Sans surprise, la candidature du chanteur Youssou N’dour, à l’élection présidentielle sénégalaise du 26 février prochain, a été invalidée vendredi par le Conseil Constitutionnel, tandis que celle du président sortant l’a été. Une décision confirmée ce lundi. Abdoulaye Wade briguera donc un troisième mandat à la tête du pays, alors que la Constitution de 2001 l’interdit. Pour justifier cette incohérence apparente, les autorités arguent que la première élection de Wade, en 2000, s’est faite sous les règles de la Constitution de 1963, et que ce mandat ne peut donc pas être pris en compte. Un argument politique, dénonce l’opposition, qui appelle à manifester jusqu’à obtenir satisfaction. D’autant qu’en parallèle, plusieurs candidatures ont été rejetées, et leurs recours aussi. Pour le cas du musicien populaire, le Conseil constitutionnel a expliqué qu'il a produit une liste d'électeurs dont «seuls 8911 ont pu être identifiés», contre 10 000 requis par la loi. N’Dour avait pourtant soumis plus de 13 000 signatures, et aucune motivation n’a été donnée à l’invalidation de nombreuses d’entre elles.
«Le Sénégal a honte, a lancé le roi du Mbalakhsur RFI ce lundi. Le Sénégal est meurtri. Le processus de coup d'Etat constitutionnel est consommé. Cinquante-deux ans de construction démocratique viennent d'être balayés», a-t-il déploré. «Le Sénégal et son peuple ont mal. Nous avons été trahis par cette décision honteuse. J'ai bien dit "honteuse". Ni le peuple sénégalais, ni les spécialistes constitutionnels n’ont été entendus. Ce dirigisme et la dictature de maître Wade se sont fait entendre.» Et d’appeler «toutes les forces vives de ce pays, nos frères africains, la communauté internationale à exprimer son désaccord profond face à ce coup d'Etat institutionnel et constitutionnel. Le combat continue, a-t-il conclu, parce que Dieu est avec les justes.»
L'UE appelle à des explications
L'opposition a promis de rendre le pays «ingouvernable» si Wade persistait à vouloir se présenter. «Le temps de la parole est révolu, il faut passer à l'acte», ont déclaré les leaders du mouvement des forces vives du 23 juin (M23, qui regroupe plusieurs partis d'opposition, des organisations de la société civile et des personnalités indépendantes, dont Youssou N’dour), selon les propos rapportés par Sudonline. «La stratégie de la terreur par le pouvoir ne prospèrera pas, encore moins sa stratégie de diversion, ont-ils ajouté lors d’une conférence de presse organisée dimanche à Dakar. Chaque fois qu'il en arrêtera un, dix autres rejoindront le camp des patriotes et se mettront sous le drapeau pour dire non au coup d'Etat constitutionnel, ont-ils promis. Nous pensons à nos frères et sœurs illégalement arrêtés, au premier rang desquels Alioune Tine dont nous saluons le courage, la détermination et le patriotisme.» Tine, figure du M23 et célèbre défenseur des droits de l’Homme, a été arrêté samedi avec des dizaines d'autres militants du mouvement, pendant une manifestation. D’après RFI, il était toujours interrogé cette nuit sur son rôle éventuel dans les violences qui ont causé la mort d’un policier vendredi.
Thijs Berman, le chef de la mission d'observation des élections de l'Union européen, a appelé le Conseil à rendre publiques les raisons de ses décisions. «Un candidat comme Youssou N'Dour, dont la candidature refusée avait pourtant été soutenue par des milliers de signatures, devrait avoir accès aux dossiers afin de pouvoir examiner de près pourquoi elle a été rejetée, c'est important», a-t-il déclaré. «Je pense que non seulement chaque candidat mais aussi chaque citoyen sénégalais a le droit de savoir, a-t-il ajouté. C'est seulement en comprenant les raisons qui ont motivé la décision du Conseil constitutionnel que celle-ci pourra être acceptée».
La liste des candidats selon le quotidien "Le Soleil"
Moustapha Niasse (Administrateur civil)
Macky Sall (Ingénieur des mines)
Idrissa Seck (Expert consultant)
Abdoulaye Wade (Avocat)
Mor Dieng (Expert comptable)
Cheikh Tidiane Gadio (Docteur en Communication)
Cheikh Abiboulahi Dièye (Bamba Dièye) (Ingénieur en aménagement du territoire)
Doudou Ndoye (Avocat)
Djibril Ngom (Conseiller en management)
Ibrahima Fall (Professeur d’université)
Ousmane Tanor Dieng (Diplomate)
Diouma Dieng Diakhaté (Styliste et femme d’affaires)
Oumar Khasimou Dia (Informaticien)
Amsatou Sow Sidibé (Professeur d’université)

Marie Desnos - Parismatch.com

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Sénégal: le combat contre la candidature de Wade est engagé

(Le Point 30/01/2012)
L'opposition sénégalaise entrée "en résistance" a appelé à manifester mardi à Dakar contre la candidature du chef de l'Etat Abdoulaye Wade à la présidentielle de février, confirmée par le Conseil constitutionnel qui a de nouveau refusé celle du chanteur Youssou Ndour.
Le Mouvement du 23 juin (M23) qui rassemble opposition politique et société civile et s'oppose à la candidature de M. Wade, 85 ans, au pouvoir depuis douze ans, "appelle tous les citoyens à prendre part au rassemblement pacifique qu'il organise" à Dakar mardi après-midi.
L'objectif est de dire "non au coup d'Etat constitutionnel" et "exiger le retrait de la candidature de Wade", dit-il dans un communiqué.
Cet appel à manifester après une décision irrévocable - plus aucun recours n'est possible au plan légal - fait craindre de nouvelles violences, après celles ayant éclaté vendredi dès l'annonce de la première liste de candidats retenus par le Conseil constitutionnel.
Un policier avait été tué à Dakar dans ces violences marquées par des émeutes dans la capitale et en province et, selon l'opposition, de nombreuses arrestations à travers tout le pays.
Parmi les personnes arrêtées on compte Alioune Tine, célèbre défenseur des droits de l'homme et coordonnateur du M23, retenu depuis samedi par la police.
"Le M23 a définitivement décidé de mener la résistance contre le coup d'Etat constitutionnel qu'Abdoulaye Wade va perpétrer, aidé en cela depuis hier soir par le Conseil constitutionnel", a déclaré à l'AFP Abdoul Aziz Diop, porte-parole du mouvement.
"C'est une résistance pacifique, parce que le M23 n'est pas un mouvement armé et il ne s'armera pas, mais veillera à sa sécurité et à la sécurité de ses militants", a dit M. Diop, ajoutant: "Il ne permettra à personne de perturber à compter de lundi les manifestations qu'il organisera".
"Le Sénégal a honte"
Parmi les responsables du M23, figurent huit candidats à la présidentielle qui avaient déposé des recours contre la candidature de M. Wade, qu'ils jugent non conforme à la Constitution, estimant que l'actuel président a épuisé ses deux mandats légaux, ayant été élu en 2000 puis réélu en 2007.
Le camp du chef de l'Etat a toujours récusé cet argument, arguant de réformes de la Constitution en 2001 et 2008 qui lui permettraient de se représenter.
Le Conseil constitutionnel a jugé que les requêtes des opposants étaient "recevables en la forme" mais "non fondées".
Il a notamment considéré que M. Wade, "sous la Constitution de 2001, effectue un premier mandat durant la période 2007/2012 ; qu'il est donc en droit de se présenter à l'élection du 26 février 2012".
Pour l'avocat El Hadj Amadou Sall, membre du directoire de campagne de M. Wade, c'est "une belle leçon de démocratie".
Les cinq juges du Conseil ont aussi rejeté le recours de M. Wade qui voulait faire annuler les candidatures de ses deux ex-Premiers ministres Idrissa Seck et Macky Sall et de son ancien ministre des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio en les accusant de n'avoir "jamais payé l'impôt" au Sénégal.
"La violation de la législation fiscale alléguée n'étant pas établie, la requête ne peut prospérer" et est "non fondée", a jugé le Conseil.
Autre décision, la confirmation du rejet de la candidature du chanteur Youssou Ndour, et celle de deux autres candidats indépendants, déclarées "irrecevables" parce que ne disposant pas de suffisamment de signatures de soutien.
"Le Sénégal a honte. Le Sénégal est meurtri. Le processus de coup d'Etat constitutionnel est consommé. 52 ans de construction démocratique viennent d'être balayés", a déclaré M. Ndour.
La France a regretté que "toutes les sensibilités politiques ne puissent être représentées" à la présidentielle, sans explicitement citer Youssou Ndour, en s'inquiétant également de "multiples arrestations" au Sénégal.
Elle a appelé à une campagne et à une élection "dans le calme et la pluralité".

- Publié le 30/01/2012 à 14:40 - Modifié le 30/01/2012 à 14:41

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Soudan: l'armée libère des otages chinois

(Challenges 30/01/2012) KHARTOUM (AP) — L'armée soudanaise a libéré 14 des 29 travailleurs chinois pris en otage samedi dans la province du Sud-Kordofan, ont rapporté les autorités lundi.
Les ouvriers libérés ont été évacués vers la ville d'El Obeid et sont en bonne santé, selon la radio Omdurman citant le gouverneur de la province du Sud-Kordofan, Ahmed Haroun. L'agence de presse officielle SUNA a également annoncé la nouvelle. Les médias n'ont pas précisé quand l'opération de l'armée a été menée.
M. Haroun a indiqué que l'armée et les forces de sécurité tentaient de libérer les otages restants. Selon l'ambassade chinoise à Khartoum, 29 travailleurs chinois au total ont été enlevés samedi près d'Abbasiya, dans le Sud-Kordofan, à 400 km au sud de Khartoum.
Les autorités soudanaises ont imputé l'attaque à la branche Nord du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM-N), un mouvement rebelle.
La Chine compte un grand nombre de travailleurs dans des zones potentiellement instables, comme le Soudan, et Pékin avait dû l'an dernier dépêcher des navires et des avions pour faciliter l'évacuation d'urgence de 30.000 de ses ressortissants en Libye. Alliée du Soudan, la Chine utilise régulièrement son influence sur la scène internationale pour défendre le régime de Khartoum.
Les Chinois ont également réalisé de gros investissements dans le secteur pétrolier soudanais. AP

Créé le 30-01-2012 à 15h31 - Mis à jour à 16h10

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RDC : appel à la grève diversement suivi

(BBC Afrique 30/01/2012)
L'appel à la grève générale lancé par le dirigeant d'opposition Etienne Tshisekedi a été diversement suivi dans les principales villes du pays.

A Kinshasa, le mot d'ordre n'a visiblement pas eu d'écho : commerces, écoles, ministères étaient ouverts. Le trafic routier était aussi dense que d'habitude.
Etienne Tshisekedi continue à protester contre la victoire électorale de Joseph Kabila.
Même situation à Mbandaka, dans le nord-ouest, et dans la ville portuaire de Matadi, dans l'ouest.
En revanche, les principales villes des deux provinces du Kasai, dans le centre du pays, ont été paralysées.
A Mbuji-Mayi, dans le Kasai oriental, marchés et commerces étaient fermés.
De nombreuses personnes sont restées chez elles, même si la police a encouragé la population à vaquer normalement à ses occupations.
Etienne Tshisekedi, candidat malheureux à l'élection présidentielle du 28 novembre, se considère comme le vrai vainqueur de ce scrutin émaillé d'irrégularités.
Il ne reconnaît pas la victoire attribuée au président sortant Joseph Kabila par la Commission électorale.

Dernière mise à jour: 30 janvier, 2012 - 12:35 GMT

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Congo Brazza : Africa Mining Development investit dans la recherche minière

(Afrique 7 30/01/2012)
Avec son voisin la RDC, le Congo Brazza est l’un des pays d’Afrique centrale regorgeant de nombreuses ressources naturelles mal exploitées et/ou mal gérées. Ainsi la société Africa Mining Development compte entreprendre une recherche minière notamment du fer dans la cuvette- ouest, dans le nord du pays. Ceci pour la bagatelle de 1,9 milliards FCFA (environ 3,7 millions de dollars) pour la recherche minière dans le pays, une information du ministère congolais des Mines. Africa Mining Development est une société de droit congolais qui regroupe de nombreux investisseurs de plusieurs nationalités dont des Sud-Africains et des Grecs possédant 25% des actions. Ainsi la société ambitionne de mener une recherche approfondie qui permettrait évidemment au pays d’avoir une meilleure maîtrise en vue d’améliorer la gestion de ses ressources naturelles. Mais outre cet investissement, Africa Mining Development prévoit plus de 300 millions FCFA (605 mille dollars) pour le survol du gisement. Par ailleurs l’accord de convention pour la recherche a été paraphé le vendredi dernier entre le ministre congolais des Mines et de la Géologie, Pierre Oba, et le directeur général d’Africa Mining Development, Mickaël Warren Lancaste. Le secteur minier congolais longtemps resté dans sa phase exploratoire, représente le socle de l’économie notamment de l’industrialisation du pays et à ce titre rentrera en 2012 dans sa phase d’exploitation pour assurer une meilleure croissance économique.
L’exploration du fer au Congo a donné aussi naissance à d’autres projets avec d’autres sociétés tels que celui de Zanaga avec le groupement Xstracta et Mining Project Developpement, et de Mayoko avec la société DMC Iron.

Auteur : Meyya Furaha
Meyya Furaha / 30/01/2012 10:23

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La Zambie rassure les investisseurs étrangers

(Afrique 7 30/01/2012)
Le président zambien Michael Sata, a invité les investisseurs à venir dans son pays, les assurant que leurs investissements seraient protégés. Cependant dans le cadre de sa politique anti-corruption, le président zambien a repris récemment la participation de 75% de la compagnie de télécommunication Zamtel vendu en 2010 pour près de 257 millions de dollars US au consortium libyen LAP Green créant ainsi un climat d’inquiétude auprès des investisseurs étrangers. Les responsables zambiens ont brandi la paix et la stabilité politique comme arguments pour attirer plus d’investissements en Zambie. Le pays s’engage également à respecter les règles de droit pour être une destination importante des capitaux étrangers. A ceux qui se sont inquiétés par la décision présidentielle de reprendre Zamtel, les autorités affirment que c’est un cas particulier car trois conditions n’avaient pas été respecté dans le cadre de ce contrat : Un minimum de cinq années d’exploitation sous licence dans le secteur des télécommunications, un minimum de 3 millions d’abonnés, et un minimum de capitaux propres de 250 millions de dollars pour des entités privées ou une capitalisation boursière minimale de 500 millions pour des entités cotées. Le président a cependant appelé les employés de Zamtel à ne pas paniquer, martelant que la majorité des actions sera détenue par des zambiens quand l’affaire aura été réglée. Par ailleurs, la crainte est d’autant plus élevée dans le fief des investisseurs étrangers que le président Sata avait déjà fait annuler dès son arrivée au pouvoir la vente de la banque zambienne au groupe sud-africain FirstRand. Le groupe canadien First Quantum Minerals, a assuré pour sa part, qu’il attend avec impatience un partenariat fructueux avec la nouvelle administration zambienne dirigée par le président Michael Sata.
Auteur : Sumai Issa
Sumai Issa / 30/01/2012 10:28

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Ghana - Le trader d'UBS suspecté de fraude plaide non coupable

(7sur7 30/01/2012)
Kweku Adoboli, le trader d'UBS d'origine ghanéenne inculpé au Royaume-Uni a plaidé lundi non coupable d'une fraude ayant coûté 2,25 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros) à la banque suisse, devant la Cour de justice de Southwark (Londres).
Le trader a pris la parole uniquement pour plaider non coupable pour les charges de fraude et faute comptable retenues contre lui. Fils d'un ancien fonctionnaire des Nations unies à la retraite, Kweku Adoboli, 31 ans, travaillait sur des produits financiers complexes chez UBS à Londres.
Il a été arrêté le 15 septembre 2011 à Londres. Il est inculpé pour des agissements qui ont commencé en 2008 et auraient perduré jusqu'à la veille de son arrestation. Sa dernière comparution remonte au 20 décembre 2011. Le juge avait alors accepté de reporter l'affaire, à la demande de la défense qui souhaitait davantage de temps pour examiner des documents.


30/01/12 10h39

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Mali : les Touaregs refusent de voir leur mouvement récupéré par Aqmi

(La Libre 30/01/2012)
Les "hommes bleus" continuent les affrontements avec l’armée malienne et sont désormais associés par certains aux jihadistes d’Aqmi. Les violences perdurent et le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. Trois fronts de combats sont désormais ouverts dans le Nord-Mali.
15 jours que des violences sont perpétrées dans le Nord-Mali : les Touaregs s’opposent à l’armée dans la région dite de l’Azawad, allant de Kidal à Tombouctou et le cercle de Douentza à proximité de la ville de Mopti. Le 17 janvier dernier, les rebelles annoncent la prise de la ville de Ménaka. Pendant plusieurs jours, les informations des deux camps se contredisent, chacun s’estimant vainqueur de ces combats à l’arme lourde.
Depuis jeudi, un troisième front s’est ouvert à proximité de la frontière mauritanienne. La présence d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) dans la région et le retour récent de Libye d’hommes armés, anciennement à la solde du colonel Kadhafi, donnent un tour nouveau aux révoltes touaregs sous-jacentes depuis les années 60 et le départ du colonisateur français.
Le MNLA, mouvement politique de libération de l’Azawad, refuse, depuis le début de l’insurrection d’être associé à Aqmi. Pourtant, la semaine dernière, il circulait que les rebelles se seraient allié aux jihadistes pour la prise de la ville de Aguelhoc. Une information démentie par le MNLA dans un communiqué du 27 janvier : "Contrairement à la propagande diffamatoire de Bamako reprises par certaines dépêches de la presse internationale, le Mouvement National de Libération de l’Azawad rappelle que le M.N.L.A est un mouvement révolutionnaire qui lutte pour le droit à l'autodétermination du peuple de l'Azawad et rejette le terrorisme et l'extrémisme sous toute ses formes qu'ils proviennent d'un groupe ou d'un Etat (…) Nous ne partageons, ni de loin, ni de prêt la philosophie et le combat de Al-Qaïda au Maghreb Islamique(AQMI) qui lui aussi, au même titre que l’armée d’occupation malienne, occupe illégalement notre territoire". Une information confirmée par Henri de Raincourt, ministre français de la coopération qui déclare : "Il faut faire une différence entre les difficultés nées de la situation des Touaregs et des relations avec le pouvoir central et celles nées de la situation d’AQMI. Ce n’est pas la même chose, d’ailleurs les deux ne collaborent pas ensemble, ne travaillent pas ensemble".
Une frange du bureau politique a du quitter le pays, s’estimant victime de menaces de mort. Mossa Ag Attaher, chargé de la communication du mouvement est à Paris depuis une quinzaine de jour. Au nom de son mouvement, il appelle la communauté internationale à prendre conscience de la situation sur le terrain et parle d’ "sévices, tortures et confiscations des biens, perpétrés sur les populations par l’armée malienne".
Le MNLA va plus loin aujourd’hui, annonçant que plusieurs dizaines de soldats de l’armée malienne auraient fait désertion pour rejoindre la rébellion touarègue, renforçant encore l’attirail militaire d’un mouvement jusque là fort démuni et bénéficiant aujourd’hui des armes libyennes et des véhicules militaires des déserteurs. Le nombre de morts et prisonniers n’est pas déterminé : on parle de 50 morts du côté de l’armée malienne et les rebelles assurent avoir fait plus de 25 prisonniers.
Qu’en est-il de la suite ? "Tessalit est actuellement encerclée par l’armée révolutionnaire en vue d’amener les soldats maliens à se rendre afin d’éviter les effusions de sang" annonce le MNLA, qui appelle la communauté internationale à l’aide face aux mouvements de populations civiles vers les pays frontaliers, Mauritanie, Burkina, Faso, Niger et Algérie.
La ville de Anderamboukane (nord-est) a été le théâtre de nouveaux affrontements en fin de semaine. Chacun affirme aujourd’hui contrôler la localité. L’incertitude continue donc de planer alors qu’un troisième front est ouvert, à la frontière mauritanienne avec la prise du camp de l'armée de Léré par les rebelles.
La France appelle les deux camps à un cessez-le-feu immédiat alors que la situation se complexifie sans cesse au vu des diverses forces et intérêt en présence dans cette région explosive.


Caroline Grimberghs

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Guinée Bissau : risques d'instabilité persistants, selon le commissaire de paix et sécurité de l'UA

(Afriquinfos 30/01/2012)
En l'absence de réformes du secteur de défense et de sécurité, les risques d'instabilité restent persistants en Guinée Bissau, a affirmé dans un entretien à Xinhua à Addis-Abeba en Ethiopie, le commaissaire de l'Union africaine (UA) chargé de la paix et de la sécurité, Lamamra Ramtane. 
En marge de son 18e sommet ordinaire à son siège dans la capitale éthiopienne, l'UA consacre ce lundi une réunion spéciale sur la Guinée Bissau en vue de la reconstruction de ce pays d'Afrique de l'Ouest confronté à une grande criminalité liée au trafic de drogue.
Question : Monsieur le commissaire, quels sont les objectifs de la réunion spéciale de l'Union afriacien sur la Guinée Bissau?
Réponse : Il est question de reconstruction, de développement, d'accompagnement de la Guinée Bissau pour la mise en oeuvre d'un certain nombre de réformes, qu'il de réformes du secteur de défense et de sécurité, qu'il s'agisse d'amélioration de la gouvernance. D'autant plus qu'au-delà des problèmes structurels du pays comme de tout pays en développement parmi les moins avancés du monde il y a également dans la conjoncture actuelle la disparition prématurée du chef de l'Etat. Donc, nous sommes dans une période institutionnelle importante, celle qui permettra à ce pays, malgré ses difficultés, de confirmer qu'il est résolument engagé dans un processus de reconstruction de sa démocratie naissante.
Q : Comment va se faire l'accompagnement dont vous parlez?
R : Il doit être politique naturellement, mais il doit êre matériel. Permettez-moi de dire que si la communauté internationale n'est pas volontaire pour aider un pays dont les besoins sont relativement modestes, comparé avec d'autres situations dans lesquelles la communauté internationale, si la communauté internationale et ses acteurs sur la scène internationale ne se mobilisent pas suffisamment pour faire justement du redressement de la Guinée Bissau un échantillon représentatuf de ce que devrait être la coopération internationale, il y aurait lieu de s'inquiéter sur véritablement l'engagement d'un grand nombre de partenaires internationaux. Je sais qu'il y a toujours des conditionnalités, le confort de l'attentisme, attendons voir, etc. Mais, je suis persuadé que le moment, c'est maintenant. Il faut aller à la rencontre de la Guinée Bissau et de son peuple.
Q : Vous ne pensez pas que la situation est complexe, dans la mesure où des personnaliéts gouvernementales et de l'état-major de l'armée sont citées comme étant impliquées dans le trafic de drogue qui mine et entretient unr grande criminalité dans ce pays?
R : Il y a deux manières d'approcher ces questions importantes, soit par l'incantation, soit par l'action. Alors, passer du temps à émettre des accusations, des soupçons, à faire preuve de circonspection, de réserve, c'est une attitude qui n'est pas particulièrement productive. Je pense qu'il s'engager avec la Guinée Bissau et aider les forces vives de ce pays à réaliser les objectifs dans lesquels la communauté internationale se reconnaît : la démocratie, le développement, la stabilité, la lutte contre la criminalité.
Q : Est-ce que vous redoutez d'autres coups de force militaires comme on a l'on connu par le passé, après le décès du président Mallam Bacaï Sanha?
R : A mon avis, tant que la réforme du secteur de défense et de sécurité n'aura pas été mené à bien dans des conditions optimales, il y aura toujours un risque de déstabilisation. Et donc, il faut s'attaquer aux causes, il faut aller résolument vers cette réforme.


(Par Raphaël MVOGO, Liufang )

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Nigeria - REFUS DE LA MAIN TENDUE DU POUVOIR PAR BOKO HARAM: le monstre se dévoile

(Le Pays 30/01/2012)
Le nom du président nigérian Goodluck Jonathan ne lui porte pas chance face au chaos que veut instaurer dans son pays la secte islamiste Boko Haram. L’option militaire utilisée pour faire rendre gorge à ces illuminés a montré ses limites. Et comme quand on n’arrive pas à régler un problème par la force, on négocie, Goodluck a donc fait sienne cette sagesse.
En fin de semaine dernière, il a, dans une interview, demandé à la secte de clarifier ses revendications dans la perspective d’un dialogue. Manque de pot, Boko Haram a immédiatement rejeté cette main tendue, soupçonnant un manque de sincérité au motif qu’au moment où le chef de l’Etat faisait la proposition, un nombre important de ses membres, a été arrêté à Sokoto dans le nord-ouest du Nigeria. Si fait que, pour la secte, le dialogue n’est pas possible dans la situation actuelle. Le message est donc clair : si le chef de l’Etat veut d’un dialogue sincère, il doit, avant tout, libérer les militants de cette secte qui ont eu à poser des bombes, plastiquer des églises et des commissariats de police et tuer d’innocentes personnes qui avaient le tort de ne pas être de la même religion qu’eux ou d’avoir commis le "péché" d’adopter la culture occidentale.
En somme, Boko Haram exige une libération sans conditions et sans jugement. Entre le chaos qui menace de s’installer du fait des attentats islamistes et la justice devant laquelle tout citoyen suspecté d’un délit ou d’un quelconque crime doit comparaître, Goodluck doit faire un choix. Il pensait peut-être faire cesser pour un bout de temps les attentats en entrouvrant la porte du dialogue, mais il n’aura pas le répit escompté. Plus grave, et foi des fous de Dieu nigérians, il doit s’attendre dans les prochains jours à d’autres attaques à Sokoto, semblables à celles menées tout récemment à Kano et qui ont fait 185 morts. Et cela, s’il ne libère pas les membres de la secte emprisonnés. Une pression supplémentaire sur un Goodluck qui ne sait plus quoi faire.
Si, au moins, celle-ci avait accepté de négocier ! Malheureusement, ce n’est pas le cas, du moins, pour le moment. La secte se sent en position de force face à un pouvoir traumatisé par les attentats et le risque de chienlit. Le pouvoir cherche une solution pendant que la secte est habitée par des pulsions destructrices. Il est difficile d’y remettre un diable qui s’est échappé d’une boîte. Le monstre est lâché. En position de force, Boko Haram est dans une logique anarchiste et trouvera toujours un prétexte pour ne pas s’asseoir autour d’une table surtout que sa principale revendication, l’instauration d’un Etat islamique dans le nord Nigeria, est inaccessible et inacceptable. C’est dire que si Goodluck Jonathan libère les prisonniers de la secte, il n’est pas sûr et certain qu’elle viendra à la table de négociations, ni qu’elle cessera ses attaques et attentats.
Mais Boko Haram oublie qu’elle donne raison à tous ceux qui n’ont cessé de penser qu’elle est un groupuscule de crapules, d’anarchistes, ne sachant pas finalement ce qu’ils veulent. Même ceux qui avaient un peu de sympathie pour la secte vont finir par ne plus en avoir pour la simple raison qu’elle rate une occasion de poser, officiellement et dans un cadre bien précis, ses revendications. Les opposants à l’usage de la force contre Boko Haram n’ont plus d’arguments valables. Peut-on défendre une personne qui donne elle-même des verges pour se faire fouetter ?

Séni DABO

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Rwanda : les idiots utiles de Kagame

(Marianne 30/01/2012)
Les découvertes du juge Trevidic ont relancé la polémique sur le Rwanda, une partie de la presse exonérant Kagame de ses responsabilités passées et présentes. « De tout temps, les conteurs comme leurs publics ont préféré les histoires où les bons combattent les méchants plutôt que celles où des salauds en affrontent d'autres » : Rony Brauman, ex-président de Médecins sans frontières, Jean-Hervé Bradol ( Fondation Médecins sans frontières) et Claudine Vidal (CNRS), tentent de mettre en lumière les véritables enjeux des réactions à l'expertise balistique du juge Trevidic.
Depuis dix-huit ans, des centaines de milliers de morts, rwandais et congolais, sont imputables au Front patriotique rwandais (FPR) mais aucun de ses membres n'a été condamné pour ces faits. Les sources existent, elles sont connues. Comment expliquer une telle absence de réponse face à ce qui peut être considéré comme des crimes contre l'humanité ? La quasi-unanimité de la presse française sur les prétendues conclusions du rapport balistique commandé par les juges français chargés d'instruire la plainte des familles dont les membres sont morts dans l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, le 6 avril 1994, fournit une nouvelle opportunité de comprendre comment le régime de Kigali assure son impunité.
Trois éléments de méthode sont utilisés. Le premier consiste à déclarer qu'une vérité historique, le génocide des Rwandais tutsis, est en butte au négationnisme et au révisionnisme. Ce déni créerait les conditions d'une reprise de la politique génocidaire. La réalité est tout autre et on peut s'en féliciter. Les principaux concepteurs et réalisateurs du génocide ont été arrêtés et condamnés. Ceux qui, pour l'instant, avaient réussi à s'échapper et dont les lieux de résidence sont connus vivent désormais dans la crainte non plus d'être traduits devant un tribunal international mais d'être directement transférés à Kigali comme c’est déjà le cas.
Le deuxième élément de méthode est l'emploi systématique de la terreur pour imposer le point de vue des amis de Paul Kagame en dépit des évidences contraires. Il n'existe plus de réelle opposition structurée à l'intérieur du Rwanda, ni de presse libre, en raison des arrestations et des assassinats. Les agences de presse en ont témoigné régulièrement ainsi que des ONG internationales. Les anciens du FPR qui se sont dissociés du pouvoir en place ont été réduits au silence ou contraints à l'exil quand ils n'ont pas été tout simplement assassinés. Dans cette entreprise, les sicaires de Kigali ne s'embarrassent pas des frontières et plusieurs opposants et journalistes ont été exécutés dans les pays où ils s'étaient réfugiés, crimes et tentatives d’assassinats précisément relatés par les médias des pays concernés (Afrique du Sud, Ouganda, Royaume Uni, etc.)
Le troisième élément de méthode est le soutien de réseaux d’ « amis » à l'étranger (à une autre époque, on aurait parlé de « compagnons de route ») afin de relayer les accusations de négationnisme et de révisionnisme contre les commentateurs qui osent contredire les versions des faits produites par le régime en place à Kigali. Ces « amis », hyperactifs dans le débat public, viennent récemment d’occuper la plupart des tribunes afin de faire dire à un rapport balistique ce qu’il ne disait pas, et se sont comportés, volontairement ou non, en vecteurs de la propagande internationale du FPR.
La justice française (ainsi qu’une procédure espagnole en février 2008) a accusé Paul Kagame et des membres du FPR en leur imputant l’attentat contre l’avion d’Habyarimana. La sortie d'un rapport balistique qui ne pouvait en aucun cas produire une conclusion sur l'identité des assassins a été accompagnée d'une campagne médiatique affirmant le contraire : l'expertise balistique innocenterait Kagame. Les deux avocats du FPR, qui se sont exprimés après la remise du rapport balistique, ne sont pas les seuls responsables de cette vague d’enthousiasme en faveur de Kagame. Le juge Bruguière, auteur d'une précédente instruction incohérente, et une bonne partie de la presse française ont apporté leur contribution au brouillage de pistes. De tout temps, les conteurs comme leurs publics ont préféré les histoires où les bons combattent les méchants plutôt que celles où des salauds en affrontent d'autres. Doit-on pour autant présenter comme équivalents le génocide des Rwandais tutsis et les crimes commis par le FPR ? Absolument pas. Pour cela il faudrait oublier la différence entre deux types d'ordres : « Exterminez les tous » ou « Massacrez une partie d'entre eux ».


Rony Brauman, Jean-Hervé Bradol et Claudine Vidal 28 01 2012

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