mardi 29 mars 2011

Bénin - Présidentielle béninoise: on y perd son latin

(L'Observateur Paalga 29/03/2011)

Il était pourtant bien parti, le Bénin postrévolutionnaire, sur les chemins éclairés de la démocratie. Considéré en la matière comme l’un des meilleurs élèves du continent, l’ancien Dahomey avait su montrer la voie après sa conférence nationale. Avec des institutions fortes sur fonds d’alternance au pouvoir, le modèle béninois avait de quoi faire des envieux, et pas seulement dans la sous-région.
Mais il faut croire qu’en matière de démocratie africaine plus qu’ailleurs, les bonnes choses ont toujours une fin. Et là aussi, le pays d’Hubert Maga est en passe de figurer en bonne place dans le palmarès peu flatteur des expériences ratées ;
car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aujourd’hui la donne électorale s’y rapproche, à bien des égards, du tristement célèbre scénario ivoirien. Riche en péripéties, cette présidentielle-là entrera assurément dans les annales après les polémiques interminables qu’elle a suscitées autour du fichier électoral et les multiples reports d’un scrutin qui s’échouera avec fracas sur la date du 13 mars, avec son florilège d’insuffisances et d’approximations.
De quoi laisser les portes largement ouvertes pour un contentieux postélectoral des plus féroces. Et comme si tout cela ne suffisait pas, il a fallu que Yayi Boni signe le prodige de l’emporter au premier tour dans un scrutin qui en prévoyait deux.
Mais l’embrouillamini de cette présidentielle n’aurait pas été complet si l’on n’avait pas pu compter sur la pincée de sel savamment saupoudré par la Cour constitutionnelle elle-même : en effet, c’est la juridiction suprême qui a proclamé les résultats avec en tête des suffrages, le président sortant.
On aurait pu croire qu’il s’agissait là des résultats définitifs, mais la suite des événements a démontré qu’il n’en était rien, car les candidats disposaient d’un délai pour déposer leurs éventuels recours.
On imagine mal la haute juridiction, juge en premier et en second recours, revenant sur ses premières impressions surtout après avoir mis la charrue avant les bœufs.
Et cela, d’autant plus qu’à l’instar des autres candidats, Yayi Boni s’est empressé de déposer une requête pour rectifier certains résultats en sa faveur ; une bizarrerie électorale qui ajoute un peu plus au sentiment de confusion qui plane sur le processus électoral du quartier latin de la sous-région sinon de l’Afrique.
Et les deux principaux challengers du président sortant ne s’y sont pas trompés, en contestant aussitôt et avec la plus grande fermeté la victoire, jugée prématurée, voire même usurpée, de l’ancien banquier :
ainsi, Abdoulaye Bio Tchané et Adrien Houngbédji réclament ni plus ni moins que l’annulation du scrutin du 13 mars, le second s’étant même autoproclamé vainqueur ; un choix qui n’est pas pour rassurer l’ONU et la CEDEAO, embourbées depuis des mois dans la crise ivoirienne.
Le dernier mot revient donc à la Cour constitutionnelle, qui dispose d’un délai de 10 jours pour remettre sur les rails un train parti dans le décor.

H. Marie Ouédraogo
© Copyright L'Observateur Paalga

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