vendredi 26 novembre 2010

Côte d'Ivoire - L'heure de vérité approche pour la Côte d'Ivoire

(Ouest-France 26/11/2010)
Après une décennie de putsch et d'affrontements, le second tour de la présidentielle sera périlleux,dimanche, entre Laurent Gbagbo, le sortant, et son challenger, Alassane Ouattara.
Quel est l'enjeu du vote de dimanche ?
Les 5,7 millions d'électeurs doivent reconduire ou écarter Laurent Gbagbo, 65 ans, au pouvoir depuis 2000. Au premier tour, le 31 octobre, le président socialiste a recueilli 38 % des voix, six points devant Alassane Ouattara, 68 ans, un ancien Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, le « père de la Nation », mort en 1993. Ce second tour est très ouvert : l'ancien président Henri Konan Bédié, arrivé troisième (25 % des voix), appelle à voter Ouattara. Le renversement de Konan Bédié par l'armée, en 1999, avait plongé le pays dans la tourmente.
Cette élection va-t-elle tourner la page d'une décennie terrible ?
C'est l'objectif. Le mandat de Laurent Gbagbo est achevé depuis le 31 octobre 2005 ! La présidentielle a été retardée six fois, dans un pays profondément divisé. En 2002, Laurent Gbabgo, chrétien de choc, survivait à une rébellion des militaires du nord du pays, majoritairement musulman : ceux-ci échouaient aux portes d'Abidjan, mais prenaient le contrôle de près de la moitié du pays, qu'ils administrent sous le nom de Forces nouvelles, tandis que des soldats français de la force Licorne se déployaient entre les deux secteurs. Pour apaiser la tension et aboutir à ce scrutin, il a fallu la force de persuasion du président du Burkina-Faso, Blaise Compaoré, homme fort de la région. Le premier tour, il y a un mois, s'était tenu dans le calme.
Pourquoi ce regain de tension ?
Parce que Gbagbo et Ouattara, jusque-là policés et courtois, ont « retiré les gants de boxe » et lâchent les coups, s'accusant mutuellement de tricher et de fomenter un putsch. Dans les rues d'Abidjan, gourdins et machettes sont de retour. Dans l'ouest du pays, un sympathisant de Gbagbo a été tué, hier, après avoir arraché une affiche de Ouattara. Les affrontements entre supporters sont restés sporadiques, mais l'Onu a renforcé sa présence militaire, ponctionnant 500 hommes stationnés au Liberia voisin. Plus grave : les tensions ethno-religieuses s'exacerbent. Elles avaient fleuri à la mort d'Houphouët, quand le personnel politique du Sud avait forgé un nouveau concept, l'« ivoirité », pour écarter des élections Ouattara, un « étranger » du Nord. Le Sud et l'Ouest, riche en cacao, première ressource du pays, sont eux aussi divisés : Konan Bédié, un Baoulé, s'est rabiboché à la hâte avec Ouattara par détestation de Gbabgo, un Bété, au risque d'enflammer ces ethnies.
Le pays est-il au bord de l'abîme ?
Rien n'est écrit. L'immense majorité des Ivoiriens aspire à la paix, après une décennie qui a appauvri leur pays. Les chefs religieux, les ONG et les influents footballeurs multiplient les appels à la sagesse. Blaise Compaoré, le médiateur, est attendu dans le pays samedi. Beaucoup dépendra de l'attitude des candidats, qui devaient se mesurer, hier soir, lors d'un face-à-face télévisé. Et tout se jouera après les élections : l'honnêteté du scrutin sera-t-elle incontestable ? Le vaincu reconnaîtra-t-il sa défaite ? Les précédents, dans la région, ne sont pas encourageants. Par précaution, tout le pays sera soumis à un couvre-feu, dimanche, après le scrutin.

Bruno RIPOCHE.
© Copyright Ouest-France

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