vendredi 26 novembre 2010

Face-à-face électoral : Gbagbo-Ouattara, regards croisés pour la Côte d’Ivoire

(Afriscoop 26/11/2010)
(AfriSCOOP Abidjan) — Les candidats Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara se sont expliqués jeudi soir sur le coup de 21 GMT pendant deux heures et quinze minutes face aux Ivoiriens en direct de l’unique télévision publique du pays, lors de l’émission spéciale dénommée ‘’face-à-face‘’ dans la perspective du deuxième tour de l’élection présidentielle, dimanche 28 novembre 2010.
Surprise, la bagarre de chiffonniers prédite à la veille du face-à-face n’a pas eu lieu, les deux hommes favorables à un tel débat national jamais vu en Côte d’Ivoire s’étant disposés selon eux à offrir aux Ivoiriens des échanges « courtois et civilisés » ; Laurent Gbagbo a confessé avoir « prié avant de venir » sur le plateau afin de « pas donner des frayeurs » aux Ivoiriens ; Alassane Ouattara lui considérant que l’élection présidentielle (reportée cinq fois depuis 2005) « a pris du temps » a mis un point d’honneur à « un débat responsable ».
« Beaucoup avait dit que Laurent Gbagbo et moi allions nous donner des coups de poing… », a-t-il fait un pied de nez aux passionnés des pugilats politiques alors que son rival a appelé les électeurs à « rééditer l’exploit du premier tour » qui s’est déroulé dans « un climat ouvert, juste, libre et transparent », selon le certificateur onusien, Y.J CHOI Représentant spécial des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI).
Un couvre-feu dimanche les oppose
Premier point chaud, le projet de signature d’un décret portant instauration par Laurent Gbagbo d’un couvre-feu dimanche à 22 heures, après le vote, n’agrée pas Alassane Ouattara lequel aurait souhaité que le chef de l’Etat sortant lui en touche quelques mots avant d’annoncer l’initiative sur les antennes ; qu’à cela ne tienne le président de la République candidat à sa propre succession maintient l’idée à formaliser le lendemain du face-à-face, a-t-il rétorqué.
Outre la « réquisition » par décret 304-2010 du 14 novembre dernier des Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI), le couvre-feu va contribuer selon M. Gbagbo à dissiper les « inquiétudes » même si « les Ivoiriens sont assez mûrs pour faire en sorte que les dérapages n’aient pas lieu ».
Par contre, pour son vis-à-vis l’instauration d’un couvre-feu vient « dramatiser » la situation émaillée déjà par des cas d’agressions, des provocations et des affrontements « isolés », d’après l’observateur ONUCI, entre militants rivaux ; Alassane Ouattara « espère surtout que l’armée n’aura pas à intervenir » dans l’après scrutin.
Somme toute, ils sont unanimes que le scrutin va se dérouler dans de bonnes conditions, raison pour laquelle ils en appellent quand même à la « maturité » des Ivoiriens afin qu’ils méritent la confiance des observateurs.
Le coup d’Etat de 1999
Les débatteurs retournent chacun dans leur Qg avec les « preuves », promises par Laurent Gbagbo, et les « témoignages » annoncés par Alassane Ouattara qui se sont neutralisés sur la question de savoir qui est le vrai commanditaire du coup d’Etat du 24 décembre 1999.
Nos politiques se rejetant mutuellement la responsabilité du coup de force militaire ayant coûté son fauteuil à Henri Konan Bédié, président de la République de Côte d’Ivoire de 1993 à 1999, doivent avoir déçu de nombreux polémistes à l’affût de la vérité sur ce point précis du débat.
Sur cette question qui défraie la chronique depuis lors, en dépit des appels des uns et des autres à tirer un trait sur le passé, Laurent Gbagbo, le premier à charger par ce reproche « il y a des moments où sa conduite a été contre la loi », s’est laissé dire qu’ « il est facile d’accuser sans preuve et sans enquête ».
Reformes institutionnelles
Si le régime présidentiel doit demeurer tel qu’il est pratiqué par la Côte d’Ivoire moderne il importe selon M. Gbagbo qu’il soit enclin au social de sorte que les riches n’écrasent pas les pauvres ; les deux classes sociales doivent être formées à la chose civique afin pense-t-il que le régime présidentiel soit davantage républicain, une perspective pour laquelle le président sortant mise sur le retour de la paix.
Le challenger Ouattara économiste, ex-directeur général-adjoint du fonds Monétaire International (FMI), acteur à ses dires du redressement de l’économie kosovar après la crise qu’a traversée le Kossovo, propose un « Etat fort » où le droit et les libertés sont respectés.
Ils se rejoignent sur la « création d’un sénat » dans la réalisation de la « séparation des pouvoirs » toutefois le candidat de La majorité présidentielle penche pour la mise sur pied de la Cour de cassation et de la Haute cour de justice, inexistantes, en plus de l’ouverture des Cours d’Appel régionales à l’échelle régionale.
Alassane Ouattara est certes « heureux » que son « frère Laurent Gbagbo » et lui soient d’ « accord » pour le respect des institutions surtout la Commission Electorale Indépendante (CEI), quand elle annonce des résultats électoraux, mais sa reforme judiciaire appelle la création d’une grande école de magistrature pour dix milliards de Fcfa et l’augmentation à hauteur de 2 à 3 % de la part de la justice du budget national.
Une armée forte à la dimension de la puissance économique de la Côte d’Ivoire verra le jour sous le prochain mandat de M. Gbagbo s’il est élu dimanche, il envisage en outre l’ouverture d’une Ecole de guerre dans l’Ouest ivoirien, l’équipement de la Police nationale, la Gendarmerie nationale à redéployer pour la réalisation d’ « un maillage total de l’ensemble du territoire national ».
A contrario M. Ouattara se propose de créer un « service national », un service militaire mixte, la séparation du monde politique de l’armée, le renforcement de la sécurité des personnes et des biens, la réorganisation de la police et de la gendarmerie à hauteur de soixante milliards de Fcfa.
Réconciliation nationale
Faisant de ce volet de l’après élection une question centrale, les deux rivaux entendent amener les Ivoirien à se parler à travers un autre Forum national de réconciliation que propose le président-candidat, qui vante les mérites du dialogue direct initié par lui avec l’ex-rébellion et qui a abouti à l’Accord Politique de Ouagadougou (APO).
L’adversaire attaché pour sa part aux enquêtes et à des preuves tient à « faire la lumière » sur les crises ivoiriennes précédentes, sans oublier celle de septembre 2002. Pour ce faire il se propose de créer une commission d’enquête, une autre dite réconciliation et vérité avec pour objectif de situer les responsabilités sur l’assassinat de l’ex-chef d’Etat Robert Guéï, retrouvé mort le corps criblé de balles le 19 septembre de cette année-là.
Avec M. Ouattara, a-t-il promis, les Ivoiriens sauront qui a organisé, financé le coup d’Etat de septembre 2002 dont le camp présidentiel lui impute la responsabilité. Il compte également indemniser les victimes de guerre et leurs parents (…)

vendredi 26 novembre 2010 par Seraphin KOUASSI, à Abidjan
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