mercredi 7 avril 2010

Congo - 1960- 2010: Quel gâchis !

(Mwinda 07/04/2010)
Au moment où le Congo-Brazzaville se prépare à célébrer le cinquantenaire de son immaturité, Li Shufu, un milliardaire chinois vient d'acquérir la firme Volvo, la plus grande industrie automobile suédoise fondée à la fin des années 20. L'on juge la prospérité d'un pays par la réussite de ses capitaines d'industrie et le nombre de ses sociétés cotées en bourse. Le problème est que le Congo n'en a pas.
La Chine, pays communiste (du moins idéologiquement) tout comme le Congo-Brazzaville (ex République Populaire du Congo) hier, affiche une progression économique constante et honorable. Les anciens dirigeants communistes congolais, aujourd'hui reconvertis au libéralisme économique eux se targuent d'avoir rempli les conditions d'admission de leur pays au club P.P.T.E (label honteux). A l'annonce de cette répugnante nouvelle par le F.M.I, ils ont tous sauté de joie et profité de l'occasion pour festoyer au siège du gouvernement. Quelle immaturité politique !
Logo du cinquantenaire de l'indépendance du Congo
D'ici peu, le Congo va célébrer en grande pompe le demi-siècle de sa pseudo-indépendance, alors que pendant tout ce temps ses dirigeants n'ont pas été capables de se doter d'une monnaie et d'éradiquer la tuberculose, le paludisme, le choléra...qui déciment les populations surtout dans l'arrière pays, maladies d'un autre âge pour les Occidentaux. Le Congo détient l'un des taux les plus élevés de mortalité infantile en Afrique. L'espérance de vie des Congolais est de 48 ans en moyenne, soit 14 ans de moins que celle des Bangladais, citoyens d'un pays aussi pauvre et 45 fois plus peuplé. 7 salariés congolais sur 10 peupleront les cimetières avant de toucher leur pension de retraite. Pour ceux qui voudraient bien s'en convaincre, ils n'auront qu'à suivre les communiqués nécrologiques chaque soir sur Télé-congo.
Depuis son accession à " l'indépendance ", le Congo-Brazzaville, pays dont les sol et sous-sol sont fertile et riches en matières premières, n'a pas exporté le moindre produit manufacturé. Malgré ses 10 millions d'hectares cultivables, aucun produit agricole labélisé "Congo" n'a été vendu nulle part. Les seuls produits que ce pays exporte abondamment sont le pétrole brut et le bois. Il ne serait pas scandaleux de faire un parallèle entre l'état d'esprit des dirigeants congolais et celui des singes. Les uns aussi bien que les autres ne savent rien transformer. Ils se contentent de tirer profit de la nature, puisque sa réserve leur semble inépuisable. Chaque année, le Congo organise constamment des grands colloques sur le développement, où d'excellents théoriciens viennent exposer sur ce qu'ils ont appris à Moscou, Kiev ou Bordeaux. Rien que des salves d'applaudissements pour flatter l'égo de ces masturbateurs cérébraux. A ce jour, aucun d'eux ne s'est distingué en réalisant un quelconque projet de grande envergure. La route reliant Brazzaville et Pointe-Noire avance à la vitesse de la tortue. La fin des travaux n'est pas envisageable avant 2016, échéance de la prochaine mascarade électorale. Au lieu de construire un nouvel aéroport ailleurs, pour mettre les riverains à l'abri d'un crash aérien, on a préféré construire un nouveau bâtiment à côté de l'ancien et rallonger la piste d'atterrissage. "Faire du neuf avec du vieux", voilà la marque de fabrique des dirigeants congolais. Ainsi le stade de la révolution est devenu Alphonse Massamba Débat ; l'hôpital général, le C.H.U ; le Palais de Congrès, le Palais du Parlement ; le C.E.G Raphaël Bouboutou, la Faculté des sciences ; ainsi de suite. Que du bricolage et du rafistolage.
Un aéroport international moderne est censé être la première vitrine d'un pays. Cette normalité n'a pas à être une source de fierté pour les partisans du chemin du Moyen-âge. Depuis plus de 40 ans, le Congo s'est contenté d'un insalubre kiosque nommé Maya-Maya pour accueillir les voyageurs. Il n'y a ni toilettes ni caddies ni infirmerie. Les bagages se récupèrent sur une carcasse de tapis roulant qui fonctionne au rythme du délestage. Ce qui est très frappant à Maya-Maya, c'est le troupeau de policiers et douaniers qui rançonnent les voyageurs à longueur de journée. Quoi de plus normal que de se doter d'une vitrine plus présentable. Le dernier visiteur officiel au Congo, l'émir du Qatar ne démentirait pas cette observation.
Jacques Toubon, vieux baron de la Françafrique a été mandaté par Nicolas Sarkozy de convoquer tous les préfets africains et leur garde prétorienne pour défiler à Paris. Qu'est-ce qui pourrait inciter un Africain émancipé à faire le déplacement sur les Champs Elysées, le 14 juillet 2010 ? Voir une armée de répression marcher au pas sous les ordres de l'ex puissance coloniale n'est pas du tout attractif.
Autre date, autre lieu. Des milliards de francs CFA seront dilapidés pour célébrer 50 ans de coups d'Etat, de dictature, de guerres fratricides, d'enlèvements, de prédation, de pillage, de faux procès, de gloutonnerie... Avec un bilan aussi désastreux, le drapeau congolais devrait être en berne le 15 août 2010. Le cinquantenaire de "l'indépendance" du Congo renferme un lot de malheurs. En ce jour anniversaire sur le boulevard Alfred Raoul, l'hymne national risquerait de sonner comme un chant accompagnant une procession funèbre. En effet, ce sera un jour de deuil national. Moi, je n'y serai pas.

Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONY
Ecrivain, documentariste, historiographe
© Copyright Mwinda

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