jeudi 4 juin 2015

VIDEO. Le pari fou de Bolloré : 3000 km de voie ferrée d'Abidjan à Cotonou

La chaleur est telle que s'éloigner seulement de l'ombre d'un arbre est un calvaire. Une cinquantaine d'ouvriers s'activent pourtant sans relâche pour poser des rails sur une ligne sans fin de cailloux concassés. Sur cette route qui mène à Dosso, à 90 km de Niamey, la capitale du Niger, en plein coeur du désert nigérien, la température dépasse régulièrement les 45 °C à l'ombre.

Les travailleurs de l'extrême redoublent pourtant d'ardeur. Car l'aboutissement de leur chantier se soldera par l'arrivée du train. Ce train que les 17 millions d'habitants attendent depuis quatre-vingts ans. Et qui permettra de désenclaver cet Etat pris en étau entre les islamistes de Boko Haram au sud et ceux d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au nord.
Les 143 km de cette voie ferrée en construction ne représentent qu'une toute petite partie du projet pharaonique dans lequel le groupe Bolloré s'est lancé il y a deux ans. Le budget est colossal : 2,5 Mds€ répartis sur dix ans. « Une somme qui sera prélevée uniquement sur nos fonds propres, précise le patron du groupe Vincent Bolloré. C'est un investissement sur le long terme. » L'aventure africaine, ce patron y a cru dès les années 1980. Jusqu'à en faire l'une de ses terres de prédilection. Il y mène d'âpres batailles commerciales pour l'acquisition de concessions portuaires, investissant chaque année entre 300 et 400 M€. Présent aujourd'hui dans 45 pays d'Afrique avec 25 000 salariés, il gère 16 concessions portuaires, dont deux fluviales, principalement en Afrique de l'Ouest.
Se lancer dans la conquête du ferroviaire lui permettra de renforcer son contrôle sur le transport et la logistique, dans une région où les ressources minières abondent. Et où la concurrence des Chinois et des Indiens est féroce. « Le transport des passagers ne représentera pas plus de 10 % du chiffre d'affaires, reconnaît Thierry Ballard, le patron du pôle ferroviaire du groupe. Les 90 % restants seront assurés par le transport de ressources minières et de marchandises. »

VIDEO. Le train de Bolloré à la conquête de l'Afrique


Le train de Bolloré à la conquête de l'Afrique par leparisien
Des lieux de vie offrant de l'eau potable et internet
A terme, c'est donc une boucle de 3 000 km, baptisée la Blueline, qui reliera cinq pays de l'Afrique de l'Ouest et leurs capitales : le gigantesque port d'Abidjan en Côte d'Ivoire, Ouagadougou au Burkina Faso, Niamey au Niger, et les ports de Cotonou au Bénin et de Lomé au Togo. Une partie ne nécessitera qu'une lourde rénovation, entre Abidjan et Kaya (Burkina). Mais pour le reste, sur près de 1 500 km, il faut tout créer, dans des conditions parfois apocalyptiques.
Comme au milieu de ce désert, donc, où pour le moment la voie ferrée s'interrompt net à une cinquantaine de kilomètres de Dosso. Alors, malgré le soleil écrasant, les équipes locales, encadrées par des contremaîtres camerounais, burkinabés ou ivoiriens, s'affairent sans relâche. Dans un ballet réglé au millimètre, une équipe soude les rails les uns aux autres en y versant de l'alumine en fusion portée à 1 300 °C. « Sur cette portion, chaque kilomètre parcouru coûte un million d'euros, explique Joseph Aouda, Camerounais et responsable du chantier. Soit 100 t de rails, fixées à 1 600 traverses, elles-mêmes posées sur 1 000 t de ballast ! »
« Faire rouler ce train constitue un véritable défi logistique, confie Simon Minkowski, directeur du développement des activités ferroviaires du groupe Bolloré. Car le matériel arrive d'un peu partout dans le monde par bateau dans les ports d'Abidjan et de Cotonou, avant d'être chargé sur des norias de camions spéciaux. » Seules donc les traverses en béton sont coulées sur place. Les rails sont importés d'Italie, de Belgique et de Grande-Bretagne. Les tabliers des ponts qui enjambent les oueds ont été acheminés de France. Les voitures passagers proviennent de Suisse et la nouvelle locomotive sera vraisemblablement achetée en Afrique du Sud.
Le long des voies, dans les principales villes, mais aussi dans des coins plus reculés, des lieux de vie, baptisés Bluezones, sont créés. Ils sont totalement autonomes en énergie, grâce à des panneaux solaires et des batteries, les mêmes qui équipent les Autolib' en France. Coût de l'investissement : 1 M€ l'unité. L'électricité ainsi produite permet d'apporter l'eau portable et Internet, mais aussi de nombreux services. Le groupe entend ainsi se positionner, grâce à ses batteries solaires, sur l'immense marché des énergies décentralisées. En démontrant que sa technologie fonctionne aussi bien dans ses Autolib' parisiennes qu'au beau milieu de l'Afrique.

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 leparisien.fr

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