mercredi 10 juin 2015

Au Congo, l’annulation du baccalauréat tourne au vinaigre

De milliers d’élèves candidats au baccalauréat général sont descendus dans la rue, le vendredi 5 juin, où ils ont incendié des pneus, quelques bureaux de l’administration scolaire, brisé les vitres des voitures et pillé des magasins, pour exprimer leur colère suite à l’annulation par le gouvernement de leur examen, au dernier jour des épreuves, pour raison de « fraudes massives » et « irrégularités graves ».
Les élèves ont donné du fil à retordre à la police qui les a chargés et dispersés à coup de bombes lacrymogènes, notamment à Brazzaville, la capitale, Pointe-Noire (sud), la capitale économique, et Dolisie, la troisième ville du pays. « Il a été observé que les sujets se sont retrouvés sur Internet », a déclaré Hellot Matson Mampouya, ministre de l’enseignement primaire et secondaire.
« A partir de ce moment-là, nous avons estimé qu’il était irresponsable de laisser poursuivre normalement un examen qui se déroulait avec autant d’irrégularités. Et, pour des raisons de crédibilité, nous avons décidé d’annuler cette session », a ajouté Matson Mampouya également en charge de l’alphabétisation.

« Des actes de vandalisme »

Ces déclarations gouvernementales ont mis le feu aux poudres. Les bureaux du ministère, les voitures des responsables ont été caillassés. Dans le quartier même du siège du ministère, les rayons d’un supermarché chinois ont été (en partie) vidés aux cris de : « L’Etat va payer ! C’est lui-même qui a cherché des problèmes. » En plus, la direction départementale des examens et concours (DEC) de Pointe-Noire a été incendiée, selon la police.
« A Dolisie, la direction du lycée Victor Sathoud et un véhicule de patrouille de la police ont été entièrement brûlés par les élèves en colère qui ont commis plusieurs actes de vandalisme à travers la cité », a raconté Paul Mahoungou, agent de municipalité. Le 5 juin, toutes ces cités touchées par la psychose et des scènes de panique ont tourné au ralenti.
Ces mouvements sont survenus le lendemain après la clôture des consultations présidentielles très controversées sur la vie de l’Etat de la nation où, d’après certains participants, les problèmes d’une éducation en perte de vitesse ont été exposés au président Denis Sassou Nguesso.
La direction de la sécurité publique a quelque peu minimisé les faits. « On a compris la colère des élèves qui ont passé neuf mois à préparer leur examen sans répit. Mais nous n’avons enregistré ni morts, ni blessés. Personne n’a été interpellé », a affirmé le colonel Jules Monkala Tchoumou, porte-parole de la police.

Un examen de remplacement

Les 66 000 candidats seront invités dans les semaines à venir à passer un examen de remplacement. « Ce n’est pas une année blanche. Nous allons publier très rapidement un nouveau calendrier pour la session de remplacement qui devra se tenir très rapidement », a assuré le ministre Hellot Matson Mampouya, affirmant qu’une enquête était en cours pour déterminer les « saboteurs » et les punir.
A la veille de l’annulation des épreuves, le directeur des examens et concours a été interpellé par les services de police. « Le but ultime des élèves n’est pas seulement l’obtention du bac, mais surtout un diplôme qui va leur permettre de poursuivre les études à l’université », a-t-il expliqué.
En 1978, le Congo avait déjà annulé les épreuves du brevet d’études moyennes générales (BEMG) pour des raisons de fraude également. Mais l’annonce avait été faite plusieurs jours après que les élèves aient fini de composer. « Il faut bien enquêter afin de mettre la main sur ceux qui ont perturbé l’examen du bac. Des sanctions sévères doivent être prises à leur encontre. A l’avenir il faudrait bien sécuriser les épreuves », a clamé Christian Grégoire Epouma, président de l’Association des parents d’élèves et étudiants du Congo (Apeec).

lemonde.fr

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