mardi 25 janvier 2011

La Côte d'Ivoire bloque les exportations

(Le Figaro 25/01/2011)
En empêchant les exportations de cacao et de café, Alassane Ouattara tente d'asphyxier financièrement Laurent Gbagbo qui s'accroche au pouvoir.
La rumeur d'une décision imminente circulait dans les couloirs de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement des pays de l'Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine) qui s'est achevée samedi dernier à Bamako, au Mali. Conforté par le soutien politique apporté par ces derniers, qui ont réaffirmé qu'ils le reconnaissaient «comme le président légitimement élu de la Côte d'Ivoire», et par la démission forcée du gouverneur de la Banque centrale, accusé d'aider en sous-main Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, a annoncé lundi «l'arrêt immédiat de toute exportation de café et de cacao», jusqu'au 23 février.
En frappant les deux matières premières qui font vivre le pays, le président, toujours isolé dans son hôtel et soumis au blocus des partisans de Laurent Gbagbo, espère réussir à asphyxier l'ancien chef de l'État qui s'accroche au pouvoir. Libre de ses mouvements, ce dernier contrôle toujours la douane, la police, la gendarmerie et l'administration fiscale. Autant de sources de revenus qui, avec les redevances sur le port d'Abidjan et les régularisations d'impôts plus ou moins légales prélevées sur les grandes entreprises, lui permettent de payer les salaires des fonctionnaires.
Évalués entre 70 milliards et 100 milliards de francs CFA par mois, ils ont été réglés rubis sur l'ongle en décembre et le seront encore dans quelques jours pour le mois de janvier, assurent les conseillers de l'Uemoa. Le café, dont la Côte d'Ivoire est le douzième producteur mondial, le troisième en Afrique, et le cacao représentent à eux seuls 40% des exportations du pays et assurent pas moins de 20% de son PIB (produit intérieur brut). Mais encore faut-il que la mesure, pour aussi spectaculaire qu'elle soit, soit suivie d'effet. Certes, le gouvernement Ouattara annonce que tous les opérateurs qui pourraient être tentés de passer outre «seront considérés comme finançant les activités de l'administration illégitime de M. Laurent Gbagbo et s'exposent à des sanctions internationales, sans préjudice des poursuites pénales des juridictions nationales».
Seulement, comme l'a aussitôt fait remarquer un porte-parole de l'ancien président, de nombreux acheteurs ont déjà passé leurs commandes et ils vont vouloir être livrés. Les prix du cacao, qui avaient déjà bondi de 14 % depuis les élections ivoiriennes de décembre dernier, pourraient encore flamber de 10 %, selon Hackett Financial Advisors, alimentant un peu plus la spéculation sur la hausse des prix des matières premières alimentaires qui pénalise lourdement l'Afrique.
Des échéances à honorer
Mais la Côte d'Ivoire n'a pas le choix. Fin janvier tombe une échéance de bons du Trésor de quelque 600 milliards de francs CFA qu'il va falloir honorer coûte que coûte. Le vice-gouverneur qui assure l'intérim de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a promis d'assurer le relais. «Il n'y aura pas de crise de liquidités en Côte d'Ivoire», affirme de son côté Soumaïla Cissé, président de la Commission de l'Uemoa. Mais tant que la crise ne sera pas réglée dans ce pays, la confiance des investisseurs n'a aucune chance de s'améliorer.

Par Arnaud Rodier
25/01/2011
Mise à jour : 10:15
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