vendredi 21 janvier 2011

Cameroun : Polémique sur des morts à Akwaya

Ayah Paul accuse la gendarmerie d’avoir tiré et tué trois personnes, ce que démentent les autorités administratives.
Le député Ayah Paul Abine tremblait encore d’émotion hier en fin d’après midi lorsque nous avons pu le joindre depuis Buea le chef lieu de la région du Sud Ouest où il se trouve en ce moment, et notamment lorsqu’il fait le récit de la «folle matinée» les siens dans la petite localité d’Akwaya dans le département de la Manyu. Il indique bien que «très tôt ce matin (Hier NDLR) alors que les habitants de Okerika dormaient encore, le Sous préfet d’Akwaya (Njoken Steven Deghen NDLR) a envoyé les gendarmes envahir le village. Ils ont cassé les portes et rassemblé les villageois. Après les avoir torturés, ils ont aligné sept d’entre eux, dont cinq hommes et deux femmes et ils ont tiré sur eux. L’un d’eux est mort sur le coup. Il s’agit d’un homme et les six autres blessés, dont deux très grièvement sont à l’hôpital».
Pour l’élu de la Manyu à l’Assemblée nationale qui vient de quitter les rangs du Rdpc, cette réaction «est la suite logique des menaces et autres intimidations que moi-même et les miens vivons depuis l’annonce de ma candidature à la prochaine élection présidentielle. Des menaces que j’ai d’ailleurs relevées dans ma lettre de démission du Rdpc que j’ai adressée au président de ce parti», continue-t-il.
Toute possibilité de communication avec des personnes dans la localité concernée étant impossible en raison de son enclavement, il n’a pas été possible de joindre le sous préfet Steven Njoken. Toutefois, nous avons pu contacter les autorités administratives de la région du Sud Ouest, dont le secrétaire général des services du gouverneur, M. Quetong Handerson Konteh. S’il a d’emblée reconnu ne pas avoir suffisamment d’informations sur la question, il a tenu à minimiser «il y a certes des problèmes dans cette zone là, mais il s’agit d’un conflit inter ethniques qui oppose notamment les Okerika aux Essinbi. Il n’est nullement question de gendarmes dans cette affaire», argue-t-il.
«Faux» rétorque le député Ayah Paul Abine que nous avons à nouveau contacté plus tard. «Il s’agit de deux problèmes différents. Le conflit inter ethniques est réel. Mais il n’oppose pas les Okerika aux Essinbi comme veut vous le faire croire le secrétaire général de la région. C’est un conflit qui oppose les Essinbi, une tribu du Nord Ouest aux Nessanga Ekol qui sont bien des personnes du Sud Ouest. La question de l’intervention des gendarmes sur instruction du sous préfet est un problème à part. et au moment où je vous parle (Hier vers 17heures NDLR), les informations en provenance d’Akwaya indiquent que deux des six blessés sont dans une situation critique et il leur sera difficile de s’en sortir. Le Centre de santé d’Akwaya n’a pas les équipements nécessaires pour les soigner», se plaignait encore celui qui, en dépit de sa démission des rangs du parti au pouvoir, garde sa casquette de député à l’Assemblée nationale.
Ayah Paul a récemment annoncé sa démission des rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) après l’annonce de sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Dans sa lettre de démission, il dénonçait notamment les menaces dont seraient victimes ses proches et lui-même de la part des forces de maintien de l’ordre, avec indiquait-il, l’appui des élites de la Manyu dont Peter Agbor Tabi qu’il n’avait pas manqué de citer nommément.

© Mutations : Jean Francis Belibi
camer.be

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