(Le Pays 08/11/2010)
Sans être fataliste ou alarmiste, on peut dire que l’Afrique est le continent le plus coutumier de faits qui, de toute évidence, n’ont de cesse de compromettre ses tendances fédératrices. Les guerres civiles, les guerres de sécession, les rébellions, les hold-up électoraux sur fond de haine ethnique et xénophobe, constituent, il est un euphémisme de le dire, autant de goulots d’étranglement pour l’amorce d’un développement humain durable.
Pourtant, il existe des organismes à vocation sous-régionale ou continentale comme la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), entre autres, qui oeuvrent non seulement pour l’effacement complet des frontières héritées de la colonisation, mais aussi pour la promotion de l’intégration des peuples africains. On est souvent tenté de dire, sans aucune acrimonie, que les Africains sont mieux traités ailleurs que sur leur propre continent. Les exemples d’actes sectaires à l’encontre des Africains, posés par des Africains, sont si nombreux qu’il serait fastidieux de vouloir les égrener exhaustivement. En tout cas, pas plus tard que la semaine dernière, c’était les Congolais qu’on rapatriait de l’Angola pour des raisons jusque-là méconnues.
Rien que le 3 novembre dernier, les autorités nigérianes ont aussi procédé à l’expulsion, par centaines, d’étrangers dans le nord du pays. Ces personnes expulsées, pour la plupart des citoyens tchadiens, nigériens et camerounais, seraient en situation irrégulière et proches de la secte islamiste Boko Haram. L’islamisme a bon dos, peut-on dire. Omar Farouk Abdoul-Mutallab qui avait voulu faire exploser une bombe aux USA en décembre dernier était-il un Camerounais ou un Tchadien ? Tous les fondamentalistes de la secte Boko Haram sont-ils des Nigériens ? Les autorités nigérianes cherchent des boucs émissaires et veulent distraire l’opinion internationale, quand elles justifient cette récente chasse aux étrangers par la montée phénoménale de l’islamisme dans leur pays. Echapper à un problème, écrivait André Gide, n’est pas synonyme de le résoudre. Au lieu de neutraliser Boko Haram, les autorités d’Abuja s’adonnent volontiers à l’exercice favori des pouvoirs,quand ils font face à des difficultés : casser de l’étranger.
Toute chose qui est contraire à la vision fédérative de l’Union africaine. Dans un espace communautaire, les citoyens ont le droit de se déplacer à souhait. Les dirigeants nigérians, en jetant l’opprobre sur les étrangers, veulent décoller l’étiquette d’un nouveau sanctuaire de terroristes qu’on colle à leur pays. Bien des dirigeants africains, chaque fois qu’ils sont dos au mur, pour une raison ou pour une autre, ne tardent pas à jeter l’anathème sur les communautés étrangères.
Autrement dit, les étrangers deviennent, à bien des égards, des boucs émissaires de l’échec des politiques sociales de bien des dirigeants africains. Dans le cas précis du Nigéria, on se demande bien si les étrangers eux-mêmes ne sont pas souvent victimes de chantages de la part des tenants de la secte Boko Haram. En tout état de cause, l’intégration demeurera une véritable chimère aussi longtemps que des Africains seront appelés étrangers sur une terre africaine.
Boundi OUOBA
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