mardi 21 avril 2015

Che Guevara au Congo : "L'histoire d'un échec"

"Ceci est l'histoire d'un échec". Le verdict sans appel est d'Ernesto Che Guevara lui-même en ouverture de son "Journal du Congo" racontant la tentative avortée d'exporter en Afrique la "guerre révolutionnaire" il y a cinquante ans.
Che Guevara débarque dans l'est de ce qui est aujourd'hui la République démocratique du Congo avec une douzaine de Cubains noirs le 24 avril 1965. Le petit corps expéditionnaire a traversé le lac Tanganyika d'est en ouest à partir du port de Kigoma en Tanzanie pour accoster à Kibamba.
La zone est tenue par les rebelles Simba ("Lion" en swahili) dont un des dirigeants est Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président de la RDC, Joseph Kabila.
Envoyé par Fidel Castro, l'ancien médecin argentin arrive avec l'espoir de faire de l'ex-Congo belge, immense pays au cœur de l'Afrique une plateforme contre "l'impérialisme yankee" et le "néocolonialisme" sur le continent.
Le jeune État congolais n'a pas encore cinq ans et n'a connu qu'une succession de guerres civiles.
Préparée en six mois, l'indépendance du 30 juin 1960 a tourné à la catastrophe : en quelques jours l'armée se mutine, le Katanga, province grande comme l'Espagne qui concentre les principales richesses minières du pays, fait sécession, et la Belgique intervient militairement pour tenter de ramener l'ordre.
Le Premier ministre, Patrice Lumumba, demande l'aide des États-Unis. Mais il multiplie les maladresses et achève de casser son image auprès des dirigeants américains lors d'une visite déplorable à Washington.
De dépit, il se tourne vers l'URSS et devient alors l'homme à abattre pour l'Oncle Sam. En cette période de guerre froide, le Congo est trop important aux yeux des Américains pour qu'ils laissent le pays basculer dans la sphère soviétique.
- Uranium et cobalt -
L'uranium de la bombe atomique larguée sur Hiroshima a été extrait dans la colonie belge, et le cobalt, si nécessaire aux industries d'armement, ne se trouve alors pratiquement qu'en Union soviétique et au Congo.
Les Américains ont leur homme au sein du pouvoir : le général Joseph-Désiré Mobutu, chef de l'armée.
Lumumba est assassiné en janvier 1961. L'implication des États-Unis dans sa mort est encore débattue aujourd'hui.
Quand Che Guevara et ses Cubains débarquent à Kibamba, le Katanga a été ramené dans le giron de la jeune république mais celle-ci vit encore des heures troubles.
La rébellion des Simba, qui agrège un mélange de maoïstes et de lumumbistes, a éclaté en 1964. Si elle est parvenue à contrôler près du tiers du territoire, elle ne tient plus en ce mois d'avril 1965 que deux poches dans le centre et l'est du pays.
Le guérillero argentin déchante vite. La ferveur révolutionnaire des rebelles ne brille pas par son intensité. Les hommes s'adonnent à des rites magiques censés les rendre invulnérables, bien éloignés du matérialisme dialectique.
Les camps sont peuplés de femmes et d'enfants. On boit, on danse et des tourne-disques diffusent une musique assourdissante sous le couvert forestier.
Par mesure de sûreté, Che Guevara n'avait pas dévoilé aux dirigeants de la rébellion qu'il ferait partie du détachement envoyé par Cuba. Du Congo, il avertit Kabila, qu'il avait rencontré quelques mois plus tôt à Brazzaville lors d'une tournée africaine, de venir le rejoindre.
- 'Cubaniser les Congolais' -
Kabila est alors au Caire, puis en Tanzanie. Che Guevara l'attend pendant deux mois et demi. Son journal témoigne de son désarroi.
"Chaos organisé", écrit l'ancien procureur du tribunal révolutionnaire de La Havane pour décrire la situation.
Un peu plus loin : "Le principal défaut des Congolais est qu'ils ne savent pas tirer".
Enfin, Kabila arrive, le 7 juillet... pour repartir quatre jours plus tard.
En dépit de renforts cubains - le corps expéditionnaire comptera jusqu'à une centaine d'hommes - et de quelques succès militaires, la suite est une descente aux enfers pour celui qui rêvait de "cubaniser les Congolais".
Ceux-ci refusent de creuser des tranchées parce que les trous dans la terre sont pour les morts et décampent au premier accrochage sérieux.
En octobre, Guevara écrit à Castro : "Ce ne sont pas vraiment les armes qui manquent ici [...] en effet il y a trop d'hommes armés, ce qui manque ce sont des soldats".
La fin est proche. Les positions du maquis tombent une à une sous l'offensive de l'armée et les bombardements aériens de pilotes mercenaires occidentaux.
Che Guevara et son détachement quittent le pays le 21 novembre. Trois jours plus tard, Mobutu prend le pouvoir.
Guevara est tué en Bolivie en 1967. Kabila, lui attend son heure : soutenu par le Rwanda, il chassera Mobutu de Kinshasa en mai 1997.
boursorama.com

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