mardi 21 avril 2015

ELECTIONS AU CAMEROUN - COMPLAISANCE : LE JEU TROUBLE DE LA FRANCOPHONIE :: CAMEROON

L’Oif s’est souvent illustré par une légèreté dans la conduite de ses missions d’observation clôturées par des rapports contestés.
En matière d’élections au Cameroun, qu’il est difficile de dissiper le nuage de suspicion qui plane obstinément sur les rapports jugés complaisants des missions d’observation dépêchées par l’Organisation internationale de la francophonie. Le mot d’ordre semble être « satisfécit » avec une indulgence étrange eu égard aux griefs relevés avec insistance par certaines parties prenantes à ces élections. On croirait à un désintéressement de l’Oif face à toute l’incompréhension entre Elections Cameroons (Elecam), organe chargé de gérer le processus électoral au Cameroun et les représentants des partis politiques (y compris le parti au pouvoir) engagés à ces élections.
L’actualité vient d’offrir un autre aperçu de cette bienveillance de l’Organisation internationale de la francophonie en ce qui concerne le processus électoral au Cameroun. Sans réserve, la secrétaire générale de cette organisation, Michaelle Jean a délibérément tissé des lauriers à Elecam qui, selon elle, est « un noyau d’expertise que nous utilisons pour des missions d’accompagnement dans l’espace francophone. Je suis ravie de savoir que la Francophonie a participé à la prise en charge et la formation de tous ces experts...».
C’était jeudi dernier, lors d’une conférence de presse qui mettait un terme à sa visite de quatre jours au Cameroun.
Vives contestations
Il est loin de s’agir d’un simple retour d’ascenseur de la première femme élue secrétaire générale de l’Oif en signe de reconnaissance du soutien affiché du gouvernement camerounais à sa candidature finalement retenue après moult tractations. En fait, une constance se dégage depuis 1997 que l’Oif envoie au Cameroun des missions d’observation électorale dans le cadre des élections présidentielles, législatives et municipales. Les rapports détaillés et circonstanciés produits à l’issue de ces missions effleurent tout juste les dysfonctionnements majeurs qui font pourtant l’objet de vives contestations. Celle conduite par Pierre Buyoya, l’ancien président du Burundi à la tête d’une mission d’information et de contacts de l’Oif, a supervisé en 2011 l’élection présidentielle du 9 octobre et exprimé sa satisfaction pour son bon déroulement, avec l’entrée en scène d’Elections Cameroon, s’enthousiasmera-t-il, au terme d’une heure d’entretien avec le président Paul Biya au palais de l’Unité.
De même, du 26 septembre au 02 octobre 2013, unemission d’informations et de contacts conduite par l’ancien président de la Confédération Suisse, Pascal Couchepin a séjourné au Cameroun, à l’occasion des élections législatives et municipales du 30 septembre et exprimé le type même satisfécit.
Hold-up électoraux
L’Oif s’est pourtant donné entre autres mission de permettre la tenue d’élections libres, fiables et transparentes, avec un accompagnement de toutes les étapes du processus électoral. Un soutien technique et matériel est aussi censé être apporté aux structures chargées de l’organisation, de la gestion et du contrôle des élections à côté des missions d’observation et d’information qui suivent le déroulement du scrutin. Les interventions ciblées concernent la mise à disposition d’expertise juridique et électorale, la formation des acteurs institutionnels et de la société civile impliqués dans le processus électoral, l’appui à la rédaction de textes électoraux, la confection de listes fiables et informatisées et la sécurisation de la transmission et du traitement des résultats électoraux.
Depuis l’adoption des déclarations de Bamako (2000) et de Saint Boniface (2006), l’Oif a en effet acquis une nouvelle dimension politique en s’engageant davantage pour le respect des droits de l’Homme et l’enracinement de la démocratie. Au Cameroun curieusement, l’Oif s’est souvent illustré par une certaine légèreté dans la conduite de ses missions d’observation clôturées généralement par des rapports orientés vite récupérés par le pouvoir pour conforter ses hold-up électoraux.
 Claude Tadjon
camer.be

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