(Les depeches de Brazzaville 16/06/2011)
La Journée de l'enfant africain est célébrée le 16 juin de chaque année depuis 1991. Sa 21e édition sera commémorée sur le thème : « Tous ensemble pour des actions urgentes en faveur des enfants de la rue »
Le choix de ce thème vient à point nommé lorsqu'on sait que le nombre d'enfants des rues dans le monde, bien que très difficile à chiffrer, est estimé à 120 millions (soit 1 enfant sur 5, selon des études du Bureau international du travail et de l'Unicef), dont 30 millions en Afrique, majoritairement des garçons. Ce phénomène est certes planétaire, mais il sévit également dans les deux Congo où plusieurs activités sont prévues pour marquer l'événement.
Plus qu'une commémoration, cette journée vise à interpeller tous les acteurs qui œuvrent en faveur de l'amélioration de la situation des enfants sur le continent et à conjuguer leurs efforts pour combattre les fléaux qui affectent la vie quotidienne des enfants. C'est une occasion aussi pour les gouvernements, les institutions internationales et les communautés de se pencher sur la situation critique des enfants à travers l'organisation d'activités de promotion des droits de l'enfant.
D'après la présidente du comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, Agnès Kaboré, le motif de la présence des enfants dans la rue est toujours en lien avec « un droit fondamental bafoué [...]. La célébration de la Journée de l'enfant africain nous offre cette année encore l'occasion de mobiliser tous nos efforts en faveur du bien-être des enfants, chevilles ouvrières de l'avenir de notre continent », a-t-elle souligné dans un message à l'occasion de la célébration de la journée.
Plusieurs facteurs structurels (pauvreté, explosion démographique, exode rural, situation matérielle et psychologique difficile des familles urbaines, injustices dues à la forme dominante de la mondialisation...) et relationnels (soumission à des violences quotidiennes : rejet, mépris, imitation contrainte, obligation aux comportements déviants...) sont à l'origine de ce phénomène.
Les experts de l'Union africaine (UA) estiment que les causes directes qui expliquent le séjour des enfants dans la rue dans diverses villes de notre continent sont, entre autres, le « confiage » des enfants à des tuteurs, les mauvais traitements, les conflits armés, les mésententes au sein des couples, les séparations et les difficultés liées à la parentalité, les conséquences directes liées aux IST/Vih-sida, etc. Une fois dans la rue, les enfants rencontrent des dangers et des dérives qui leur sont souvent fatals : les intempéries, les privations, le dénuement, les maladies, les accidents et l'indifférence. À cela s'ajoutent la précarité, la violence, les sévices sexuels, la loi du plus fort qui les expose aux rencontres et influences les plus nuisibles. Quant aux petites filles, elles sont sollicitées sexuellement dès leur plus jeune âge et finissent par se prostituer.
En décidant de mettre l'accent cette année sur une catégorie spécifique d'enfants africains, l'UA entend interpeller les sociétés africaines sur une menace réelle pour leur stabilité et leur cohésion. La conception de la famille africaine a souvent fait penser que le phénomène des enfants des rues resterait marginal sur le continent. Mais de nos jours, est-il encore possible au plus vulnérable des enfants de trouver facilement protection et asile auprès d'un membre de sa communauté qui elle-même lutte pour sa propre survie ?
À la faveur de cette célébration, l'UA souhaite que les familles, les enfants, les organisations d'enfants ainsi que les organisations œuvrant dans le domaine de la protection et de la promotion des droits de l'enfant s'approprient le thème de cette année et fassent en sorte que la mobilisation autour de celui-ci transcende le cadre d'une journée.
Rappelons que la Journée de l'enfant africain commémore la marche des enfants de Soweto (Afrique du Sud) en 1976 : des milliers d'élèves étaient descendus dans la rue pour protester contre la mauvaise qualité de leur éducation et exiger que soit respecté leur droit à recevoir un enseignement dans leur propre langue. En plein apartheid, des centaines de jeunes garçons et filles avaient été abattus par les forces de sécurité. C'est en l'honneur de ces victimes que l'UA célèbre chaque année depuis le 16 juin 1991 la Journée de l'enfant africain.
Nestor N'Gampoula
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