lundi 20 juillet 2015

L’Éthiopie, « la future Chine de l’Afrique »

Le pays mise sur l’industrie, en particulier sur le textile, pour croître. Les hommes d’affaires éthiopiens comptent sur les nombreuses infrastructures en cours de construction pour faire décoller leurs affaires

Ils n’ont que ces mots à la bouche : « opportunités », « croissance », « infrastructures », « gouvernement engagé ». En Éthiopie, les hommes d’affaires et patrons d’industrie en sont convaincus : ils sont au bon endroit au bon moment.
De quoi surprendre à propos de l’un des pays les moins développés au monde. Un chiffre leur donne pourtant raison : le pays affiche une croissance de 10 % sur la dernière décennie.
C’est le résultat de l’action d’un gouvernement omniprésent, volontariste et qui applique à la lettre un plan quinquennal qui fixe, secteur par secteur, les objectifs du pays. « Dans un pays comme l’Éthiopie, le rôle du gouvernement est crucial », confirme Fassil Tadesse, PDG de Kebire Enterprises.
Son groupe appartient à une entité tentaculaire, Midroc, propriété du richissime éthio-saoudien Sheikh Mohammed Al Amoudi, principal investisseur privé en Éthiopie. Mais surtout, Fassil Tadesse est à la tête d’une des usines textile où le suédois H&M a choisi de relocaliser une partie de sa production.

Une économie essentiellement agricole

Le secteur est l’une des priorités du gouvernement, en partie parce que « le textile est un pont vers l’industrialisation pour un pays agricole comme le nôtre », explique Fassil Tadesse. Las, le secteur n’a généré que 100 millions de dollars (90 millions d’euros) à l’export, au lieu des 500 millions visés par le gouvernement. Loin des quatre milliards (3,6 milliards d’euros) générés par l’export de café.
« Nous n’avions pas d’expérience, nous avons appris. Un jour, l’Éthiopie sera le hub de l’industrie textile. En fait, l’Éthiopie sera la Chine de l’Afrique », conclut Fassil Tadesse. Alors le pays aura opéré sa mue.
Car pour l’heure, l’économie éthiopienne est surtout agricole. Et l’export surtout concentré sur des produits comme le café, les fleurs et les graines de sésame.
Quoi qu’il en soit, « c’est le moment de se positionner ici », explique Saleh Nasreddin, à la tête d’une usine de textile et d’une entreprise de biscuits. Le sexagénaire est revenu au pays récemment après avoir vécu en Égypte, en Turquie et au Nigeria. Avec des affaires dans chaque pays.

Le retour de la diaspora

« Quand le gouvernement aura fini de construire les barrages hydroélectriques, les routes et la voie ferrée vers Djibouti (seul accès à la mer de l’Éthiopie), le pays sera totalement différent. » L’homme d’affaires ne se fait pas d’illusions : l’espace laissé aux investisseurs privé est étroit, le système bancaire rigide et « la bureaucratie le principal problème ». « Mais le pays s’adapte peu à peu », se rassure Saleh Nasreddin.
La diaspora, surtout celle installée aux États-Unis, rentre au pays. Henok Assefa a quitté New York il y a huit ans pour installer ses bureaux dans un de ces immeubles neufs qui sortent de terre chaque mois.
Ses 30 salariés et 70 consultants conseillent les entreprises intéressées par le pays, mais aussi la Banque mondiale et USAID, le bras humanitaire de la politique américaine. « Quand je suis revenu, j’ai vu que l’une des insuffisances évidentes était le manque de secteur privé. Les business étaient jeunes, très petits et avec peu d’exposition internationale. »
Mais Henok y croit. Si le pays continue à investir dans les infrastructures et l’industrie à forte main-d’œuvre, la jeune population éthiopienne pourrait vite devenir un immense réservoir de nouveaux consommateurs. « En bref, si vous avez raté le coche avec la Chine il y a 40 ans et vous en voulez toujours, vous avez une chance de vous refaire à plus petite échelle. »

Des perspectives à l’export

À la quantité, certains préfèrent la qualité. Wondwossen Meshesha observe la société éthiopienne changer dans le plus ancien des six cafés de l’entreprise familiale, Tomocca. Les commerçants de Merkato, le plus grand marché à ciel ouvert d’Afrique, viennent boire leur macchiato sucré ici.
À 28 ans, Wondwossen dirige l’entreprise depuis quatre ans, après une scolarité au lycée français d’Addis-Abeba et des études dans une université américaine. Tomocca est l’un des rares à exporter un café torréfié, prêt à être consommé.
« Notre prochain café sera ouvert… à Tokyo », s’enorgueillit Wondwossen. « Bientôt, vous trouverez notre café dans les magasins spécialisés de Paris. » En attendant, on peut toujours en acheter sur Amazon.


 

 

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