samedi 4 juillet 2015

Cameroun : quatre questions pour comprendre l’affaire Lydienne Yen-Eyoum

A Yaoundé, François Hollande plaidera la cause d’une femme, Lydienne Yen-Eyoum, lors de la 3e et dernière étape de sa tournée express en Afrique ce vendredi. Le président français devrait évoquer avec son homologue camerounais Paul Biya le sort de cette avocate franco-camerounaise, détenue dans des conditions difficiles à Yaoundé depuis 2010 et condamnée à 25 ans de prison.

1. Qui est Lydienne Yen-Eyoum ?

Née en 1959, Lydienne Yen-Eyoum est une avocate française d’origine camerounaise. Avocate au barreau de Douala, Maître Yen Eyoum était avocate de l’Etat camerounais au moment de son arrestation, le 8 janvier 2010, dans le cadre de l’opération anticorruption Epervier. Son affaire n’aurait pas franchi la frontière camerounaise si Lydienne Yen-Eyoum n’avait été mariée, depuis août 2006, à un Français, Michel Loyse, ex-directeur d’une banque française au Cameroun. Elle a obtenu la nationalité française en septembre 2010, en détention. Son mari affirme qu’elle est la fille d’un ministre d’Ahmadou Ahidjo (président du Cameroun de 1962 à 1980). Elle a un fils de 18 ans qui vit en France, né d’une précédente union.

2. De quoi est-elle accusée ?

Lydienne Yen-Eyoum est accusée d’avoir détourné environ un milliard de francs CFA de fonds publics, l’équivalent de 1,5 million d’euros.
En 2004, elle avait été chargée par le ministère des Finances camerounais de mener une opération de recouvrement auprès de la Société générale de banques du Cameroun (SGBC), filiale franco-camerounaise de la Société générale. Il lui est reproché d’avoir gardé une partie des fonds récupérés. Pour ses avocats, il s’agirait d’honoraires. Lydienne Yen-Eyoum a toujours clamé son innocence.
Elle fait partie de nombreuses personnes, parmi lesquelles des anciens ministres, arrêtées dans le cadre de l’opération Epervier, lancée en 2006. Souvent, elles estiment avoir été victimes de règlements de comptes de nature politique.

3. Quelles sont les démarches en cours ?

Lydienne Yen-Eyoum a été reconnue coupable et condamnée à 25 ans de prison en septembre 2014 par le Tribunal criminel spécial, une juridiction spécialisée dans la répression de la grande corruption créée par le président Paul Biya dans le cadre de l’opération Epervier. Le 9 juin 2015, la Cour suprême du Cameroun a confirmé cette condamnation.
Ses avocats français, Caroline Wassermann et Christian Charrière-Bournazel, ont engagé une procédure en France pour détention arbitraire, torture et actes de barbarie. En avril, le groupe de travail sur la détention arbitraire du Haut Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU avait jugé « arbitraires » l’« arrestation » et la « privation de liberté » de Lydienne Yen-Eyoum. Selon une note de ce comité, il n’y aurait pas eu « notification des motifs de l’arrestation » et la détention provisoire aurait « dépassé les délais légaux ».

4. Quelles sont les issues possibles pour Lydienne Yen-Eyoum ?

Si la visite de François Hollande devait faire la part belle aux questions de sécurité, elle n’en représente pas moins un « tournant important » pour Lydienne Yen-Eyoum, ont affirmé ses avocats en France dans un communiqué relayé par l’AFP.
La diplomatie reste en effet le dernier espoir pour l’avocate franco-camerounaise, à bout de recours judiciaires. Interrogée par RFI, son avocate Me Wassermann a exprimé récemment son inquiétude : Lydienne Yen-Eyoum « refuserait » une potentielle grâce présidentielle.
Jusqu’à présent, la mobilisation de ses avocats et de son comité de soutien a réussi à attirer l’attention sur le sort de l’avocate incarcérée. À la tête de ce comité, l’ancien détenu Michel Thierry Atangana avait plaidé la cause de Lydienne Yen-Eyoum auprès de François Hollande peu après sa libération, début 2014.
Les sorts de ces deux franco-camerounais se rejoignent : Michel Atangana a été détenu au Cameroun de 1997 à 2014 pour une affaire de détournement de fonds dans laquelle il a toujours plaidé son innocence.
Andrea Palasciano
lemonde.fr

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