samedi 25 juillet 2015

Barack Obama attendu en Ethiopie sur fond de polémiques

C’est une première en Ethiopie. Pour la première fois, un président américain en exercice va se rendre à Addis Abeba pour rencontrer le premier ministre Hailemariam Desalegn et échanger avec les dirigeants de l’Union africaine. « C’est une visite historique, explique Getachew Reda, conseiller spécial du premier ministre éthiopien. C’est l’opportunité de renforcer nos relations aux multiples facettes. »
« L’Ethiopie est l’une des économies africaines qui enregistre la croissance la plus rapide, nous avons besoin d’investissements de qualité de la part de notre partenaire américain », ajoute-t-il. Lors de sa visite officielle à Addis Abeba, le commerce, les investissements, la paix et la sécurité seront au cœur des discussions. Mais Barack Obama et Hailemariam Desalegn, qui doivent se rencontrer lundi 27 juillet, devraient surtout parler de la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’est.
L’Ethiopie est un partenaire stratégique des Etats-Unis dans la « guerre contre le terrorisme ». Le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique en a fait son cheval de bataille : les troupes éthiopiennes sont engagées aux côtés de la Mission de l’Union africaine en Somalie pour combattre les insurgés islamistes shebab. L’Ethiopie fait également figure de pôle de stabilité dans une corne de l’Afrique minée par les conflits.

« Barack Obama et les précédentes administrations américaines se sont focalisés sur les questions sécuritaires au détriment des droits de l’homme dans leurs relations avec l’Ethiopie », regrette Leslie Lefkow, directrice adjointe de la division Afrique de Human Rights Watch (HRW).
« Compte tenu de la dégradation alarmante de la situation des droits de l’homme dans ce pays, le président américain devrait reconnaître que les deux volets sont interconnectés, estime-t-elle. Si Barack Obama souhaite une sécurité durable dans une Ethiopie pacifique et prospère, il devrait faire pression sur le gouvernement pour qu’il soit plus démocratique et respecte les droits de ses citoyens. »
Aux Etats-Unis, des membres de la diaspora éthiopienne se sont rassemblés devant la Maison Blanche le 3 juillet pour exprimer leur mécontentement quant à la visite du président Obama en Ethiopie : « Ne financez pas la dictature et les injustices ! », pouvait-on lire sur leurs pancartes. L’Ethiopie est souvent montrée du doigt pour le manque de pluralisme politique et les violations des droits de l’homme.

Les ONG dénoncent un climat « déplorable pour la liberté d’expression »

Lors des élections générales du 24 mai, la coalition au pouvoir, l’EPRDF (Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens) a raflé tous les sièges de la Chambre des représentants du peuple, reprenant à l’opposition le seul poste de parlementaire qu’elle détenait. Les partis d’opposition ont qualifié ces élections de « mascarade » où ils n’auraient été que des « alibis » pour prouver à la communauté internationale que l’Ethiopie est une démocratie.
Dans un rapport publié en 2014, HRW a condamné un « environnement déplorable pour la liberté d’expression » et la « répression systématique à l’encontre des médias indépendants » en Ethiopie. D’après le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), plus d’une trentaine de journalistes éthiopiens auraient fui leur pays depuis juin 2014. L’Ethiopie est aussi l’un des deux pays qui incarcère le plus de journalistes avec l’Erythrée voisine.
La libération de quatre journalistes et de deux blogueurs éthiopiens du collectif Zone 9 les 8 et 9 juillet a créé la surprise. Cinq d’entre eux, accusés de terrorisme et emprisonnés en avril 2014, étaient dans l’attente de leur procès depuis plus d’un an. De nombreux internautes ont ironisé sur la décision inattendue d’abandonner les poursuites qui a précédé de deux semaines l’arrivée de Barack Obama.

Sur Twitter, certains utilisateurs ont parlé d’« offensive de charme » du gouvernement éthiopien, d’opportunisme politique et ont même créé le néologisme « Obamatafarianism » qu’ils ont défini comme un « mouvement religieux éthiopien qui souligne que les droits de l’homme ne sont accordés que lors de la visite d’un président américain. »
Actuellement, quatre membres de Zone 9 sont encore en prison. Selon le CPJ, 12 journalistes seraient encore derrière les barreaux dans des conditions de détention dégradantes. Dans une lettre ouverte, plus de cinquante organisations de défense des droits de l’homme ont exhorté mardi 14 juillet le président des Etats-Unis à rencontrer des membres de la société civile lors de sa visite au Kenya et en Ethiopie.
Barack Obama devrait clore son séjour éthiopien par un discours prononcé devant l’Union africaine (UA). « Les partenaires de l’Afrique ne peuvent ignorer une économie émergente comme l’Ethiopie, assure Jacob Enoh Eben, le porte-parole de la présidente de la Commission de l’UA Nkosazana Dlamini-Zuma. Certes, la démocratie doit progresser mais les défis à relever en matière de gouvernance ne doivent pas être un frein aux perspectives économiques qui existent entre une grande puissance comme les Etats-Unis et l’Ethiopie. »
En juillet 2009, lors de son premier voyage en Afrique subsaharienne, Barack Obama avait déclaré devant les membres du Parlement ghanéen que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ». Un message d’espoir et un appel du pied aux régimes africains pour qu’ils respectent les droits de l’homme et la démocratie.
« Si Barack Obama repart bredouille d’Addis Abeba, c’est-à-dire sans aucun engagement de réforme des lois répressives éthiopiennes telles que la loi relative à la lutte contre le terrorisme de 2009, ce sera une opportunité manquée de la part des Américains d’exercer une pression en faveur de solutions positives en matière des droits de l’homme », remarque Leslie Lefkow d’HRW.
lemonde.fr

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