vendredi 23 novembre 2012

Simone Gbagbo accusée de crimes contre l'humanité

Par Tanguy Berthemet                  
La Cour pénale internationale révèle l'existence du mandat d'arrêt lancé contre l'épouse de l'ancien président ivoirien, pour des crimes commis entre décembre 2010 et avril 2011.
Envoyé spécial à Abidjan
La révélation par la Cour pénale internationale (CPI) qu'un mandat d'arrêt a été émis contre Simone Gbagbo, l'épouse de l'ancien président ivoirien, n'a pas créé une grosse surprise à Abidjan. Le pouvoir ivoirien était au courant de l'existence de ce mandat, tenu secret depuis février. Son calme affiché en témoigne. «Nous prenons acte de cette demande et, au moment opportun, nous allons vous donner notre position officielle», a ainsi expliqué le ministre de la Justice, Gnénéma Coulibaly. Le transfert de Simone Gbagbo vers La Haye pour rejoindre son époux, sans être exclu, ne se fera pas dans l'immédiat. Capturée au côté Laurent Gbagbo en avril 2011, elle reste pour l'instant détenue dans le nord de la Côte d'Ivoire. Le Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Gbagbo, par la voix de son secrétaire général, Richard Kodjo, s'insurge, qualifiant ce mandat d'«injuste», estimant qu'«il y a plus grands criminels en Côte d'Ivoire que ceux qu'on arrête aujourd'hui».
La justice internationale soupçonne Simone Gbagbo, 63 ans, de meurtres, de viols et autres formes de violences sexuelles, d'actes inhumains et de persécution. Celle que tous à Abidjan appellent simplement «Simone» était, il est vrai, bien plus que l'épouse du chef d'État déchu. L'ancienne «dame de fer» de Côte d'Ivoire était une figure politique connue, militante de longue date et cofondatrice du FPI. Dans les années 1970, puis 1990, Simone Ehivet a séjourné plusieurs fois en prison alors qu'elle s'opposait seule, puis avec Laurent Gbagbo épousé en 1989, à Félix Houphouët-Boigny. Arrivée au pouvoir en 2000, elle devient la présidente à poigne du groupe FPI à l'Assemblée nationale. Ses discours ne feront dès lors que se durcir, mêlant de plus en plus à la politique des références bibliques, signe de sa foi chrétienne d'évangéliste «Born again». La rumeur la disait mêlée aux escadrons de la mort. Son nom apparaît dans plusieurs dossiers d'assassinats. C'est sur ces années de pouvoir que la CPI veut l'entendre.
«Il faut faire quelque chose, et vite»
Avec la diffusion de ce mandat, la Cour pénale internationale entend mettre la pression sur le gouvernement ivoirien tout juste nommé. Les magistrats de La Haye ne cachent pas leur agacement face à la lenteur de leurs homologues ivoiriens. Aucun des proches de Laurent Gbagbo arrêtés à l'issue de la crise n'a encore été jugé par la justice civile locale. Et aucun des soutiens du président Alassane Ouattara, dont certains sont pourtant soupçonnés de crimes, n'a été poursuivi. Nommé mercredi, le nouveau ministre de la Justice a pour tâche principale d'accélérer les procédures, dont la lenteur agace en Côte d'Ivoire et freine une réconciliation toujours au point mort.
«Il faut faire quelque chose, et vite», reconnaît-on dans l'entourage du président ivoirien. Alassane Ouattara semble pourtant hésiter sur la conduite à tenir, partagé entre son désir d'une justice large pour lutter contre l'impunité et son souci de pardon pour améliorer au plus vite les relations entre Ivoiriens. Le cas de Simone Gbagbo a une grande portée symbolique.
La CPI pourrait être tentée d'accentuer ses demandes. D'autres mandats, concernant des personnalités proches de Gabgbo, mais sans doute aussi de l'actuel président, sont toujours gardés secrets. La Cour pénale internationale pourrait les diffuser, voire en cas de refus se démettre. «Depuis l'ouverture des enquêtes, la Côte d'Ivoire coopère pleinement avec le Bureau. Nous exhortons les autorités ivoiriennes à continuer de le faire et à remettre Simone Gbagbo à la Cour», a déclaré le procureur de la CPI, la Gambienne Fatou Bensouda.

lefigaro.fr

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