mercredi 7 mars 2012

Afrique du Sud - Malema ou la mauvaise conscience de l’ANC

(Le Pays 07/03/2012)
Julius Malema, responsable de la ligue de jeunesse de l’ANC (Congrès national africain), a été exclu du parti. Le tonitruant leader des jeunes de l’ANC ne veut pas en rester là. Il a promis de faire appel de cette décision tout en se préparant au pire : son exclusion définitive du parti. Au stade actuel du dossier, on voit mal comment « les juges » de l’ANC vont revenir sur leur décision. L’occasion est trop belle pour se débarrasser d’un trublion qui gênait et le parti et le gouvernement à travers ses critiques acerbes sur la mise en œuvre des politiques du gouvernement.
Les faits sont relativement graves selon le parti, qui l’accuse d’atteinte à l’image et à l’unité du parti ; il est également accusé de porter atteinte à l’autorité du chef de l’Etat qu’il défie souvent publiquement. Du côté du jeune leader, la ligne de défense est simple : la politique actuelle du parti au pouvoir n’arrive pas à redistribuer équitablement les richesses du pays au profit de la grande majorité, c’est-à-dire les Noirs. Il veut donc inverser la tendance.
Mais son discours virulent est perçu comme de l’extrémisme, dérange l’establishment qui estime que l’attitude de Malema affecte la cohésion du parti. En réalité, le message de la ligue de jeunesse de l’ANC dérange parce qu’il rappelle les ambitions et les espoirs déçus d’une communauté au lendemain de la victoire contre l’apartheid. Certes, une classe moyenne noire est désormais présente dans les secteurs économiques du pays, mais il faut reconnaître que les inégalités restent importantes. Julius Malema incarne donc la voix des sans-voix, la voix de ceux qui estiment que les réformes actuelles sont trop timides pour les effets escomptés.
Pour oser défier l’autorité publiquement sur des questions de fond, Malema doit avoir quelques soutiens au-delà de son mouvement, tapis bien évidemment dans les instances de l’ANC. C’est pour cette raison que l’éjecter du parti ne résout pas entièrement les problèmes qu’il soulève. Mettre fin à sa carrière au sein de l’ANC de cette façon, est en soi une graine de division. Son mouvement ne l’a jamais abandonné, il a fait corps avec lui et le risque est grand aujourd’hui de voir un schisme se créer au sein du parti centenaire qu’est l’ANC.
Il ne faut pas s’aliéner la ligue des jeunes, fer de lance du combat anti-raciste, créée en 1944 par Nelson Mandela. La menace est réelle parce que des voix s’élèvent au sein du mouvement des jeunes pour dire que s’il le faut, ils auront un responsable qui n’est pas membre de l’ANC. On peut cependant reprocher au jeune tribun d’avoir souvent pousser le bouchon trop loin, faisant pratiquement dans la provocation. Revenant d’une suspension, il aurait pu faire amende honorable pour sauver sa peau.
Ce faisant, il est en train d’en payer le prix au nom de la discipline et de la cohésion du parti. En tout cas, jusque-là les procédures ont été respectées. Sous réserve de l’appel qu’il a interjeté, le parti a fait le ménage en se débarrassant d’un jeune leader devenu encombrant pour la direction du parti qui prépare pour décembre son assemblée élective. Mais quel que soit celui qui en sortira nouveau président, il devra intégrer les aspirations des jeunes Sud-Africains noirs, s’il ne veut pas être débordé un jour.

Abdoulaye TAO

© Copyright Le Pays

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire