(France Soir 06/04/2011)
L’arrivée au pouvoir imminente d’Alassane Ouattara mettra-t-elle fin aux dix années de crise politico-militaire que vient de traverser la Côte d’Ivoire ? Les exactions commises par ses troupes, selon l’ONU, lors de la conquête du pays, troublent la communauté internationale qui, jusque-là, l’avait soutenu.
C’est la première fois qu’un musulman s’apprête à prendre les rênes de la Côte d’Ivoire SIPAC’est la première fois qu’un musulman s’apprête à prendre les rênes de la Côte d’Ivoire. Agé de 68 ans, Alassane Ouattara, régulièrement présenté comme un technocrate policé, va devoir à présent se montrer particulièrement habile pour parvenir à réconcilier un pays profondément divisé. Un pays flirtant dangereusement – depuis la mort, en 1993, du « père de la nation », Félix Houphouët-Boigny – avec la guerre civile. « Un processus de réconciliation et de reconstruction […] doit être déclenché le plus vite possible », insiste d’ailleurs le chef de la diplomatie française, Alain Juppé. Paris, qui n’a pas hésité à faire parler les armes pour imposer son choix, craint-il que son protégé ne lui fasse défaut et se lance, aussitôt parvenu au pouvoir, dans une chasse aux sorcières ?
Pour ses supporteurs, il ne fait aucun doute qu’« Ado », par ailleurs marié avec une Française, est le seul en mesure de dépasser les traditionnels clivages ivoiriens, entre nord et sud, islam et christianisme, exacerbés par des années de crise politique. Il est pour eux l’homme providentiel.
Né en 1942 à Dimbokro, ville située au centre du pays, l’homme à la voix traînante a vécu et poursuivi la plus grande partie de ses études au Burkina Faso, état voisin. En 1967, bourse en poche, il décroche un doctorat en économie aux Etats-Unis, avant de rentrer, l’année suivante, au Fonds monétaire international (FMI), où il accomplira l’essentiel de sa carrière. Un destin et un parcours que ses détracteurs utilisent – depuis toujours – pour le décrire comme un « étranger », exempt de l’« ivoirité » indispensable, à leurs yeux, pour prétendre jouer un rôle majeur dans le pays. Ce qui n’empêchera pas Alassane Ouattara d’en devenir le Premier ministre, en 1990, et de se trouver ensuite au centre de tous les épisodes (et toutes les intrigues) qui lui tiennent lieu de vie politique. Sous son gouvernement, Laurent Gbagbo, alors figure de l’opposition, sera emprisonné avec d’autres responsables de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI). Ce dernier ne l’oubliera pas.
Renonçant à se présenter à l’élection présidentielle de 1995 (remportée par Henri Konan Bédié, l’inventeur du concept nationaliste d’ivoirité), Alassane Ouattara s’en retourne au FMI dont il devient le directeur général adjoint. Ce n’est qu’en octobre 2000 qu’il décide, enfin, de se lancer dans l’arène politique ivoirienne. Dès lors, ses adversaires – à commencer par Laurent Gbagbo –, invoquant sa « nationalité douteuse », n’auront de cesse de contrecarrer ses ambitions. L’ancien fonctionnaire international devient alors le symbole de la fracture identitaire du pays, divisé entre un Sud loyaliste (chrétien) et un Nord rebelle (musulman et « impur » au regard de l’ivoirité).
En septembre 2002, à l’occasion d’une tentative de coup d’Etat menée par des militaires (dont certains semblent lui être proches…), il échappe de peu à la mort lors de l’attaque de son domicile et trouve refuge, plusieurs semaines durant, à la résidence de l’ambassade de France. Une fois de plus, il quitte la Côte d’Ivoire, pour le Gabon, puis pour la France. Ce n’est qu’après trois ans d’exil qu’il rentre au pays où son ennemi juré, Laurent Gbagbo, règne désormais en maître.
Le 28 novembre 2010, il se retrouve face à ce dernier au second tour de la présidentielle (reportée à six reprises depuis 2005). Reconnu vainqueur le 2 décembre par une Commission électorale indépendante créée pour l’occasion, ainsi que par la communauté internationale – qui supervise le scrutin –, son élection est aussitôt invalidée par le Conseil constitutionnel ivoirien qui, au contraire, proclame la victoire de Laurent Gbagbo. Les premières violences entre les partisans des deux hommes éclatent dès le lendemain.
Le dispositif français à l’œuvre en Côte d’Ivoire
La force Licorne, qui vient de prendre part aux combats à Abidjan, compte désormais 1.650 hommes. Ce sont donc quelque 700 soldats supplémentaires qui, ces derniers jours et en urgence, sont venus prêter main-forte à la mission des forces armées françaises en Côte d’Ivoire. Une compagnie du 3e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa), une autre du Régiment étranger de parachutistes (REP), dépêchées toutes deux depuis le Gabon. Ainsi qu’une compagnie du Régiment de marche du Tchad (RMT), en provenance du pays dont elle porte le nom. Licorne est une force d’action rapide conçue pour venir en soutien aux 8.600 casques bleus de l’Onuci (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) déployés dans le pays et assurer la protection des ressortissants français. En 2004, au plus fort de la présence française en Côte d’Ivoire, le dispositif comptait 5.300 hommes. Licorne est actuellement placée sous le commandement du général Palasset, un officier issu des chasseurs alpins.
Gbagbo sur le point de se rendre
Il y a actuellement des « tractations » au sujet de Laurent Gbagbo mais « pas encore de reddition » du président sortant ivoirien, affirmait Alain Juppé, hier en début de soirée. Le ministre des Affaires étrangères a également annoncé au 20 heures de France 2 que « les négociations » étaient « toujours en cours » concernant M. Gbagbo. Avant ces propos du ministre des Affaires étrangères, l’agence Reuters avait pourtant annoncé la reddition du président sortant, Laurent Gbagbo. Il s’est rendu et a demandé la protection des Nations unies, écrivait Reuters, qui citait un document interne de l’ONU que l’agence avait pu lire. Laurent Gbagbo, qui serait réfugié dans le bunker de sa résidence dans le nord de la ville, négociait les termes de son départ du pouvoir, à la suite de l’offensive menée par les troupes de son rival Alassane Ouattara appuyés par les hélicoptères des Nations unies et de la force française Licorne.
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