mercredi 27 mai 2015

Angola : le long chemin de la reconstruction

Le second forum d'investissement dans les infrastructures urbaines en Afrique tenu à Luanda a révélé bien des réalités de ce pays riche en or noir.

De nombreuses personnalités politiques et des experts venus du continent africain, d'Europe et des États-Unis ont analysé le programme de reconstruction nationale de l'Angola, la problématique des bidonvilles en Afrique, le financement de nouveaux projets d'urbanisation et l'approvisionnement en énergie dans les villes africaines sous la houlette de CGLU- Afrique fin avril. L'occasion leur en a été donnée par le forum d'investissement tenu à Luanda, la capitale angolaise, après Cape Town, en Afrique du Sud. Marqué par vingt-sept années de guerre, l'Angola, à cheval entre l'Afrique centrale et australe, positionne ses collectivités territoriales au centre du processus du développement durable : un dispositif long et ambitieux.

Une nouvelle dynamique

En 2006, le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis plus de trente ans, inaugure le centre de conférences de Talatona, à Luanda, et le premier hôtel cinq étoiles du pays. Le gouvernement souhaite oublier au plus vite les vingt-sept années de guerre. Aujourd'hui, l'hôtel Talatona et le centre Talatona reçoivent de nombreuses personnalités, mais aussi des hommes d'affaires et du personnel navigant de différentes compagnies aériennes. C'est aussi un lieu de mariage. Des enseignes de concessionnaires automobiles et le premier centre commercial du pays, le Belas Shopping, avoisinent l'hôtel. "Ces bonbons sont très bons. On a les mêmes en Afrique du Sud", explique Elmarie , une cliente du supermarché sud-africain Shoprite, en parlant d'une célèbre marque de bonbons de son pays. L'Angola, membre de Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC), importe beaucoup de biens manufacturés, de quoi renchérir le coût de la vie.

Une vie chère

Cela ne semble pas poser de souci à Wendy, cliente sud-africaine. C'est une enseignante, arrivée il y a quelques années en Angola avec son époux. "Mon mari et moi avons eu des difficultés pour entrer en Angola. Les formalités administratives pour le visa sont très longues et fastidieuses. Une fois dans le pays, c'est plus simple", assure-t-elle. Son mari travaille dans une banque d'investissement. Pour Isham et Imane, un couple de Palestiniens, c'est plus beaucoup compliqué. "La vie est très chère ici, et ce n'est pas évident tous les jours", affirme-t-il. Isham travaille dans la construction depuis cinq ans. Le couple vient d'avoir un bébé. Devant le centre commercial, un parking assez spacieux accueille les nombreuses voitures, plus de 1 000 places. Ouvert en 2007, ce centre commercial comprend une centaine de magasins, notamment des aires de jeux, des aires de restauration, des supermarchés... Mais cet espace n'est pas dédié à tout le monde à Luanda...

Une population très dense

L'Angola compte 24,3 millions d'habitants (Institut national de statistiques 2014). Plus de six millions d'habitants vivent actuellement dans la capitale. Durant la guerre civile, la population des provinces s'est déplacée massivement dans les quartiers périphériques de Luanda. La ville se densifie, d'année en année, causant la création de logements informels, sans eau ni électricité. Les observateurs internationaux affirment que la majorité des Angolais vit avec deux dollars par jours.

Reconstruire dans une dynamique de développement durable

Après quarante ans d'indépendance, l'Angola souhaite associer sa politique de reconstruction à sa politique de développement durable. Le pays positionne ses collectivités territoriales au centre de ce processus. Le pays est partagé en 18 provinces, 161 municipalités et 368 communes. Luanda, la capitale,  est répartie  en  huit  municipalités,  Luanda, Cazenga, Cacuaco, Viana, Belas, Icolo y Bengo et Quiçama et Kilamba Kiaxi.

Des villes nouvelles dans un programme

En 2007, Wu Zhixin, un ingénieur en chef de la division africaine de l'entreprise chinoise Citic Construction, rend visite aux autorités angolaises. Il propose son projet de construction à Kilamba Kiaxi. Kilamba Kiaxi est le deuxième nom du premier président de l'Angola, Antonio Augustino Neto. L'Angola accepte la proposition. Le projet est approuvé pour un montant de 3,5 milliards de dollars, pour abriter 500 000 personnes. "À partir du mois d'avril 2008, nous avons commencé à travailler à Kilamba, jusqu'au mois d'octobre 2012. Nous construisons actuellement d'autres villes nouvelles à Luanda, à Benguela, Namibe, Zango, Lubango", Indique M. Wu. Citic Construction a plus de trente ans d'expérience dans le bâtiment en Chine. En 2008, le gouvernement angolais construit un million de logements dans le cadre de son programme de reconstruction nationale à Luanda. "Le projet des  villes nouvelles, formulé et coordonné par le président du pays, est issu du programme national pour l'urbanisme et l'habitat (PNUH). Il est important de renforcer les infrastructures urbaines pour deux principales raisons : attirer les investissements étrangers et permettre l'industrialisation rapide de l'économie", déclare le ministre de l'Urbanisme et de l'Habitat, José António M. da Conceição e Silva, lors du second forum d'investissement dans les infrastructures urbaines en Afrique, dans le centre de conférences de Talatona.

Partir à Kilamba, le symbole de la ville nouvelle

Kilamba Kiaxi est située à 30 kilomètres de Luanda. Cependant, avant d'entrer dans la ville, il faut être patient. La circulation est dense. Il fait très chaud. L'atmosphère est pesante... "La plupart de l'énergie que nous produisons vient du diesel, des groupes électrogènes et des automobiles qui sont actuellement une des principales sources de gaz à effet de serre", explique Vladimir Russo, directeur technique d'Holisticos, une entreprise angolaise d'experts-conseils dans le domaine de l'environnement. Et d'ajouter : "L'Angola a fait de nombreuses études sur le changement climatique . Il y a des projets consacrés à la réduction nationale des gaz à effet de serre. Il y a aussi plusieurs politiques gouvernementales sur l'adaptation et l'atténuation au changement climatique. Mais le chemin est encore long pour l'application."Sur le chemin menant à Kilamba, les multiples taxis "Azul y Branco" se bousculent. On y voit les panneaux publicitaires de Citic Construction. En voiture, avec les multiples arrêts, on observe les vendeurs de rue et la longue rangée de jeunes cireurs de chaussures assis sur des chaises en bois attendent d'éventuels clients. On distingue de jeunes femmes originaires de la province de Namibe. Elles portent des signes distinctifs de leur région :  des coiffes et des colliers dorés sur les mollets, le cou et les bras. Après avoir traversé la plage du regard, on découvre à distance la coupole du stade de la Coupe d'Afrique des nations ( CAN), organisée en Angola en 2010. Et on arrive enfin, plus tard, à Kilamba Kiaxi.

Vivre à Kilamba

Pendant plus d'un an, les logements de cette  ville nouvelle ont été inoccupés. La raison : les prix des appartements sont jugés  trop chers . En 2013, le gouvernement décide de réduire le coût des appartements les plus petits,  les  T3. Ils  passent de 125 000  à 70 000 dollars. Deux ans plus tard, 80 000 personnes habitent ces logements. "Ce sont pour la plupart des gens qui travaillent dans plusieurs corps de métiers informels. Ici, on peut faire trois ou quatre activités professionnelles", explique Anna-Maria, une ancienne cadre angolaise  des Nations unies, basée en RDC, et actuelle fonctionnaire dans un ministère angolais dont elle tait le nom. Mais il faut être véhiculé. De nombreux parkings sont disposés près des immeubles. "Des fonctionnaires  vivent aussi dans ces appartements. Il y a des possibilités d'obtenir des arrangements. Les ministères peuvent se porter garants. Les fonctionnaires peuvent ainsi s'engager à payer ces appartements sous forme de prêts sur vingt à trente ans", ajoute l'ancienne cadre des Nations unies.

Kilamba, un parfum de logements sociaux européens

À Kilamba, les trottoirs sont très propres. Les enfants s'amusent dans les rues. Le design,  la structure et l'emplacement des logements font penser aux logements sociaux européens. Joaquim Israel, maire de Kilamba, est fier de sa ville. "Nous encourageons la communauté à prendre soin des immeubles. La plupart des gens sont jeunes ici. Mais tout est organisé et les règles sont respectées", certifie le maire. Kilamba comprend en plus des appartements,  une clinique, des petits magasins, des écoles et  un système de traitement de déchets contrôlé par la municipalité. "Il y a des initiatives locales qui essayent de mettre en pratique les législations nationales", souligne M. Russo. "C'est une jeune ville. Il y a des technologies, des connaissances et une organisation. Le gouvernement est proactif et veut travailler avec nous, le système des Nations unies. Actuellement, nous travaillons sur leur politique nationale de l'urbanisme et la mise en application. Et nous travaillerons avec eux sur les moyens pour lutter contre le changement climatique, dans le processus de l'urbanisation. Dans trois mois, nous établirons un grand bureau à Luanda", précise Aisa Kirabo Kacyra, directrice exécutive adjointe de ONU-Habitat.

Pour une coopération sud-sud

"C'est une belle réalisation. Mais il faudra se battre pour que ça puisse prospérer et perdurer.  Si les populations ne sont pas sensibilisées, ne sont pas éduquées à vivre dans ce genre de site là, nécessairement, ça finira par poser des problèmes. Mais je pense que les autorités angolaises, luandaises ont dû prendre leurs dispositions", souligne Yeo Klotioloma, 2e vice-gouverneur d'Abidjan. Dans la capitale économique ivoirienne, depuis l'affaire du Probo Koala (le déversement en 2006 des déchets toxiques dans le port d'Abidjan par un navire européen), les autorités ivoiriennes suivent de très près le problème des déchets toxiques. Actuellement, la ville réfléchit sur l'utilisation de nouvelles techniques de stockage de déchets toxiques (biomasse, technique d'enfouissement). "Nous ne sommes pas certains d'avoir un projet comme Kilamba. Mais nous sommes intéressés par l'approche. La coopération sud-sud ne peut être que salutaire. Nous devons briser les barrières de la langue... Après tout, nous sommes africains et nous devons travailler ensemble", plébiscite Attahi Koffi, technicien en urbanisme du district d'Abidjan. La circulation à Luanda inquiète ce technicien. "Comment faire pour sédentariser la population ? Si toutes les 80 000 personnes qui habitent à Kilamba   doivent chaque matin venir à Luanda pour travailler et pour retourner chez elles. Nécessairement, cela va poser des problèmes de circulation.  Donc il faut créer des activités économiques dans cette ville nouvelle", recommande M. Koffi.

De quoi demain sera-t-il fait ?

Il y a un an, Citic Construction a ouvert, à Kilamba, un centre de formation professionnelle gratuit, le premier en Angola. Destiné à des jeunes de 16 à 24 ans issus de familles défavorisées, ce centre de formation forme les élèves aux métiers de l'hôtellerie, mais aussi dans le domaine de   l'ingénierie électrique et mécanique, les corps de métiers les plus demandés dans le processus de reconstruction post-conflit, depuis 2002.

http://afrique.lepoint.fr

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