(Les Afriques 08/02/2011)
Plus de deux semaines après le début des manifestations anti-Moubarak, l’Egypte est toujours en crise. L’annonce d’une augmentation de 15% des salaires pour améliorer le niveau de vie, selon la terminologie utilisée par le premier ministre Ahmad Chafik, à l’issue du premier conseil des ministres depuis le remaniement effectué fin janvier, suffira-t-il à calmer les esprits ?
Augmentation générale de salaires et de pensions –retraites. Telles sont les dernières mesures prises par le premier ministre Ahmad Chafic pour calmer une rue toujours mobilisée contre Hosni Moubarak. Ces augmentations coûteront plus d’un milliard de dollars au Trésor, estime le ministre des Finances, Samir Radwane. Mais ce n’est pas le moment de rechigner. La hausse entrera à vigueur à partir du 1er avril. Pour autant, la place Tahrir, lieu de rassemblement des anti-Moubarak, ne désemplissait pas mardi, envahi par des milliers de tentes frappées de slogans et d’inscriptions claires. Le mot d’ordre reste le même : le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981. Le régime qui a ouvert le dialogue avec les opposants, y compris les islamistes, a ordonné lundi l’ouverture d’une enquête sur les violences du mercredi 2 février, quand des pro- et anti-Moubarak se sont affrontés dans la rue.
Ces tractations sont suivies avec beaucoup d’attention par les alliés occidentaux de l’Egypte qui exigeaient le départ de Moubarak au tout début de la crise. Les USA se rangent désormais sur les positions de son émissaire Frank Wisner, qui avait, samedi, administré une douche froide à l’opposition égyptienne avec cette phrase : «Moubarak doit rester pour préparer la transition ». L’administration Obama qui avait immédiatement pris ses distances avec le point de vue de ce diplomate de carrière a changé d’avis, lundi, dans une série de déclarations. Le porte-parole du département d’Etat, Philip Crowley, soutient que, l’émissaire envoyé en Egypte «jouissait d’une position unique pour avoir le type d’échanges que nous estimons devoir avoir avec l’Egypte ». Assurance réitérée par Robert Gibbs, porte-parole de la Maison Blanche qui loue l’expérience de ce diplomate exceptionnel.
En fait, ce qui a jeté l’huile sur le feu, c’est la double casquette de Frank Wisner, employé de Patton Boggs, un cabinet d’avocats qui défend les intérêts du gouvernement égyptien. Ledit cabinet se défend vigoureusement de tourner la situation en sa faveur, ayant, comme le rappelle sa direction de communication, arrêté de travailler avec le Caire depuis les années 90. Quoi qu’il en soit, Moubarak a remporté une bataille diplomatique en obtenant de Washington ce revirement spectaculaire. L’avenir du Rais n’est pas pour autant assuré.
MBF
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