vendredi 20 mai 2011

Madagascar - Le président de facto Rajoelina veut que la SADC endosse "sa" solution

(La Libre 20/05/2011)

Un sommet de l’organisation australe se penche sur le cas de la Grande île. Le président issu du putschde 2009 est aux abois.
Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui s’ouvre ce vendredi à Windhoek doit se pencher sur le cas de Madagascar, plongée dans une crise politique et économique depuis le renversement, en mars 2009, du président élu (avec 55 % des voix au premier tour, en décembre 2006) Marc Ravalomanana, alors 60 ans, par le maire de la capitale, Andry Rajoelina, alors 34 ans, appuyé par l’armée et par la rue.
Cette dernière s’était retournée contre l’élu en raison de la hausse des prix; d’un préaccord pour céder au Sud-Coréen Daewoo 1,3 million d’hectares (près de la moitié de la superficie de la Belgique) en vue d’y cultiver pour l’exportation; de la tendance du Président à mêler intérêts de l’Etat et ceux, privés, de ce riche self made businessman. Andry Rajoelina, ex-disc-jockey et publicitaire, tira profit avec habileté de ce mécontentement.
Le coup d’Etat ne fut toutefois pas reconnu par la communauté internationale, malgré un premier mouvement en sa faveur de la part de la France, hostile à Marc Ravalomanana en raison de son rapprochement avec le monde anglo-saxon. L’aide fut suspendue, ce qui entraîna un approfondissement de la crise économique.
Depuis lors, Andry Rajoelina n’est guère arrivé à rompre son isolement extérieur, ni à se gagner des alliés intérieurs.
Le chômage est en hausse (220 000 emplois ont été perdus en 2010, selon la Banque mondiale; selon le patronat malgache, 21 % des entreprises ont fermé des usines et 32 % ont eu recours au chômage technique); la hausse des prix à la consommation atteint 12 %; les deux avions d’Air Madagascar ne peuvent plus survoler l’Europe faute d’entretien suffisant; l’insécurité est galopante; une crise de l’approvisionnement pétrolier menace et l’île a des problèmes pour fournir sa population en riz, aliment de base. Une grève des enseignants dure depuis février pour réclamer des paiements en retard et le ministre de l’Enseignement supérieur avoue que "la sécurité" passe avant son secteur, en ces heures difficiles. De fait, si le "président de la transition" Rajoelina se félicite de la construction de stades et d’un amphithéâtre et a donné à l’armée neuf containers de "matériel" , les autres secteurs stagnent ou régressent.
Pas de progrès non plus vers un retour à la normale politique : son seul succès en la matière est d’avoir fait abaisser l’âge minimum pour se présenter à la présidentielle, afin d’en avoir le droit lui-même.
Pour le reste, Andry Rajoelina a multiplié les tentatives pour contourner l’opposition (notamment en signant des accords avec une floppée de "partis " non représentatifs tout en évitant ceux des trois "grands" de l’opposition, les ex-présidents Marc Ravalomanana, sa victime; l’amiral Didier Ratsiraka, battu aux élections en 2002 par le précédent; et Albert Zafy) afin de ne retenir que sa version unilatérale d’une normalisation : lui, Rajoelina, a le droit d’être candidat à des élections, mais pas celui qu’il a renversé, interdit de retour au pays. Pour être sûr de ne pas devoir se mesurer à Ravalomanana dans les urnes, le président de facto a obtenu sa condamnation par contumace aux travaux forcés à perpétuité, en août 2010, lors d’un procès expéditif (deux jours de débat seulement; pas d’avocat de l’accusé) pour la tuerie du 7 février 2009. Ce jour-là, alors qu’Andry Rajoelina - non mis en cause dans le procès - poussait des manifestants à attaquer les bureaux du chef de l’Etat, son rival, la garde présidentielle avait tiré sans sommation, faisant 30 morts.
Aujourd’hui, alors que le régime se perd dans la complotite aiguë, Andry Rajoelina tente d’obtenir de la SADC le soutien à son plan de sortie de crise, qu’il a été incapable de négocier avec ses adversaires politiques : une "feuille de route " qui le reconnaît comme Président jusqu’aux élections, pour lesquelles aucun calendrier n’est fixé, celui-ci devant être déterminé "conjointement " par la commission électorale malgache, proche de M. Rajoelina, et par l’Onu; le texte dissuade M. Ravalomanana de rentrer à Madagascar "jusqu’à l’instauration d’un climat politique et de sécurité favorable" . Aucun des trois ex-chefs de l’Etat n’a cautionné le document, qui n’est appuyé, à l’extérieur, que par Paris, Maurice et la Turquie.

Marie-France Cros
Mis en ligne le 20/05/2011
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