(Xinhuanet 21/05/2011)
N'DJAMENA -- Une première partie des 20 000 hectares de terrain aménagés promis par les autorités tchadiennes seront attribués à des exploitants agricoles avant le début de la saison des pluies, rassure vendredi le coordonnateur du Programme national de sécurité alimentaire (PNSA), Issakha Abderaman Haggar.
"Les travaux avancent bien", a expliqué à Xinhua le coordonnateur du PNSA, après une mission d'évaluation un an après le lancement de cette opération de 20 000 hectares de périmètres aménagés.
Ces travaux démarrés en mai 2010 et suspendus un mois après à cause des pluies, ont été repris en février 2011. Tous les périmètres ont été sécurisés par des digues et ensuite labourés et des pistes à l'intérieur ainsi que des ouvrages de recueil et de sortie d'eau sont en cours, selon le coordonnateur du PNSA.
"Elles [les entreprises de travaux] sont dans les délais contractuels, et nous pensons que d'ici fin juin, beaucoup d'hectares seront aménagés et attribués à des exploitants agricoles", a souligné Issakha Abderaman Haggar.
La première phase de cette opération d'aménagement de périmètres agricoles concerne les deux régions de Mayo-Kebbi est et Tandjilé, soit un total de 11 000 ha qui s'ajoutent aux 12 000 ha déjà aménagés autour du Lac Tchad.
A part ces périmètres, des travaux d'aménagement sont en train d'être effectués dans les plaines d'Am Timan (région du Salamat frontalière avec la République centrafricaine) et au Lac Fitri ( dans la région du Batha, au centre du pays).
"Le gouvernement entend atteindre 100 000 hectares de terre aménagée d'ici à l'horizon 2025", a confié à Xinhua Tchouadang Kadjonga, directeur du Génie rural.
Souhaitant faire du Tchad "le grenier de l'Afrique", le président tchadien Idriss Déby Itno avait par ailleurs retenu 2014 comme le cap pour gagner le combat de la sécurité alimentaire. Pour ce, des moyens de production (charrues, motoculteurs, tracteurs et semences améliorées) seront mis à la disposition des agriculteurs, avait-il promis.
Selon le coordonnateur du PNSA, des tracteurs ont été envoyés dans ces régions pour aider les populations à labourer leurs champs qui sont en dehors des périmètres aménagés par l'Etat.
"Le gouvernement a pris en charge le carburant, la maintenance de ces tracteurs et les salaires des tractoristes. La seule contribution minime qui a été demandée aux paysans, c'est 15 000 francs CFA par hectare", a-t-il ajouté.
Des semences améliorées ont été également mises à la disposition des paysans. Il s'agit du riz, du maïs, du sorgho, de l'arachide et du niébé. Ainsi que des engrais subventionnés. "Un sac d'engrais NPK coûte entre 23 000 et 25 000 francs, mais nous le donnons à 8 000 francs seulement aux paysans", a précisé le Issakha Abderaman Haggar.
Enfin, un encadrement a été mis en place pour sensibiliser les paysans, les organiser à mieux assimiler les pratiques culturales pour augmenter leurs productions. "A travers toute la zone méridionale du pays, une sensibilisation a été déjà menée à l'endroit de tous ceux qui interviennent, de loin ou de près, dans le secteur du développement rural", a confié le coordonnateur du PNSA.
Les régions du Mayo-Kébbi-est et de la Tandjilé regorgent d' immenses plaines inondables, favorables à la culture du riz, introduite au Tchad depuis cinq décennies. Des Chinois y ont aménagé entre 1967 et 1973 le casier B, une vaste plaine de 500 ha qui s'étale le long du fleuve Logone, à la sortie nord-ouest de la ville Bongor, chef-lieu du Mayo-Kebbi est. L'irrigation pour la culture du riz se fait aussi à la même époque dans le casier A de Biliam-Oursi.
Avant le riz chinois, c'est le sorgho ou mil rouge (communément appelé "djigari") qui était la céréale de base dans la région. Les Massa (populations de la zone de Bongor) ne le cultivaient qu'autour des cases, juste pour la consommation de la famille.
La présence chinoise a réussi à valoriser la culture du riz en mobilisant d'importants matériels agricoles (motoculteurs pour le labour et le décorticage). Malheureusement, pendant la guerre civile de 1979, tous ces matériels ont été dilapidés, pillés et vendus aux plus nantis du pays. D'autres seront vendus à la Semry (Société d'exploitation et de modernisation de riz de Yagoua au Cameroun). Qu'à cela ne tienne, les inconditionnels reprennent la daba (la houe traditionnelle) et perpétuent la culture du riz.
Puis, dans les années 80 et 90, un groupement des riziculteurs est créé. Il prend en main la destinée de la culture du riz dans le casier B. Avec une pluviométrie qui tutoie les 700 mm dans la région, les périmètres irrigués bénéficient abondamment des eaux du fleuve Logone. Dès lors, pour une petite parcelle, la productivité pouvait atteindre 40 sacs de paddy. Les autochtones ne consomment qu'à peine 50% de la production, le reste est vendu aux gros commerçants venus de la capitale.
"Avant la subvention des intrants, la productivité tournait autour de 2 à 3 tonnes par hectare; mais maintenant, nous arrivons à 4 tonnes", a expliqué le président du groupement des riziculteurs de Bongor, Hinimdou. "Avec le programme d'aménagement lancé par le gouvernement et les moyens de production qu'il a mis à notre disposition, nos récoltes devront augmenter dès cette saison", a-t-il conclu.
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