lundi 23 mai 2011

Madagascar - Gros nuages sur Air Madagascar

(Les Afriques 23/05/2011)

La compagnie aérienne malgache traverse depuis quelques semaines une tempête. L’autorité compétente européenne en charge de l’aviation civile mettra à exécution sa décision d’interdire à Air Madagascar de survoler le ciel européen.
L’Union européenne serait sur le point de retirer les autorisations d’Air Madagascar.
L’ancien commissaire au Développement Louis Michel et le juge français Eva Joly, considérés comme les grands protecteurs du régime déchu de Marc Ravalomanana, peuvent sabrer le champagne. L’annonce ces derniers jours, dans les cercles aéronautiques avisés, d’inscrire la compagnie Air Madagascar sur la liste noire des compagnies internationales interdites de l’espace européen aura des conséquences politiques.
Selon le président, le coût de la location mensuelle, qui est passé de 270 000 dollars à 500 000 dollars en 2009, a plombé le plan d’investissement prévu par Air Madagascar.
L’information, qui a fait le tour d’Antananarivo, n’a pas été confirmée ou infirmée par de la Haute autorité de transition. Le président, Andry Rajoelina, s’est contenté tout juste de faire une apparition à la télévision nationale pour déballer contre ce qu’il considère comme les « comploteurs du régime », et surtout mettre au banc des accusés les gestionnaires de ce fleuron malgache, un des plus gros pourvoyeurs de recettes financières et d’emplois du pays avec ses 1700 travailleurs. Une déclaration au vitriol riche en révélations scandaleuses que le peuple ignorait jusque là.
Flopée de scandales
Le président de la Haute autorité de transition Andry Rajoelina, pris dans un étau depuis la mutinerie l’an dernier, a fait état lors de ce face à face avec son peuple d’accords scandaleux entre la compagnie aérienne malgache et les deux compagnies de location propriétaires des deux Boeings 767-300 qu’utilise Air Madagascar dans ses liaisons longs courriers. Selon le président, le coût de la location mensuelle, qui est passé de 270 000 dollars à 500 000 dollars en 2009, a plombé le plan d’investissement prévu par Air Madagascar et asséché les caisses de l’Etat. « Les gestionnaires ont mis à genoux ce fleuron pour leurs intérêts personnels. C’est un crime contre le peuple et l’Etat », a martelé M. Andry Rajoelina.
Dépôt de garantie
« Une grosse escroquerie programmée sur fond de surfacturations, de flou juridique autour des contrats de location et de détournements d’objectifs a précipité le déclin de la compagnie aérienne nationale », selon la version des autorités.
Deux compagnies aéronautiques suisses, Muzun Leasing One Ltd et Novus Aviation, auraient « floué Air Madagascar au prix fort ». Urbi et orbi, ce tandem helvétique aurait plombé les ailes du fleuron malgache, « qui ne sentait pas le coup venir ».
La danse s’est prolongée avec l’arrivée du loueur américain Airplanes Ltd, une filiale de GECAS, qui a mis à la disposition de l’Etat malgache un Boeing 767 suite à l’immobilisation de l’appareil 747 en 2008. Antananarivo a dû libérer, comme dépôt de garantie, près de 1,4 million de dollars.
La première manche
Sur le plan médiatique, Andry Rajoelina est presque rassuré d’avoir gagné la première manche face à ses potentiels adversaires politiques : celle qui consiste à faire comprendre aux Malgaches que la déchéance que connaît la compagnie Air Madagascar serait l’oeuvre des anciens dignitaires du régime qui combattent son pouvoir aujourd’hui.
L’Union européenne, qui serait sur le point de contester la sécurité de ces deux appareils, ne va pas tarder à mettre à exécution la sanction et retirer les autorisations d’Air Madagascar. La compagnie pourrait alors conclure des accords de location d’appareils avec la compagnie Turkish Airlines.

Ismael Aidara
© Copyright Les Afriques

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire