(L'Express 07/02/2011)
Le président soudanais Omar Hassan al Bachir a officiellement reconnu lundi le résultat du référendum d'autodétermination par lequel le Sud-Soudan a opté pour l'indépendance.
Les résultats officiels de cette consultation organisée en janvier, attendus ce lundi, devraient confirmer que 98,83% des Sud-Soudanais ont voté en faveur de l'indépendance. Celle-ci pourrait être officiellement proclamée le 9 juillet.
"Nous avons reçu aujourd'hui ces résultats et nous les acceptons et les saluons parce qu'ils représentent la volonté de la population du Sud", a dit Bachir dans une allocution télévisée.
Le référendum a été organisé conformément à un accord de paix conclu en 2005 pour mettre fin à plusieurs décennies de guerre civile entre un Nord majoritairement musulman et un Sud essentiellement chrétien et animiste.
La déclaration de Bachir dissipe les craintes de voir le conflit se rallumer à propos du contrôle des réserves de pétrole du Sud.
Le dirigeant sud-soudanais Salva Kiir a promis de son côté d'aider Khartoum à faire campagne pour un effacement de ses dettes et pour l'assouplissement des sanctions commerciales qui le frappent.
Il a rendu hommage à Bachir pour son acceptation du résultat. "Le président Bachir et le Parti du Congrès national (formation de Bachir) méritent une récompense", a-t-il dit à Khartoum lors d'une réunion du gouvernement soudanais retransmise par la télévision publique.
Les deux partis ont évité ces cinq dernières années toute flambée grave de violence, mais ils n'ont pas réussi à surmonter des décennies de méfiance mutuelle et à convaincre les Sudistes d'opter pour l'unité.
Des centaines de personnes ont commencé à se rassembler lundi sous une chaleur écrasante à Djouba, la capitale du Sud, pour célébrer la publication des résultats officiels.
"Aujourd'hui, je ne redoute plus la guerre, ça appartient au passé (...) Nos dirigeants ont fait la paix avec le Nord, mais en ce qui me concerne, je ne pourrai jamais leur pardonner pour ce que j'ai vu. Je ne les hais plus, mais je ne veux plus jamais les revoir", confie Riak Maker, 29 ans, sur fond de battements de tambour et de youyous poussés par les femmes.
Bachir, qui avait fait campagne pour le maintien de l'unité, a surpris de nombreux commentateurs ces dernières semaines par une série de propos conciliants concernant le Sud.
Washington a laissé entendre qu'il était prêt, en cas de bon déroulement du référendum, à retirer le Soudan de la liste des Etats parrainant le terrorisme et à alléger les sanctions commerciales qu'il lui a imposées.
Bachir reste néanmoins sous le coup de mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale pour un autre conflit, celui du Darfour, où les autorités soudanaises sont accusées de génocide.
De profondes incertitudes demeurent quant à la stabilité économique et politique du Nord et du Sud au cours des cinq prochains mois d'intenses négociations sur le partage des ressources pétrolières et sur d'autres questions non réglées.
Le Sud-Soudan, enclavé, est presque entièrement dépendant de ses revenus pétroliers et il s'efforce de trouver d'autres sources de revenus.
Le Nord est embourbé dans sa propre crise économique marquée par une inflation galopante. De petites manifestations en partie inspirées par les événements en Tunisie et en Egypte ont accentué la pression politique sur Khartoum, tout comme la perspective de perdre le Sud, perçue comme honteuse par certains Nordistes.
Ce week-end à Malakal, dans le Sud, des soldats se sont ainsi mutinés, tuant une cinquantaine de personnes, après avoir refusé de se redéployer dans le Nord avec leurs armes en prélude à la séparation.
Malakal a été le théâtre de batailles entre le Nord et le Sud au cours de la guerre civile qui a fait deux millions de morts et déstabilisé toute la région.
Parmi les autres dossiers à traiter figurent le partage de la dette, la délimitation de la frontière, l'appartenance de la région productrice de pétrole d'Abyei et le partage des eaux du Nil.
Par Reuters publié le 07/02/2011 à 11:32, mis à jour le 07/02/2011 à 16:10
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