(Les Afriques 07/02/2011)
L’argent est le nerf de la guerre. C’est pourquoi la crise politique ivoiro-ivoirienne s’est transformée en une guerre tactique où les banques sont appelées à contribution.
L’embargo décrété à l’international et au niveau régional est diversement apprécié par les banques ivoiriennes. Le premier relais du gouvernement Gbagbo, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) continue de faire comme si de rien n’était. Au point qu’Alassane Ouattara s’en est plaint ouvertement, dénonçant des retraits « quotidiens » effectués sur les comptes de son pays en faveur du président sortant. Difficile de faire le point sur les réserves du pays, qui doit faire face à une échéance importante de sa dette internationale fin janvier.
La BNI fait partie du dispositif financier du clan Gbagbo. Deux autres institutions sont mises à profit. Il s’agit de la Banque pour le financement agricole (BFA), dirigée par un gendre de Gbagbo, et la Versus Bank, dirigée par le directeur de campagne de Laurent Gbagbo.
La représentation de la BCEAO locale à Abidjan vit sous la pression du clan Gbagbo, qui veille au grain, s’en prenant aux cadres pro Ouattara. Pour le moment, la BCEAO siège essaie de jouer la « neutralité », jusqu’à la prochaine réunion des chefs d’Etat de l’UEMOA, les 22 et 23 janvier (le gouverneur Phillipe Henri Dacoury Tabley, proche de Gbagbo, jugeant sans doute la décision des Ministères des finance de l’UEMOA insuffisante) qui devrait statuer définitivement sur le dossier Côte d’Ivoire.
Le dispositif financier du clan Gbagbo
En attendant, la bataille politique se déroule aussi au niveau des banques locales à Abidjan. Pour prévenir toute décision défavorable de la BCEAO, la douane ivoirienne fait pression sur les opérateurs du secteur du cacao, les poussant à déposer leurs fonds non à la BCEAO comme d’habitude, mais à la BNI, Banque nationale d’investissement. L’établissement est dirigé depuis le 16 décembre dernier par Amonkou Ossey Eugène, grâce à l’appui des pro-Gbagbo qui siègent au conseil d’administration. L’ancien directeur général Victor Jérôme Nembelessini a été remplacé au pied levé sur injonction d’Hubert Oulaye, président du conseil d’administration, qui a informé la BCEAO par lettre. Celle-ci n’a pas encore réagi.
La BNI fait partie du dispositif financier du clan Gbagbo. Sur elle reposerait l’espoir du paiement des salaires du mois de janvier. Deux autres institutions sont mises à profit. Il s’agit de la Banque pour le financement agricole (BFA), dirigée par un gendre de Gbagbo, et la Versus Bank, dont le conseil d’administration est dirigé par le directeur de campagne de Laurent Gbagbo. L’absence de clarté dans la gestion de ces trois banques n’est pas sans risque sur les dépôts de la clientèle et sur le système bancaire ivoirien en entier. La BNI s’est-elle portée garante du paiement des salaires des fonctionnaires du mois de décembre ? Aurait-elle décaissée 30 milliards FCFA ? Quid de ses engagements rapportés à ses réserves prudentielles ?
Le paiement des fonctionnaires
Selon les informations, d’autres banques locales ont été sollicitées pour l’effort national. Après avoir répondu favorablement à la requête du mois de décembre, ces institutions pourront-elles débloquer les 70 milliards FCFA nécessaires pour le paiement des fonctionnaires ? Le comité de sanction de l’ONU veille au grain. Il convient de noter que, d’après l’Association des banques et sociétés de financement de Côte d’Ivoire (APBEF-CI), leurs membres n’ont pas réalisé des opérations en violation des règles qui s’appliquent à leur profession. Officiellement, les banques refusent de faire de la politique. C’est-à-dire d’appliquer l’embargo imposé par l’ONU. Une prise de position critiquée par le Premier ministre Guillaume Soro, qui appelle l’ONU à sanctionner plusieurs directeurs de banques qui enfreindraient l’embargo.
MBF
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