mardi 8 février 2011

R.D.C. - Ruée vers le cobalt congolais

(Le Potentiel 08/02/2011)

On pensait avoir tout dit, tout écrit sur le cobalt congolais. Après que Pékin y a placé une mise importante, Washington a levé l’option de le « protéger ». Mais voilà que, comme à la Zorro, l’Union européenne arrive sur ses grands chevaux en affirmant qu’elle veut « jouer un rôle plus actif dans l’industrie minière en Afrique ». Parmi les minerais pistés par l’UE, le cobalt figure en très bonne position. Or, la RDC héberge sur son sous-sol plus de tiers des réserves mondiales prouvées de cobalt. A Kinshasa d’identifier les dés pipés.
En déclarant en 2010 qu’il prévoyait de « tripler d’ici à 2015 la production annuelle du cobalt de plus de 30.000 à plus de 90.000 tonnes », le gouvernement était loin d’imaginer le branle-bas qu’il allait déclencher.
Si les ressources minières identifiées en RDC sont évaluées à des dizaines de milliards de dollars américains, les réserves en cobalt (160 millions de tonnes) - dont 71% de la production sont exportés vers l’Union européenne – représentent 10% de celles du monde entier (1,6 milliard T). Avant 1990, le Congo-Kinshasa en était le premier producteur mondial.
Prévenante, la Commission européenne va « prochainement » publier une « communication relative à l’initiative sur les matières premières ». Ce document, renseigne Africa Mining Intelligence, qui en a pris connaissance, « vise à encourager les investissements dans les mines et à sécuriser l’approvisionnement de produits dit «critiques», indispensables à l’industrie européenne ».
« Parmi les produits ciblés par l’UE figure le cobalt, pour la fourniture duquel Bruxelles est dépendant à 100% de l’étranger, dont 76% en provenance du Congo-Kinshasa (71%) et de la Tanzanie (5%) ; la fluorite (69% de dépendance extérieure, dont 17,25% rien que pour l’Afrique du Sud ; le platine (dépendance à 100% dont 80% de l’Afrique du Sud ; et le tungstène (73% de dépendance, avec 13% des importations venant du Rwanda », précise-t-elle.
Selon le même document, la Commission est prête à lancer un « programme de stockage » de ces matières premières. La même source renseigne que la Commission envisage d’accroître la coopération dans la recherche géologique et d’augmenter ses financements aux infrastructures liées au secteur minier, notamment à travers le Fonds fiduciaire UE-Afrique pour les infrastructures, géré par la Banque européenne d’investissement (BEI).
L’Agence française de développement (AFD) et la KFW allemande participant à ce programme, l’autorité européenne va également discuter avec la BEI de la possibilité de multiplier les prêts directs aux entreprises minières et de faciliter l’octroi de crédits par l’institution ou des banques privées grâce à des garanties du Fonds européen de développement (FED).
« La Commission va s’attaquer aux restrictions à l’importation qui perturbent l’approvisionnement en matières premières, et qui inquiètent particulièrement la Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI, fédération de l’industrie allemande). Il est question de mettre en place un mécanisme d’observation des restrictions qui provoquent des distorsions sur le marché et, le cas échéant, d’envisager des procédures de contentieux », explique Africa Mining Intelligence.
CONVENTION SINO-CONGOLAISE ET SURVEILLANCE AMERICAINE
Les négociations entamées en août 2007 entre le gouvernement congolais et le Groupement des entreprises chinoises (Chine Railway Group Limited et Sinohydro) avec financement d’EXIM Bank ont débouché en la signature d’une Convention de collaboration, le 22 avril 2008 à Beijing (Pékin).
L’objet de cette Convention porte sur le financement (supporté par les revenus générés par l’exploitation des concessions minières en partenariat avec la Gecamines) des travaux d’infrastructures de base à réaliser par le Groupement des entreprises chinoises.
Le volet minier, qui s’est concrétisé par la création d’une joint-venture minière entre la Gecamines et les entreprises chinoises pour l’exploitation des gisements sélectionnés dormants, porte sur un potentiel de 620 mille tonnes de cobalt dont la production annuelle projetée est de 19.000 tonnes. Le coût de production est de 7.000 Usd/tonne de cobalt au cours moyen de 26.500 Usd/tonne de cobalt. Le début de la production ayant été fixé à « 4 ans après le lancement du projet ».
« Ce sont ces données qui ont permis à nos experts miniers et financiers de faire des simulations attestant que la joint-venture ainsi créée sera à mesure de soutenir la dette et de payer conséquemment les dividendes dus aux actionnaires », avait expliqué le gouvernement à l’Assemblée nationale.
Outre les contraintes conventionnelles des Chinois, la RDC doit également se plier aux exigences des Etats Unis. Soupçonneux à souhait.
Ainsi, dans un télégramme dévoilé par Wikileaks, le département d’Etat américain demandait à ses représentations diplomatiques de recenser les « infrastructures sensibles et ressources clés » à l’étranger « dont la perte affecterait de manière significative la santé publique, la sécurité économique et/ou la sécurité nationale des Etats-Unis ».
L’objectif étant de « prévenir, dissuader et neutraliser ou atténuer les effets d’actes terroristes visant à détruire, bloquer ou exploiter ». Les Etats-Unis avaient alors, sans l’avouer, placer la RDC sur table d’écoute. Au motif qu’il faut « éviter que ce minerai soit pris en otage par des partenaires hostiles aux Etats-Unis ». Les terroristes, bien entendu.
UN JEU A TROIS
Pris dans les tenailles des Occidentaux et des Chinois, le gouvernement congolais se doit aujourd’hui d’avoir une politique réfléchie, tenant compte aussi bien des intérêts majeurs de son peuple que de ses obligations contractuelles dans cette véritable ruée des partenaires extérieurs vers le cobalt congolais.
Comme en 1885 avec la conférence de Berlin, la RDC est au centre de grands enjeux entre puissances économiques mondiales. La forte percée de la Chine, en recherche permanente des sources d’approvisionnement en matières premières a suscité la convoitise du monde Occidental. A en croire, WikiLeaks, les Etats-Unis se sont déjà dévoilés tenant à l’œil le cobalt congolais.
Menée sans doute par l’Allemagne, première puissance économique de l’UE, avec le soutien de la France, l’UE a décidé de se lancer dans la bataille.
La RDC doit donc composer avec trois acteurs (Chine, Etats-Unis et Union européenne), aux visées et options économiques presqu’opposées. A elle de dicter la cadence pour qu’elle ne se retrouve pas en position de dindon de la farce.

Par Le Potentiel
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