«Engagez la transition et maintenant!»
08 Février 2011
Les Egyptiens veulent la liberté, des élections libres, justes et un gouvernement représentatif.
Décidément, Washington ne lâche pas prise. Sa position vis-à-vis des événements, secouant le pays du Nil depuis 15 jours, demeure intransigeante et soutenue. Le passage à «une transition dans l’ordre et dans les plus bref délais» est synonyme de l’arrêt des protestations autant pour l’opposition égyptienne que pour l’Occident et à sa tête les USA. Précis et concis, le président des Etats-Unis, Barack Obama, ayant réitéré, une fois de plus, dimanche dernier, que «les Egyptiens (manifestants) veulent la liberté, des élections libres et justes. Ils veulent un gouvernement représentatif, ils veulent un gouvernement réceptif. Et nous l’avons dit, vous devez engager la transition immédiatement». C’est dire que la déclaration du président des Etats-Unis d’Amérique sonne comme un «ordre» intimant à Moubarak et consorts de céder devant les revendications des manifestants, qui ne décolèrent pas.
En évaluant les changements opérés jusqu’ici par le Raïs, qui a procédé à des pseudo-réformes politiques et économiques dans l’espoir de mystifier les révoltés du pays du Nil qui ne jurent que par son départ, Barack Obama s’est montré, il est utile de le souligner, des plus sceptiques et des moins optimistes quant à l’interruption de l’éruption du volcan égyptien. En d’autres termes, il veut voir impérativement «un gouvernement représentatif en Egypte». De façon implicite, il convient de relever que Washington n’est pas satisfait et non plus convaincu de la crédibilité et de la capacité du tout nouveau gouvernement égyptien de gérer la crise ou de mener à l’avènement d’une transition démocratique en Egypte, comme souhaitée par les centaines de milliers de manifestants. Le constat établi par Barack Obama est, faut-il le dire, identique à celui qui émane du discours de l’opposant égyptien, le plus en vue, Mohammed El Baradei, ex-directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea). Ce dernier a, en effet, déclaré récemment que le pouvoir égyptien est composé d’un président, d’un vice-président, d’un chef du gouvernement et de ministres issus des différents corps de la hiérarchie militaire, depuis 1952.
C’est un pouvoir, juge-t-il, qui ne reflète pas la volonté du peuple et non plus la réalité du pays. Il est tout simplement, relève-t-il, une dérive de l’Etat égyptien. A ce sujet, il a fait savoir dans ses précédentes déclarations, que la jeunesse égyptienne représentant l’espérance, les forces vitales et constructives de l’avenir, doivent succéder à un pouvoir, une caste, dont l’âge a presque atteint son crépuscule.
En prononçant sa sentence quant à l’issue de l’avenir des événements au pays du Nil, le président américain a déclaré, sans détour: «Ce que nous savons déjà, c’est que l’Egypte ne va pas retourner en arrière.» Quant au porte-parole de Moubarak, il a rétorqué que «lui seul sait ce qu’il va faire».
Pour paraphraser Ali Yahia Abdenour, «le déclin du pouvoir ne relève pas d’un phénomène passager, de son passage dans la zone des tempêtes, mais est irréversible et rien ne pourra l’arrêter».
S’agissant de la menace des islamistes, longtemps avancée par les régimes arabes et à leur tête l’Egypte, afin de justifier le verrouillage du champ politique et la restriction des libertés démocratiques, Barack Obama s’est montré rassuré et confiant dans l’éventualité d’un triomphe des Frères musulmans en Egypte dans des élections démocratiques et libres. Il a ainsi soutenu que «les Frères ne représentent pas une menace. Ils sont juste des factions en Egypte. Ils n’ont pas également le soutien de la majorité des Egyptiens, mais ils sont bien organisés. Ils ont certains accents antiaméricains, c’est une évidence».
Cependant, la promotion «du projet de la démocratie» pour le Moyen-Orient développé par Barack Obama, en appelant les pays arabes à oeuvrer pour des changements et des transitions politiques ordonnées, ne semble pas être du goût d’Israël. Les responsables israéliens se sont manifestés, faut-il le dire, depuis la première réaction américaine à l’égard des événements d’Egypte. Ils ont ainsi qualifié l’attitude américaine de négative à l’adresse de l’un de leurs alliés stratégiques, à savoir Moubarak.
Ainsi, le gouvernement de Benjamin Netanyahu s’est abstenu de fustiger publiquement la position américaine, pour ne pas envenimer les relations avec le président Barack Obama que la droite au pouvoir n’a jamais beaucoup apprécié.
«On a l’impression que Washington était très pressé de balancer par-dessus bord le président égyptien Hosni Moubarak dès qu’il est devenu un allié encombrant. C’est un lâchage», a-t-il déclaré à l’AFP, avant d’ajouter enfin que «la fidélité est une valeur inestimable, particulièrement au Proche-Orient».
Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE
lexpressiondz.com

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