(Afriscoop 11/05/2011)
C’est l’histoire d’un entêtement qui avait mal tourné, comme c’est souvent le cas. Pour avoir voulu d’une prolongation de trois ans pour terminer ses chantiers, comme si lui n’avait pas achevé des travaux que ses prédécesseurs avaient entamés, le président Mamadou Tandja a été renversé le 18 février 2010 par un Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD), présidé par le général de Corps d’armée Salou Djibo.
C’était au terme d’une longue marche forcée de plusieurs mois pour le « tazarché », où il était resté sourd à toutes les imprécations et les supplications, violant tout ce qui était violable, allant jusqu’à dissoudre l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle pour organiser au forceps un référendum qui renouvelait indûment son bail. La suite, on la connaît. Depuis plus d’une année donc, l’obstiné de Niamey croupissait d’abord en résidence surveillée à la villa verte et ensuite carrément à la prison de Kollo.
Poursuivi, on se rappelle, pour faits de détournement de fonds publics dans le cadre de la gestion de la Société des produits pétroliers du Niger (SONIDEP) et refus d’obtempérer à une décision de justice. Sa famille et la Cour de justice de la CEDEAO, saisie du dossier, avaient beau crier à la détention extrajudiciaire et réclamé son élargissement, la junte était restée sourde à toutes les requêtes. Il aura donc fallu la présidentielle du 12 mars 2011, remportée par Mahamadou Issoufou, et partant le retour à une vie constitutionnelle normale pour que l’illustre prisonnier soit libéré.
Hier, en effet, Mamadou Tandja a été remis en liberté par suite d’ une décision rendue par la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Niamey. Pour cette juridiction, le juge d’instruction est incompétent « pour instruire des affaires concernant l’ancien chef de l’Etat », l’aptitude revenant à la Haute cour de justice et non à des tribunaux de droit commun. Cette décision est sans doute la preuve que les institutions fonctionnent à nouveau et normalement au pays de feu Hamani Diori.
Et l’ironie du sort veut que ce soit celui qui a voulu les vassaliser qui en profite. Comme quoi tout le monde gagne quand les règles démocratiques sont respectées par tous. Car autrement, la justice n’aurait pas eu cette indépendance pour prendre une telle sentence. La question qui se pose maintenant est de savoir si l’affaire est définitivement classée ou si elle va rebondir au niveau de la Haute cour de justice.
Au bout du compte, l’homme du tazarché aura passé quelque 15 mois au frais. Et il faut espérer que cette privation de liberté aura été propice à la réflexion et qu’il a pu méditer sur tout le mal qu’il a pu faire à la démocratie nigérienne. Il était poursuivi pour détournement de fonds publics et refus d’obtempérer à une décision de justice.
Par Hamidou Ouédraogo — L’Observateur Paalga
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