La plus grande leçon à tirer de l’affaire Kpatcha Gnassingbé.
Depuis le 15 avril 2009, bientôt deux ans, Faure Gnassingbé a fait embastiller son demi-frère et « co-héritier » Kpatcha sous les prétextes de flagrant délit et atteinte à la sûreté de l’Etat. Selon les textes en vigueur, le flagrant délit est jugé dans le délai de deux semaines et au pire des cas, dans l’intervalle de soixante jours. Or, dans une soixantaine de jours, cela fera deux ans que Kpatcha Gnassingbé et ses codétenus ont été arrêtés pour la plupart et gardés loin de leurs familles respectives, pas à la prison civile de Lomé, mais à l’Agence Nationale de Renseignements (ANR) sans jugement et ne sont pas autorisés à recevoir des visites.
Qui l’aurait cru ? Qui aurait cru que Kpatcha Gnassingbé, le « 100% Kabyè » qui disait il y a peu, incarner à 100% l’héritage de son père, et qui sûrement n’aurait jamais rêvé se retrouver dans cette promiscuité que constitue l’espace carcéral en bon fils de son père, quelle qu’en soit l’étendue, puisse se retrouver depuis deux ans emprisonné comme un vulgaire individu ? La situation dans laquelle se retrouve aujourd’hui Kpatcha qui depuis 2005 était devenu presque le sosie de son père, canne à la main, chapeau cow-boy sur la tête, entre autres, sans oublier les tic de l’élocution, est vraiment inimaginable.
L’arrestation de Kpatcha et de son incarcération jusqu’à ce jour sont un fait. Le silence de tout ce beau monde qui profitait de sa générosité du temps où il était le « fils de son père », le vrai Kpatcha Gnassingbé en est un autre. Même des gens ordinaires et de peu d’importance, lorsqu’il leur arrive de se retrouver dans les liens de la détention, ne se voient pas privés de sympathie et de soutien de la part de leurs amis, sympathisants, fanatiques, frères, sœurs, cousins, cousines, tantes, oncles, etc. Dieu seul sait combien de policiers, douaniers, agents forestiers, gardiens de préfecture, sapeurs pompiers, gendarmes, militaires et civils de chacune de la quarantaine d’ethnies que compte le pays, avaient eu à profiter des largesses de Kpatcha.
Maintenant qu’il se retrouve en difficulté, les Togolais sont témoins et auront constaté combien ses fanatiques et ses nombreux profiteurs lui auront été reconnaissants dans la souffrance. Ne dit-on pas que c’est dans les difficultés qu’on reconnaît ses vrais amis ? Que dire de ces nombreux députés qui siègent présentement à l’Assemblée nationale grâce aux actions personnelles du plus célèbre prisonnier togolais ? Ils n’ont rien pu faire pour lui, alors qu’au niveau de l’Assemblée, ils auraient pu mettre le cas de leur camarade dans le débat parlementaire et exiger la levée de son immunité en vue d’accélérer le jugement.
A défaut de l’avoir fait, Kpatcha est depuis deux ans privé de toute liberté. Ce ne sont du reste que de gros poltrons, ces députés ! C’est d’ailleurs l’une de ces attitudes qui amène à qualifier leur Assemblée de mouton. Car, il s’agit d’éviter de se faire remarquer et aller dans le sens voulu par « une certaine sensibilité ». Cela s’appelle être des adultes non émancipés, sans liberté d’action, tout en se disant députés. Seules les pauvres épouses sont abandonnées à elles-mêmes et sont seules à se démener. Il n’y a pas de raison que dans un pays où l’on parle de réforme de la justice à casser les tympans, on continue dans la pratique de l’injustice et de l’arbitraire au sommet de l’Etat. Si le Pouvoir a réellement quelque chose à reprocher à ces détenus, pourquoi Faure Gnassingbé hésite-t-il à faire jouer la justice comme il l’avait promis dans son discours il y a bientôt deux ans ? N’oublions pas qu’il s’agit de flagrant délit !
Pendant 672 jours que la trentaine de prisonniers particuliers de Faure Gnassingbé est incarcérée avec à sa tête le principal prévenu en la personne de Kpatcha Gnassingbé qu’accompagnent un demi-frère et trois cousins, combien d’amis et zélateurs du tout-puissant Kpatcha ont pu manifester une seule fois en faveur de leur jugement ou leur libération ? Nous le disons surtout eu égard à l’injustice dont les 33 ou 34 détenus sont victimes. Ils sont victimes dans la mesure où le délit allégué n’est pas constitué et qu’en violation du code de procédure pénale, ces détenus continuent de croupir en prison. Pire, ils n’ont droit ni à la visite de leurs épouses, ni de leurs enfants, ni d’autres membres de leurs familles. Même dans le cas de la visite des avocats togolais et français, ce fut difficilement qu’elle avait été accordée il y a quelques mois. Rien ne permet de comprendre pourquoi tant d’arbitraires contre des détenus dont on n’a même pas le courage d’organiser le procès, par peur de la vacuité du dossier.
Tout comme Kpatcha Gnassingbé, Faure Gnassingbé pouvait se retrouver exactement dans la même galère que Kpatcha, que personne de tout ce monde qui donne l’impression de lui être attaché juste pour des prébendes, ne ferait de son cas un quelconque objet de préoccupation, car toute analyse faite, que ce soit Faure, que ce soit Kpatcha ou n’importe quel autre fils d’Eyadèma, ils n’ont pas d’amis, ils n’ont que des profiteurs, Kabyè, Ahouna, Losso, Lamba, Cotocoli, Akposso, Moba, Tchokossi, etc. Cela rappelle comment pendant l’enfance et sur les bancs de l’école primaire comme au collège, des condisciples faisaient tout pour s’attacher l’amitié du fils ou de la fille du Président de la République. Juste pour quelques avantages. La grande leçon à tirer de l’affaire Faure Gnassingbé contre Kpatcha Gnassingbé c’est que, qu’on soit 50% ou 100% Kabyè, là n’est pas le problème, l’important c’est : « qui est en mesure de mieux garantir son bonheur ad vitam aeternam ? ».
Que Faure Gnassingbé ne se fasse pas l’illusion d’avoir de nombreux sympathisants avec lui, loin de là. Il a intérêt à revoir la situation ainsi créée et opter pour la relaxe pure et simple ou à passer au jugement des détenus dans les meilleurs délais, puisque finalement, après avoir promis de régler ce problème à l’amiable lors du séjour des avocats français, il donne l’impression au bout du compte d’avoir floué le monde et de ne rien entreprendre dans la réalité pour la réconciliation nationale. Peut-on réconcilier les Togolais tout en maintenant dans les liens de la détention ses propres frères sans raison valable ?
E. Djibril
VIA LIBERTE HEBDO TOGO
togosite.com

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