(Courrier International 18/02/2011)
L'élection présidentielle qui doit avoir lieu début mars pourrait se traduire par une crise postélectorale. Tous les ingrédients sont réunis, estime le quotidien burkinabé Fasozine.
Initialement prévu pour le 27 février, le premier tour de la prochaine élection présidentielle béninoise a finalement été repoussé au 6 mars 2011, pour pallier un certain nombre de lacunes. Sur le terrain, la campagne fait rage et les quatorze candidats en lice rivalisent de promesses pour conquérir l'électorat. Même si la Liste électorale permanente informatisée continue de faire débat... C'est la première fois, depuis la Conférence nationale des forces vives qui a allumé, fin février 1990, la flamme du renouveau démocratique béninois, que l'on aborde une élection présidentielle avec autant d'incertitudes. La Liste électorale permanente informatisée (LEPI), vecteur principal de la bonne tenue du scrutin, reste sujette à caution. Les opérations d'enrôlement et d'inscription alimentent chaque jour de vives polémiques et nourrissent de graves inquiétudes. Au point que "plusieurs milliers de travailleurs béninois, du secteur public comme privé, ont pris part ce lundi, à Cotonou, à un meeting de protestation contre l'exclusion de citoyens des listes électorales".
Initiée par les cinq principales confédérations syndicales du pays, cette marche vise notamment à protester contre l'exclusion de citoyens du processus électoral. "Nous voulons une Liste électorale permanente informatisée consensuelle, et non un fichier électoral truqué et taillé sur mesure" ou encore "Tous les citoyens béninois en âge de voter doivent exprimer leurs suffrages lors du scrutin présidentiel du 6 mars prochain", scandaient notamment les manifestants, parmi les banderoles et pancartes hostiles au gouvernement.
Parmi les quatorze candidats retenus par le Conseil constitutionnel sur les vingt-trois qui ont déposé leur dossier à la Commission électorale nationale autonome (Cena) figurent trois poids lourds, considérés comme les locomotives du scrutin. Tout donne à penser, en effet, que l'élection se jouera autour du président sortant, Thomas Boni Yayi, et de ses deux principaux challengers, Adrien Houngbédji et Abdoulaye Bio Tchané. Porte-drapeau de la majorité au pouvoir, Boni Yayi, qui a incarné le changement lors de la précédente élection au point de l'emporter très largement au second tour face à Adrien Houngbédji, entend rempiler et multiplie les opérations de charme, alternant une communication axée sur le bilan de son premier quinquennat, jugé satisfaisant par son camp, et des promesses.
Et si l'Union fait la nation (UN), qui porte la candidature de Me Adrien Houngbédji, ne l'entend pas de cette oreille, elle a encore fort à faire pour réussir l'alternance. Elle le sait du reste et multiplie les actions multiformes en direction de l'électorat, surfant sur la vague d'un mécontentement populaire visible pour se poser en alternative crédible. Actuellement, et c'est de bonne guerre, dans le camp de l'opposition politique, le seul mot d'ordre est... "corriger le changement". A quelques mots près, la coalition ABT 2011 d'Abdoulaye Bio Tchané, qui vient de démissionner de son poste de président de la Banque ouest-africaine de développement (Boad), ne demande pas autre chose à ses militants et sympathisants.
En attendant de voir à qui les Béninois donneront leur bulletin de vote, l'inquiétude reste patente au sein de la population. A quelques semaines du scrutin, retrouver son nom sur les listes électorales relève encore de la gageure. Comment sortir de cette "pagaille", qui fait dire à Gaston Azoua, secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin, qu'"avec une LEPI taillée sur mesure pour organiser des fraudes massives, plus d'un million de Béninois, notamment des travailleurs, sont privés ipso facto du droit de vote" ? Et qu'adviendra-t-il du modèle béninois si cette élection, la plus disputée depuis vingt ans, tourne au cafouillage des lendemains incertains et heurtés des périodes postélectorales dont l'Afrique est si friande ?
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