(Slate.fr 08/09/2011)
Les câbles diplomatiques de l’ambassade des Etats-Unis à Dakar rendus public par Wikileaks font les choux gras de la presse sénégalaise. Ces révélations sont compromettantes pour certains responsables de haut niveau comme le fils du président Karim Wade. Très remonté par les accusations portées à son encontre, le fils du président sénégalais envisage de porter l’affaire devant la justice.
« Le 2 mai, Sogue Diarisso, une personne âgée fonctionnaire au ministère des Finances et proche confident du ministre des Finances Abdoulaye Diop, a présenté avec précision les grandes lignes d’un plan secret pour la vente des 28% de l’Etat dans la Sonatel (…)« Si le président Wade a annoncé la vente des parts du gouvernement à la Sonatel avant de se rétracter plus tard à cause du FMI et des bailleurs de fonds, les potentiels bénéficiaires étaient Karim Wade et ses partenaires. Le but de cette cession des parts des actions de Sonatel était d’aider Karim Wade et ses associés à blanchir d’énormes sommes d’argent qu’ils ont recueillies ces dernières années au travers de « contributions », « dons », commissions occultes, et la vente de biens acquis illégalement, dont une grande partie a été générée lors des préparatifs du sommet de l’Organisation de la conférence Islamique (OCI) tenue en mars à Dakar. Le pays ne peut accepter les efforts fréquents de Karim Wade pour blanchir plus de 5 milliards de dollars USD. C’est au-delà de l’acceptable ».
Cet extrait d’un télégramme diplomatique de l’ambassade des Etats-Unis à Dakar a fait sortir Karim Wade de ses gongs. Celui que les Sénégalais appellent avec humour « ministre du ciel et de la terre » a décidé de porter l’affaire devant la justice sénégalaise.
Menace de poursuites judiciaires
Après la publication d’un article intitulé « Les grandes lignes d’un plan secret de blanchiment d’argent de Karim Wade » publié par le site Dakaractu.com, les services de Karim Wade ont sorti un communiqué qui dénonce des propos infondés et diffamatoires, prêtés à Madame Marcia Bernicat.
« Ces accusations sont d’une extrême gravité. Ce câble diplomatique aurait reproduit également des propos mensongers et d’une extrême gravité imputés à Monsieur Sogué Diarisso, Cadre à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) anciennement détaché auprès du Ministère de l’Economie et des Finances. Pour autant que de tels propos aient été tenus, il serait pour le moins surprenant qu’une Autorité comme l’ancien Ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal ait pu les rapporter dans un cadre diplomatique destiné à son administration centrale, sans prendre soin d’en vérifier au préalable la fiabilité, la crédibilité et l’authenticité. Monsieur le Ministre d’Etat Karim Wade ne peut ni tolérer de telles accusations, ni que de tels propos soient tenus à son encontre, propos portant gravement atteinte à son honneur et à sa considération. Avant de réserver la suite judiciaire appropriée à la publication de l’article incriminé, Monsieur Karim Wade invite Madame Marcia Bernicat et Monsieur Sogué Diarisso à fixer l’opinion publique nationale et internationale sur les propos qui leur sont prêtés. A défaut de réaction de leur part, après la publication du présent communiqué, Monsieur Karim Wade entend donner la suite judiciaire qui s’impose », indique le communiqué de Karim Wade.
Ainsi, Sogué Diarisso, un économiste respecté et ancien fonctionnaire au ministère des Finances, a reçu une sommation interpellative lui demandant de confirmer ou d’infirmer les propos qui lui sont prêtés dans les câbles de Wikileaks. Mais ce dernier à lui aussi réagi en affirmant n’avoir pas tenu les propos qui lui sont prêtés dans les câbles de Wikileaks.
« Mes rencontres avec l’Ambassade des Usa à Dakar n’ont toujours porté que sur le projet de la plateforme de Diamniadio, en ma qualité de Directeur Général, la situation économique du Sénégal et le suivi du programme avec le Fmi (Fonds monétaire international), en ma qualité de Directeur de la Prévision et des Etudes Economiques. En ces qualités, les seules informations auxquelles j’avais accès, portaient sur les proportions de marchés de gré à gré, pour satisfaire aux besoins de contrôle du Programme avec le Fmi. A aucun moment, je n’ai eu accès à d’autres dossiers de marchés publics. Ainsi, les propos qui me seraient prêtés sur la cession des actions Sonatel, ne sauraient m’engager »
» Karim Wade, un personnage vénal et craint par tous »
Un autre câble décrit le fils du président sénégalais comme maître dans l’art d’être partout et nulle part de telle sorte que les ministres ont une peur bleue de lui, les hommes d’affaires le craignent .
« Les grandes décisions politiques émanent de lui . Il est au centre de toute affaire majeure dans le pays et fait tout pour s’imposer quand on ne l’associe pas», indique un télégramme.
Karim Wade est aussi décrit comme un personnage vénal qui s’enrichit de façon éhontée sur le dos des Sénégalais et qui est prompt à traîner devant les tribunaux tout journaliste qui lui impute le moindre acte de mauvaise gestion.
Pour les Américain, le président sénégalais et son fils auraient fait un détournement d’objectif car l’argent récolté auprès des monarchies arabes n’a pas servi exclusivement à l’Anoci. Une partie de l’argent aurait été placé dans des comptes privés pour ensuite servir à entretenir une clientèle politique à travers la caisse noire.
© Copyright Slate.fr
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire