jeudi 17 février 2011

Tchad - LEGISLATIVES AU TCHAD: L’illusion perdue de l’opposition

(Le Pays 17/02/2011)

Le Tchad vient de connaître ses premières élections ouvertes avec les législatives auxquelles a participé massivement l’opposition. Mais, la régularité de ce scrutin fait l’objet de vives polémiques. Pendant que l’opposition et bien des observateurs nationaux dénoncent de graves irrégularités, les observateurs internationaux, comme à l’accoutumée, trouvent que le scrutin s’est globalement bien passé.
Bien entendu, le pouvoir en place ne peut qu’être de ce dernier avis. Pourtant, il y a de sérieuses raisons de parler de cafouillage dans le déroulement de ces législatives. En témoignent l’ouverture très tardive de certains bureaux de vote et surtout la disparition de procès-verbaux qui attestent, si besoin était, que ceux qui contestent la régularité des élections ont des raisons objectives de le faire.
Il est vrai qu’on pourrait arguer du fait que ce sont les premières élections vraiment ouvertes, pour justifier certains ratés organisationnels. Seulement, comme le disent si bien les juristes, "nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude". Si le Tchad n’en est qu’à son premier scrutin ouvert, c’est la faute à ceux qui en détiennent les rênes.
Idriss Déby Itno, qui est à la tête de l’Etat depuis une vingtaine d’années, ne saurait, raisonnablement, se cacher derrière cet argument. Il faudra également que les éléments à prendre en compte pour l’appréciation de la régularité des scrutins par les observateurs internationaux soient revus pour plus de pertinence.
Ces observations gagneraient à prendre les processus électoraux tant en amont qu’en aval afin de mieux en cerner les tenants et les aboutissants. L’opposition tchadienne a accepté de participer à ces élections, probablement au regard des professions de foi de Déby, d’aller à des élections démocratiques. Mais, au stade actuel, tout porte à croire que cette foi en Déby était une illusion finalement perdue. La bonne organisation d’une élection requiert certes des moyens, mais d’abord et surtout une volonté politique forte. Or, on sait que la démocratie tchadienne, à l’instar de celle de bien des pays sur le continent, est verrouillée. Les élections dans un tel contexte sont un marché de dupes. L’homme fort de N’Djamena n’est certainement pas prêt à quitter son fauteuil. Et sans doute, il va se donner les moyens de sa politique. L’ouverture démocratique qu’il a acceptée a été savamment calculée. Ces élections pluralistes ont tout l’air d’une simple fenêtre démocratique qu’il a daigné entrebâiller. En tout cas, il n’est un secret pour personne que les élections législatives donnent habituellement une idée des forces politiques en présence dans un pays. Aussi, un bon score de l’opposition tchadienne dans ce scrutin pourrait-il impacter la présidentielle qui se profile à l’horizon. Il n’est donc pas exclu que le régime en place soit, de près ou de loin, mêlé à ces disparitions de procès-verbaux. Si cette hypothèse se confirmait, ce serait déplorable pour ce pays et pour la démocratie africaine. Après tant d’années au pouvoir, Déby aurait mieux fait de profiter de la relative paix acquise par son pays ces temps-ci pour s’aménager une sortie honorable. Reste à espérer que la prochaine présidentielle se passera dans des conditions objectives de transparence afin d’éviter une crise post-électorale, somme toute préjudiciable à la stabilité encore bien fragile du pays.

Relwendé Auguste SAWADOGO
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