mercredi 24 février 2010

RDC - Après le cuivre et le cobalt: Le gouvernement impose de nouvelles mesures pour l’exportation du diamant

(Le Potentiel 24/02/2010)
Après le cobalt et le cuivre, le gouvernement a promis de soumettre l’exportation du diamant à certaines conditions. Les opérateurs de cette filière seront ainsi obligés de soumettre leur colis à la désoxydation avant toute sortie du territoire de la RDC.
Le gouvernement veut mettre de l’ordre dans l’exportation du diamant, a rapporté une dépêche signée par Thomas Hubert, journaliste bilingue basé à Paris (France). Selon des officiels congolais, note-t-il, la République démocratique du Congo s’apprête à rendre obligatoire le nettoyage du diamant brut avant son exportation dans le cadre d’une vaste opération consistant à maximiser les recettes de l’Etat sur les minerais.
Le procédé, appelé désoxydation ou deep bolling, consiste à plonger les diamants dans des acides puissants qui extraient toutes les impuretés.
La stratégie fait partie d’un effort général consistant à maximiser les recettes en exportation des minerais de la RDC. Le ministre des Mines, Martin Kabwelulu, a déclaré lors d’une réunion avec les hommes d’affaires dans la riche province minière du Katanga, qu’une décision prise en 2007, devant contraindre les sociétés minières à raffiner les minerais de cuivre-cobalt avant l’exportation, serait bientôt de stricte application.
L’opération devait apporter une plus-value aux pierres précieuses exportées de la RDC, deuxième exportateur du diamant en volume, environ 25 % des exportations mondiales. Ce qui, non seulement, renflouerait la caisse de l’Etat avec des taxes conséquentes, mais pourrait tout autant aggraver les problèmes de contrebande profondément enracinés dans le pays.
« Un arrêté est en cours d’élaboration, et nous attendons sa signature... au courant de la semaine prochaine », a confirmé, cite la même source, Donat Kampata, coordonnateur de la Cellule Technique de coordination et de planification minière (CTCPM), une structure technique du ministère des Mines.
SUR LE PAS DE L’AFRIQUE DU SUD
La pratique est très courante parmi les grands exportateurs de diamants tels que l’Afrique du Sud, étant donné que ce procédé apporte une plus value aux diamants, et les officiels congolais ont ajouté que la RDC, deuxième grand exportateur en volume après la Russie, aurait dû être le premier pays à en faire usage. Jean Pierre Amuri, chargé de mission adjoint au Centre d’expertise et d’évaluation de substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC) a déclaré: «Vous devez enlever toutes les impuretés avant que le diamant ne révèle tout son éclat ».
Quelques observateurs pensent que la désoxydation obligatoire pourrait accroître la contrebande. « L’inconvénient est que personne n’aime payer des taxes à l’exportation, et par conséquent, il est possible que certains exportateurs ne désirent pas désoxyder leurs marchandises avant l’exportation. Ils pourraient alors choisir une autre voie, c’est-à-dire, la contrebande », a dit lan Smillie, expert du processus de Kimberley. Il a aussi ajouté, « cette exigence offre aux autorités corrompues une opportunité d’extorsion ».
Un exportateur basé à Kinshasa exprime ses craintes quant aux acheteurs d’Anvers, de Tel-Aviv, Dubaï ou de Mumbai estimant que ceux-ci pourraient refuser de faire nettoyer leurs diamants en RDC. Il a renchéri : « Je suis sûr que si certains acheteurs n’aiment pas la désoxydation, ils utiliseront des canaux parallèles ».
Les diamantaires anversois Bob Bonde et David Zollmann ont installé un laboratoire de désoxydation à Kinshasa l’année dernière.
Natif de la RDC, établi à Anvers (Belgique), Bob Bonde a ouvert l’année dernière dans le pays un laboratoire ultramoderne de nettoyage de diamant. Son but, avait-il confié dans le temps, était e conférer à la pierre précieuse une valeur ajoutée à même de le faire vendre à son juste prix. Le laboratoire est dénommé « Diablanc ». Par un procédé physico-chimique de désoxydation, le laboratoire épure la pierre précieuse impropre pour faire d’elle un diamant. La pierre éternelle retrouve son éclat et ses vraies couleurs, sans rien perdre de son poids.
En installant donc sa laverie de diamant en RDC, Bob Bonde a voulu rapprocher les vendeurs congolais des acheteurs étrangers pour réduire le gap entre la valeur jusque-là imposée au diamant congolais et son prix réel, une fois purifié.
Le laboratoire « Diablanc » est une première en Afrique subsaharienne. A ce jour, seules les grandes places diamantaires sont équipées de ces instruments Hi-Tech, notamment Anvers, Tel-Aviv, New-York ou Bombay.
DES EXPORTATIONS SOUS-EVALUEES
En 2008, la RDC a produit 33,4 millions de carats de diamant soit 1/5è de la production mondiale, selon les données recueillies par le bureau de suivi du Processus de Kimberley. Environ 21 millions de carats ont fait l’objet d’une exportation en bonne et due forme pour une bagatelle somme de 600 millions de dollars.
En revanche, les chiffres du CEEC indiquent que les exportations du diamant, affectées par la crise financière mondiale, sont tombées jusqu’à 245 millions de dollars en 2009. Amuri estime que le nettoyage du diamant pourrait sensiblement augmenter les exportations de la RDC de 20 à 25%, avec le même taux d’augmentation pour les droits à l’exportation.
De Beers, le premier producteur des diamants au monde, a déclaré que ses exportations des gémis de la République Sud Africaine, du Botswana et de la Namibie sont toujours désoxydées avant qu’un expert du gouvernement n’en détermine les droits à l’exportation.
Répondant aux questions de Reuters, Tom Tweedy, porte-parole de De Beers basé à Johannesburg a déclaré: « En Afrique du Sud, avant que nos diamants ne soient présentés à l’expert, cela (la désoxydation) doit avoir lieu deux fois. Si vous désirez avoir un prix-marché correct, vous devez passer par là ».
Il est reconnu qu’en dehors des chiffres officiels, beaucoup de diamants congolais sont frauduleusement exportés, et leurs revenus ainsi générés serviraient à financer les opérations rebelles dans les provinces de l’Est en proie à l’insécurité. En RDC, les gisements de diamants sont localisés dans la région du Kasaï. Le diamant, dont la RDC est le premier producteur mondial (diamant industriel), est l’objet d’une large contrebande que tend à freiner le Processus de Kimberley qui impose une traçabilité internationale aux pierres afin d’éviter que leur négoce finance les guerres.
En dépit des difficultés qu’elle connaît, l’exploitation minière en RDC représente 28% du Produit intérieur brut. L’exportation des produits miniers constitue près de 70% de la valeur totale des exportations.

Par Faustin Kuediasala © Copyright Le Potentiel

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