Le mouvement des radicaux islamistes a été affaibli ces derniers mois et acculé à se retirer de la capitale en quelques heures. Mais rien ne dit que le gouvernement de transition somalien, corrompu et décrédibilisé, saura saisir cette chance.
Le ton est inévitablement triomphaliste du côté du gouvernement de transition somalien. Mais la prudence reste de mise concernant le retrait du mouvement insurgé shebab de la capitale somalienne. Loin d’une débandade, ce départ qui s’est déroulé dans la discipline semble au contraire avoir été bien planifié. Les hommes se sont repliés principalement vers le sud de la Somalie dont le mouvement contrôle encore une large partie et notamment le port de Kismayo, importante source financière et d’approvisionnement en armes et en munitions.
Tactique du «trou de souris»
Indéniablement, pourtant, les shebab ont été affaiblis depuis plusieurs mois. Les troupes de l’Union africaine (9000 soldats ougandais et burundais), coordonnées avec des milices somaliennes soutenues par l’Ethiopie et le Kenya voisins, ont lancé une offensive sur plusieurs fronts, à Mogadiscio, mais aussi dans le centre et le Sud de la Somalie, avec plus ou moins de succès selon les zones. Dans la capitale, le marché de Bakara, ainsi que celui de Suuq Baad dans le nord de la ville, ont été peu à peu encerclés par les soldats de la force de maintien de la paix avançant immeuble par immeuble, creusant des cavités dans les murs, en utilisant la tactique du «trou de souris». Cet encerclement a asphyxié deux sources de revenus fondamentales pour les shebab. Entre les impôts sur les commerces et les extorsions diverses, ces deux marchés leur rapportaient de 30 à 60 millions de dollars par an selon le rapport d’experts des Nations unies sur l’embargo sur les armes publié il y a quelques jours.
Il y a tout juste un an, l’offensive du ramadan à l’initiative des shebab avait montré la mesure de leurs ambitions mais aussi l’impossibilité pour le mouvement principalement constitué d’hommes se déplaçant à pied ou en technical (Jeep surmontée d’une mitrailleuse), armés de kalachnikovs et de RPG de s’emparer de la totalité de la capitale. Après l’échec de cette offensive, des divisions étaient apparues au sein du commandement militaire sur la stratégie à poursuivre. Ces dissensions, qui n’avaient cependant pas remis en cause l’unité du mouvement, émergent à nouveau. Depuis le début de l’année, les shebab ont perdu beaucoup d’hommes et en sont réduits à recruter de plus en plus d’enfants, selon un récent rapport d’Amnesty International. L’ampleur de la crise alimentaire causée par la sécheresse, désormais qualifiée de famine dans certaines zones du pays par les Nations unies, a poussé des milliers de personnes à fuir le pays pour rejoindre l’Ethiopie ou le Kenya, rendant le recrutement plus difficile.
Attaques kamikazes
Ce retrait après des semaines d’affaiblissement est, certes, le signe d’une défaite sans précédent, mais celle-ci pourrait bien n’être que ponctuelle. Le risque à court terme est de voir une augmentation des attaques kamikazes, d’engins explosifs improvisés et de mines le long des routes. Mais surtout, rien ne dit que le gouvernement de transition somalien, corrompu et décrédibilisé auprès de la population, parviendra à saisir la chance qui lui est offerte.
L’armée somalienne, composée principalement de milices plus guidées par l’appât du gain et les fidélités claniques que par un réel sentiment patriotique, ne se distingue guère par sa discipline. Dernier exemple en date vendredi passé, le pillage de deux camions d’aide alimentaire par des soldats somaliens, juste avant une distribution à des familles affamées dans un quartier de la capitale. La fusillade qui s’est ensuivie avait fait cinq morts.
Et si la force africaine a démontré sa capacité à gagner du terrain sur le plan militaire, le principal obstacle à venir concerne la stratégie politique. La menace se situe paradoxalement moins chez les ennemis (shebab) que chez les alliés: le gouvernement de transition, empêtré dans des luttes intestines sans fin.
Enfin, cette retraite en l’espace de quelques heures rappelle celle des Tribunaux islamiques face à l’offensive militaire éthiopienne de décembre 2006. Quatre mois plus tard, une insurrection s’était recréée et passait à l’offensive. Deux ans après, les Ethiopiens quittaient le pays, montrant qu’en matière de guérilla urbaine, une force d’occupation étrangère finit toujours par échouer en Somalie.
Stéphanie Braquehais Nairobi
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