lundi 20 février 2012

Paix et stabilité au Mali: Un plan coupé-décalé

(Maliweb 20/02/2012) 
Les acteurs politiques, Dioncounda Traoré en tête, ont planté le premier jalon de leur plan de communication, élément d’un vaste projet censé sortir le pays de l’insécurité et de l’instabilité.

Jeudi dernier, la classe politique représentée à l’Assemblée nationale a dévoilé à la presse «son» plan d’action pour la paix et la stabilité censé sortir le Mali de la crise que traverse le nord de ce pays depuis le 17 janvier 2012.
Le Plan, en lui-même, ne parle pas de l’essentiel qui est de savoir si sa mise en œuvre peut permettre aux autorités d’organiser les prochaines élections présidentielles et législatives, seule chose qui intéresse vraiment la classe politique qui ne s’est engagée que pour examiner cette épineuse question. Or, ses concepteurs ne peuvent pas ne pas se rendre à l’évidence.
Doublement: le recours nécessaire exclusif aux armes pour pacifier et sécuriser le nord ; le refus extrémiste du MNLA de participer à toute négociation et à tout dialogue. Du reste, si la revendication véritable des bandits armés est d’imposer une République de l’Azawad, il ne peut, en effet, avoir aucun dialogue, les autorités étant intraitables sur le respect de l’intégrité territoriale.
En outre, il est impensable, malgré les nombreux appels et conseils dans ce sens, de voir les autorités sur la même table que des bandes criminelles qui, sans aucune légitimité politique ni populaire, au mépris de toutes les conventions internationales, dénuées de tout humanisme, ont arrêté, mutilé, torturé, assassiné et exécuté des dizaines de militaires désarmés, démunis ou affamés.
Il n’y a donc aucun objet de négociation, toute concession devenant automatiquement de la compromission.
Par ailleurs, l’armée, après avoir contenu les assauts du MNLA et circonscrit la menace au nord de Kidal, est en train de reprendre le contrôle de la situation en réoccupant ses positions stratégiques et tactiques dans les principales localités. Pour la troupe et la hiérarchie, il n’est plus question de renoncer à une victoire finale et totale. Qui nécessite une vaste offensive et à grande échelle. De vastes opérations qui ne favoriseraient pas, pendant leur déroulement et même immédiatement après, le maintien ou le retour des populations. Un retour nécessaire au processus électoral.
Et si le Plan ne parle pas des élections, de quoi parle-t-il au juste ?
Il propose en premier lieu d’exposer le projet à l’ensemble de la classe politique et d’organiser une conférence de presse, début d’un plan de communication interne et externe. C’est fait. Ensuite, le Plan prévoit une rencontre avec «les leaders religieux, les syndicats, les organisations de la société civile, les autorités coutumières de Bamako». Une rencontre pour rien car ne concernant aucun des acteurs directement impliqués sur le terrain. Rencontrer les chefs de toutes les institutions? Aucun d’eux ne peut grand-chose à part, peut-être, un seul qui a encore des attaches avec sa base. En revanche, on devrait lever l’immunité parlementaire de certains députés qui en savent plus que nécessaire pour d’innocents élus. Ils sont autant informés de ce qui se passe sur le terrain que certains responsables de structures gouvernementales qu’on accuse de recruter, avec les fonds publics, des combattants pour le compte du MNLA.
Concernant le moral de la troupe, la confiance existe au sein des forces armées et de sécurité. Les hommes ont juste besoin que la hiérarchie arrête son ballet d’ordres et de contre-ordres, d’hésitation et de louvoiement, et qu’elle leur donne à boire et à manger, des armes et des munitions, du matériel et de la logistique. Et qu’on les laisse faire tranquillement leur boulot.
Contacter les personnalités qui ont fui le pays pour se réfugier chez les voisins est certes nécessaire. Il faut qu’on sache pourquoi elles sont réellement parties, ce qu’elles se reprochent, pourquoi elles croient que la foule en furie leur en veut. Il est nécessaire qu’on sache pourquoi ces personnalités n’ont jamais haussé le ton pour désapprouver l’attaque du 17 janvier à Ménaka, pourquoi elles n’ont jamais levé la voix pour condamner les ignominies du 24 janvier à Aguel Hoc. Pourtant les assaillants du MNLA sont leurs frères, pères, oncles, cousins, fils, amis, etc.
A Kidal, Gao et Tombouctou, si les chefs traditionnels et les leaders d’opinion pouvaient (ou voulaient) quelque chose dans le sens de l’apaisement et de la stabilité, il n’y aurait jamais eu de massacre dont les conséquences sont de faire fuir les populations en masse. En réalité, les assassins du MNLA n’écoutent que leurs seuls chefs et commanditaires, leur propre haine de la paix, leur passion déraisonnée de l’insécurité.
Associations et collectifs pour le « foods for work »
A Bamako, les ressortissants du nord pullulent, mais ils ne sont ni leaders d’opinion ni représentants des populations du nord. Ils ont certes leurs associations et collectifs, mais en réalité, pas plus que le MNLA qui prétend agir au nom des communautés de l’Azawad, ces associations et collectifs n’ont aucune légitimité représentative. Sinon ils seraient à Kidal, Tombouctou et Gao pour parlementer et mobiliser au lieu de tenir des rencontres furtives dans des hôtels luxueux de la capitale, où ils planifient des opérations de quête à grande échelle pour glaner en espèces ou en « foods for work »
Les gouvernements, ambassadeurs et représentants des pays susceptibles d’apporter leur concours ne le veulent pas. Ils ont beaucoup trop d’intérêts dans l’instabilité et l’insécurité qu’ils entretiennent, certains avec le droit de poursuite qui leur permet de garder le contact avec les bandits armés, les terroristes, les marchands d’armement et autres narcotrafiquants, leurs associés. Et pourtant, il y a au moins un pays qui doit s’impliquer. Certains Français ont compris depuis peu qu’au lieu de lutter contre AQMI, ils ont contribué à armer et à équiper les alliés des salafistes.
Un Forum ? Inutile. Le dernier même était de beaucoup trop et n’a servi qu’au paiement de perdiems indûment perçus. Messieurs les politiques, sortez-nous un vrai plan et arrêtez de distraire le peuple.

Cheick Tandina
Le Prétoire

© Copyright Maliweb

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire