samedi 6 août 2011

Togo : Des semaines émouvantes et incertaines se profilent à l’horizon

(Afriscoop 06/08/2011)

(AfriSCOOP Analyse) — De l’affaire Kpatcha Gnassingbé à l’ouverture des audiences publiques de la Cvjr (Commission Vérité-Justice et Réconciliation) en passant par la prochaine audience de « l’affaire Eugène Améti », le peuple togolais pourrait percevoir un début de vérité sur un certain nombre de dossiers sensibles dans les prochains jours ou semaines. Mais, avec effets sur la réconciliation et la cohésion nationales ?
Avec la fin de l’instruction dans l’affaire Kpatcha Gnassingbé, plus rien ne devrait normalement s’opposer à la programmation de son audience de comparution. Même si de grandes interrogations demeurent autour de la levée de l’immunité parlementaire du député de la Kozah, Kpatcha Gnassingbé, ainsi que de la démonstration du « flagrant délit » des accusés par la justice togolaise. Les avocats des accusés ayant répété à maintes reprises que le dossier de leurs clients est « vide ».
Tôt ou tard, il va falloir, dans tous les cas, passer devant le juge ; conformément à la promesse d’avril 2009 de Faure Gnassingbé de laisser la justice locale faire la lumière autour de l’affaire mêlant son demi-frère. Dans « l’affaire Eugène Améti » dans laquelle le nom d’un autre Gnassingbé (Mey en l’occurrence) a été cité en 2009, il s’agira d’attendre la réponse claire que donneront les juges de la Cour d’assises face aux « exceptions soulevées par le conseil des accusés, et surtout leur déconstitution ». Mais, à n’en point douter, ce sont les audiences publiques de la Cvjr qui devraient davantage émouvoir et rappeler de mauvais souvenirs politiques aux Togolais dans les prochains jours…
De plain-pied dans la justice transitionnelle
A l’heure actuelle, au pays de Bella Bellow, la réconciliation demeure un vain mot, et non un comportement. Même si des milliers de Togolais (20.000) ont fait des dépositions auprès de la Cvjr en 2010, cette Commission est toujours loin de recueillir l’assentiment, l’adhésion, du moins dans sa composition, d’une grande majorité de Togolais !
Sur la question, les regards se tournent automatiquement vers Kissem Walla-Tchangaï, 1ère vice-présidente de cette Commission. Elle a la particularité d’avoir été la présidente de la Commission électorale qui a proclamé les résultats du scrutin présidentiel d’avril 2005. Résultats qui plongé tout le Togo dans un sens dessus-dessous macabre, et qui sont justement à la base de la mise en place de la Cvjr ; sur recommandation d’une Commission d’enquête onusienne conduite par Doudou Diène.
Dans un tel contexte de permanente suspicion, quelles réactions adopteront présumés bourreaux et victimes quand, publiquement, les uns et les autres rappelleront au présent de sordides pages politiques du Togo ? Par ailleurs, à cette phase critique de la justice transitionnelle appliquée par la Cvjr, quels comportements adopteront les forces togolaises de sécurité et de défense ? Elles qui sont pointées du doigt, même jusqu’à dans leur hiérarchie supérieure, dans divers rapports d’organisations des droits humains ? Elles qui se livrent à de nouvelles rafles injustifiées ces dernières semaines dans les quartiers de Lomé. Autre zone de turbulence, dans le contexte national, à la faveur de l’ouverture des audiences publiques de la Cjvr, c’est le froid de plus en plus perceptible au sein de la hiérarchie supérieure des Fat (Forces armées togolaises), depuis la mise aux arrêts du gal Assani Tidjani. « L’affaire Kpatcha Gnassingbé » avait déjà donné lieu à un grand bouleversement du sommet des Fat ; avec entre autres la mutation professionnelle qu’a connue le patron des blindés du Togo, Rock Gnassingbé ; un autre demi-frère du président Faure.
Le deux poids deux mesures dont a été accusée la justice togolaise dans « l’affaire Eugène Adoboli » ne devrait pas non plus contribuer à dissiper beaucoup d’inquiétudes. De quoi faire tourner la langue à plus d’un avant de dire ses quatre vérités au cours des audiences publiques annoncées. Sans s’en rendre compte, les Togolais entament une nouvelle page de leur douloureux processus démocratique… Avec pour l’instant un avenir en pointillés.

par Francis AMOUZOU, La Rédaction AfriSCOOP à Lomé ©
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