lundi 4 juillet 2011

Guinée - AFFAIRE DSK: Nafissatou ou la beauté du diable

(Le Pays 04/07/2011)

L’affaire DSK vient de prendre un nouveau virage. Le 1er juillet, le juge a levé la mesure de résidence surveillée imposée à l’ex-directeur du FMI, suite à une audience surprise au cours de laquelle le procureur a mis en doute la crédibilité des témoignages de la victime Nafissatou Diallo. L’image presque parfaite de Nafissatou s’effondre comme un château de cartes. Celle qui, par le hasard de la vie, s’est retrouvée au cœur d’un des plus grands scandales liés aux mœurs va-t-elle être le sauveur de DSK, malgré elle ? Elle aurait eu un échange téléphonique avec un détenu, écroué pour trafic de drogue, sur le bénéfice qu’elle pourrait tirer de cette affaire.
Des mouvements suspects sur son compte en banque laissent supposer que la victime ne serait pas aussi blanche que neige. Drogue, argent sale, sont des présomptions assez sérieuses dans un pays comme les Etats-Unis. Entre Conakry d’où elle est partie et son séjour américain, Nafissatou a pu se métamorphoser, loin du regard parental et de la famille. Les valeurs que tout le monde lui attribuait étaient vraisemblablement celles de son passé, en Guinée Conakry. Elles correspondaient plutôt à « Nafissatou, la guinéenne et non à Nafissatou, l’Américaine". La vertueuse a sans doute fait place à celle qui fricotte avec la pègre.
La justice américaine donnera certainement plus d’éclairage dans les semaines, voire les mois à venir. Deux destins se jouent, qui se sont croisés au travers d’un présumé viol. Celui de DSK a presque touché le fond. Nafissatou Diallo, quant à elle, voit sa situation se compliquer si des poursuites sont engagées à son encontre suite aux révélations du procureur. En fait, DSK profite ici d’un doute sérieux sur la moralité de Nafissatou Diallo. Cette guinéenne dont personne n’a encore vu le visage et qui était présentée comme un parangon de vertu et contre laquelle les reporters du New York Times, ceux-là mêmes qui ont publié les fuites qui fragilisent son témoignage aujourd’hui, n’avaient rien trouvé au cours de leurs investigations.
Ces informations compromettantes ont été opportunément distillées par le New York Times, aiguillonné par des informateurs proches du dossier. L’effet médiatique escompté est là, et le juge n’a surpris personne quand il a allégé les conditions de détention de l’ancien patron du FMI. Ces éléments déterminants qui ont fait vaciller l’accusation proviennent du bureau du procureur. On les aurait pris avec quelques réserves si ces faits avaient été révélés par les avocats de DSK. A dire vrai, cet épisode judiciaire traduit l’indépendance du parquet qui a fait une instruction à charge et à décharge. La justice américaine vient, une fois de plus, de montrer un de ses visages. Implacable au début de l’affaire contre un des hommes les plus puissants du monde, candidat virtuel à la présidence d’un grand pays comme la France, voilà que cette même justice a l’audace de se dédire. Mais l’important ici n’est-il pas le respect des droits de l’accusé qui devrait avant tout bénéficier du doute sur sa culpabilité ? C’est une leçon d’indépendance, quoi qu’il faille rester prudent. Le chef du bureau des crimes sexuels a démissionné 48 heures avant cette audience. L’on ne sait pas encore s’il y a un lien entre cette démission et les dernières évolutions du dossier DSK. C’est ce bureau qui a dirigé les premières enquêtes.
Ce retournement de situation fragilise certes l’accusation mais n’innocente pas pour autant DSK. Ce dernier marque un point, mais la victoire n’est pas encore certaine. Il faudra attendre le 18 juillet prochain pour le début du jugement de l’affaire au fond. Toutefois, à observer la rage avec laquelle l’avocat de Nafissatou énumère les détails qui accablent DSK, comme s’il voulait encore convaincre le juge dont il ne partage pas la décision, on comprend qu’il s’est passé quelque chose. Mais quoi ? Ces éléments qui ont conduit à la libération sur parole de DSK ne seraient pas aussi nouveaux que le laisse entendre l’avocat de Diallo. S’il dit vrai, pourquoi est- ce maintenant que l’on les brandit ?
Pour l’avocat de la victime, Kenneth Thompson, le fond de l’affaire reste intact. Mais, il faut reconnaître que les données ont changé. La preuve : ce sourire retrouvé de DSK au bras de sa femme, Anne Saint-Clair, son principal soutien dans ces moments difficiles. Une sorte de Pénéloppe, toujours digne comme la femme de César. Des vertus qui jurent avec les travers supposés ou réels de Nafissatou, dont la beauté morale s’apparente à celle du diable. Un couple qui est resté uni, en apparence, face à cette tempête médiatique. Il y a comme une lueur d’espoir, ténue certes, mais à laquelle DSK va s’accrocher de toutes ses forces, car c’est l’unique voie pour échapper aux geôles américaines.
Pour Nafissatou Diallo, c’est une seconde épreuve qu’elle doit affronter après celle du viol dont elle accuse DSK. Sa moralité et sa réputation ont pris un sacré coup. Elle devra désormais se défendre à visage découvert, son avocat en a d’ailleurs donné le ton en dévoilant avec force détails les preuves qui accablent DSK. En France en tout cas, le parti socialiste dont il était le favori pour la prochaine présidentielle, croise déjà les doigts et se met à rêver d’un probable retour de son candidat favori. Une relaxe pourrait modifier les plans des partis en compétition. Mais l’expérience de la justice américaine commande à tous d’être prudents, très prudents.

Abdoulaye TAO
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