mercredi 4 février 2015

RDC : Bukavu pour dénoncer l'"acharnement" du pouvoir

Un millier de personnes ont manifesté mardi à Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo contre l'"acharnement" dont fait preuve selon eux le pouvoir vis-à-vis de Vital Kamerhe, l'un des opposants les plus virulents du président Joseph Kabila, a constaté un journaliste de l'AFP. "Non à une parodie de justice contre Vital Kamerhe, vive les martyrs de la loi électorale, non à l'acharnement contre Vital Kamerhe", pouvait-on lire sur les calicots des manifestants. Président de l'Union pour la Nation congolaise (UNC), troisième parti de l'opposition par le nombre de ses élus à l'Assemblée nationale, M. Kamerhe a été l'un des principaux organisateurs de la contestation contre le projet de révision de la loi électorale à l'origine de violences meurtrières dans le pays du 19 au 22 janvier. Le 28 janvier, la Cour suprême de justice congolaise a décidé de le juger pour une affaire de diffamation vieille de plus de trois ans. L'UNC affirme que le litige a été réglé à l'amiable il y a longtemps, et dénonce "un acharnement aux allures politiciennes" destiné à empêcher M. Kamerhe de se présenter à la prochaine présidentielle en obtenant sa condamnation. A l'occasion de son examen au Parlement, le projet de révision de la loi électorale présenté par le gouvernement a entraîné des troubles à Kinshasa et dans plusieurs villes de provinces au cours desquels 13 à 42 personnes, selon les sources, ont été tuées. Pour les détracteurs de ce texte, le projet n'avait d'autre but que de permettre à M. Kabila, de se maintenir à la tête de l’État au-delà de ce que permet la Constitution en rendant possible un report de la présidentielle de 2016. Bien qu'amputée de sa disposition la plus contestée, la nouvelle loi adoptée le 25 janvier ne semble en mesure d'apaiser aucune des craintes exprimées par les opposants au projet. M. Kabila est au pouvoir depuis 2001. La Constitution lui interdit de briguer un nouveau mandat fin 2016. Autorisée par la mairie et encadrée par la police, la manifestation de l'UNC à Bukavu, fief de M. Kamerhe, s'est déroulée sans encombre, selon le journaliste de l'AFP. Ancien président de l'Assemblée nationale, M. Kamerhe a été le directeur de campagne de M. Kabila pour la présidentielle de 2006. Entré en dissidence en 2010, il est arrivé troisième (avec moins de 8% des voix) à la présidentielle de 2011, marquée par des irrégularités massives. Mentionnant le cas de M. Kamerhe et celui de deux autres opposants et d'un militant associatif récemment rattrapés par des juges, six organisations de défense des droits de l'Homme rassemblées autour de l'Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) dénoncent dans un communiqué publié mardi "l'instrumentalisation de la justice à des fins politiques" "Depuis un certain temps, écrivent-elles, nos organisations constatent avec beaucoup d’amertume que le pouvoir de Kinshasa utilise la justice congolaise [...] pour matraquer sérieusement les opposants et les défenseurs des droits de l’Homme". Face à des accusations similaires, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende dénonçait il y a quelques jours une "stratégie de discréditer", "toujours la même", et reprochait aux opposants de rechercher une "République des privilèges" où ils ne seraient jamais mis en cause.

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