lundi 16 août 2010

TOGO: Retour aux années de plomb

(Togosite 16/08/2010)
« L'étreinte de cette main de meurtrier la remplit d'une terreur qui lui fit claquer des dents » (Julien Green, Léviathan)
Les événements de ces derniers jours sont la preuve que la démocratie est en danger au Togo. Les multiples sacrifices faits par le peuple togolais depuis le 5 octobre – date de la révolution à la togolaise – jusqu’à ce jour, risquent d’être vains si rien n’est fait. Le pouvoir de Faure Gnassingbé, acquis dans des conditions contestables, procède aujourd’hui par la terreur pour imposer sa « dictature rampante », comme l’avait si bien dit Me Djovi Gally, l’inégalable girouette de la politique togolaise, quand il était avocat de Kpatcha Gnassingbé.
En 2005, la communauté internationale, à l’exception des présidents Jacques Chirac, Olusegun Obasanjo et Mamadou Tandja coincé aujourd’hui pour sa gloutonnerie politique, avait été unanime à reconnaître que le « fils de la nation » avait été mal élu. Le scrutin était marqué par des fraudes massives et une violence inouïe. Entre 400 et 500 morts selon la mission d’établissement des faits des Nations Unies et 1000 morts d’après la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH). A l’époque, il avait fait le profil bas et engagé des discussions politiques avec son opposition, des discussions qui lui avaient permis de donner le vernis de la légitimité à son pouvoir mal acquis. Et comme le 4 mars dernier, il n’y avait pas eu des morts, comme les urnes n’avaient pas été enlevées par les forces de l’ordre, la communauté internationale s’est empressée de reconnaître la victoire de Faure Gnassingbé en dépit des fraudes avérées. L’Union européenne qui avait mis plusieurs milliards de FCFA dans l’organisation du scrutin et qui, visiblement fatiguée du dossier togolais, a privilégié le calme qui avait prévalu lors de l’élection, aux conditions de transparence. De même, le facilitateur burkinabé Blaise Compaoré qui aurait dû se prononcer en dernier ressort, avait envoyé un message de félicitation à son « frère et ami » avant la publication des résultats provisoires par la CENI. Tout avait l’air d’un complot contre le peuple togolais.
Auréolé de ce satisfecit de la communauté internationale, Faure Gnassingbé est fier comme Artaban et a commencé à pousser des ailes. Il croit avoir la totale légitimité dont il avait cruellement souffert au cours de son premier quinquennat. Maintenant, il s’emploie à narguer les Togolais et installe son système basé sur le non droit et la répression. C’est lui-même qui choisit désormais son opposition, une opposition taillable et malléable à merci. C’est ce qu’il vient de faire en s’immisçant dans la crise interne qui mine l’UFC. Faure Gnassingbé et ses hommes à tout faire ont pris fait et cause pour le très désaxé Gilchrist Olympio. Aujourd’hui, ce sont les mêmes forces de l’ordre qui veillent sur toutes les parties du corps du cerbère des AGO, qui pourchassent à coup de grenades lacrymogènes Jean-Pierre Fabre et les autres dans les ruelles de Lomé.
En même temps, la situation des droits de l’Homme se dégrade de jour en jour. Lors du congrès de l’UFC réprimé par la soldatesque, beaucoup d’innocents ont été arrêtés et déférés à la prison. Ce jour-là, il suffisait de porter un T-shirt à l’effigie de l’UFC ou par accident un habit jaune pour se voir accuser de « trouble à l’ordre public ». De plus, les enlèvements des citoyens sont devenus fréquents et c’est la peur dans toutes les familles. A bord des véhicules banalisés et souvent en tenue civile, les barbouzes opèrent en toute tranquillité.
Il n’y a plus rien à dire. C’est le retour aux années de plomb avec la complicité de la communauté internationale, notamment l’Union européenne, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis. La dictature s’installe, le parti unique revient.

Zeus AZIADOUVO
LIBERTE HEBDO TOGO
Écrit par La redaction
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