(Mutations 09/08/2010)
Les obsèques du président de Free Media Group ont brutalement pris fin samedi dans son village natal.
La cérémonie jusque-là, méditative, court vers son ultime articulation. Survient alors le dernier incident du séjour terrestre de Pius Njawe. Alors que le premier adjoint d’arrondissement de Bandja, (département du Haut-Nkam dans la région de l'Ouest qui coiffe le regroupement Babouantou) achève la lecture du message de condoléances du chef de l’Etat, le maître des cérémonies, Jean Vincent Tchinehom, annonce l’oraison funèbre de Célestin Monga. Le célèbre banquier, vivant aux Etats-Unis, prend place sur la scène. A peine a-t-il tiré de sa chemise le texte préparé à cet effet pour le poser sur le pupitre que, le gouverneur de l’Ouest, Dieudonné Ivaha Diboua, assis aux premières loges, bondit sur l’estrade pour protéger, gentiment mais fermement le micro.
Le public dresse les oreilles. Réaction énergique de quelques membres de la famille et de l’entourage de Célestin Monga.
«Il va parler. Fait quoi, fait quoi, il va parler!». Mais le gouverneur de la région de l’Ouest reste inflexible sur sa position: «Ce qu’il a à dire, il va le faire sur la tombe de Pius Njawé», tranche le gouverneur. Les flashes crépitent sur ces acteurs pour le moins insolites. En guise de sortie honorable, le protocole annonce une conférence de presse de Célestin Monga, à la fin des obsèques. Un rendez-vous qui ne sera pas tenu. Sans aucune explication. Les esprits s’échauffent. Célestin Monga reste devant le pupitre sans mot dire. L’assistance pétrifiée devise sur l’incident et ce qui pourrait être la sortie de scène de Pius Njawe.
Des minutes s’égrainent, la foule enfle autour de Célestin Monga. Les officiels quittent le site des obsèques. Le reste de l’assistance aussi. Finalement dans la confusion totale, le public venu nombreux aux obsèques de Njawé, se disperse, interrogateur sur le sort à réserver à la dépouille restée sur place. Alors que certaines personnalités s’engouffrent dans leurs véhicules, non loin de là, des notables portent le cercueil de Miaffeu Kwekam, (nom de baptême du notable Pius Njawé), voilé par le «ndidoh» (le pagne traditionnel bamileké) pour un enterrement «dans la stricte intimité familiale». Il était 13h40’. Un concert de cris et pleurs s’élève dans le ciel. Une intense émotion que bénit au même moment une averse qui arrose le coin.
Prise de parole
Mais avant cette étape, l’on aura assisté au service œcuménique suivi de la prise de parole publique constituée de 25 interventions. Ce sont les représentants des parents paternels et maternels du défunt qui inaugurent la série des témoignages. Frédéric Boungou, le rédacteur en chef du quotidien Le Messager, dans un témoignage lourd d’émotion, a rappelé «le grand vide que laisse le président de Free Media Group». Sévérin Tchounkeu, le président du groupe La Nouvelle Expression, qui parlait au nom des directeurs de publication a impressionné l’assistance avec un discours déclamé comme un poète. Le passage de Berthe Njoya, représentant les ressortissants Babouantou des Etats-Unis va faire des gorges-chaudes. Pleurant son «brother Pius», la dame venue de Washington va révéler que Njawé a tellement aimé ses frères des Etats-Unis, qu’il est allé mourir entre leurs mains. Suffisant pour que le public qui semblait fatigué se réveille.
Sur le genre de mort, le chef supérieur Babouantou, Pierre Kalleu Mongue va trancher le débat: «Pour nous, notre fils est mort de suite d’un accident de circulation. On s’en tient à cette thèse», lance-t-il avant d’ajouter: «D’ailleurs, de son vivant, Maffeu Kwekam, me disait que s’il venait à mourir, son plus grand souhait est que ses obsèques se déroulent de manière sereine». Tous les orateurs qui se succèdent à l’estrade vont s’en tenir à cette position du chef Babouantou. Mais pas le député Sdf du Wouri Est à Douala, Jean Michel Nintcheu. Son propos sans relief va glacer toute l’assistance. Accusateur, il est sans détour: «La récurrence des menaces de mort que tu as subies de manière intense quelques jours avant ton départ, renforce ma conviction que ta mort n’est pas un banal accident de circulation.
Personne ne me fera croire que tu as quitté le Cameroun pour aller mourir sur une autoroute à huit voies en Virginie. Ta mort porte la signature des forces obscures du régime criminel de Yaoundé. Ton assassinat est manifestement un ballon d’essai lancé par un régime aux abois», lance le député Sdf. Si certains ont acclamé le député Sdf, beaucoup ont reçu, comme une douche froide, ce discours brutal.
Devant cette animosité du précédent orateur vis-à-vis, du «régime criminel de Yaoundé», le propos du représentant du ministre de la Communication et inspecteur général dudit département, Albert Mbida, était très attendu. Albert Mbida parlera de manière très personnelle, du Njawe qu’il a connu. Du journaliste, du contradicteur et de l’autodidacte devenu intellectuel. A travers des anecdotes au terme desquelles, il va littéralement arracher un tonnerre d’applaudissements de l’assistance. Un parterre composé de personnalités politiques de tous bords: Jean Jacques Ekindi du Mouvement progressiste (Mp), Mahamat Souleymane de l’Alliance des forces progressistes (Afp), Anicet Ekane du Manidem, Josua Osih du Sdf, Adamou Ndam Njoya de l’Udc, Dakolé Daïssala du Mdr, etc.
On note aussi la présence très remarquée des patrons d’entreprises telles que André Siaka à la tête d’une forte délégation des Brasseries du Cameroun, Jean Claude Ottou (directeur général adjoint de Mtn), Noucti chokwango, patron du groupe Batoula, etc. Parmi les autorités publiques, on cite le gouverneur de l’Ouest, ancien préfet du Haut-Nkam, Dieudonné Ivaha Diboua, que certains présentent comme «l’ami de Njawé», Maurice Kamto, ministre délégué auprès du ministre de la Justice, le haut commissaire de Grande Bretagne, Bharat Suresh Joshi.
Eric Roland kongou et Blaise Djouokep, à Babouantou
© Copyright Mutations

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire