(L'Express 15/12/2010)
La Cour pénale internationale (CPI) a dévoilé mercredi le nom de six hauts responsables kényans, dont trois ministres de l'actuel gouvernement et un ancien chef de la police, qu'elle soupçonne d'être mêlés aux violences post-électorales de 2008.
Cette annonce, qui était attendue, risque de déstabiliser la fragile coalition au pouvoir à Nairobi formée par le président Mwai Kibaki et le Premier ministre, Raila Odinga.
Elle vise plus généralement à dissuader ceux qui seraient tentés de se livrer à de nouvelles violences lors des prochaines élections de 2012 en leur montrant que de tels actes ne resteraient pas impunis.
Le procureur général de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a ouvert en mars une enquête sur ces violences à caractère politico-ethnique qui ont fait 1.200 morts et plus de 350.000 déplacés, notamment dans la vallée du Rift.
Il a demandé des poursuites contre le ministre de l'Education supérieure, William Ruto, actuellement suspendu de ses fonctions, son collègue des Finances, Uhuru Kenyatta, et le ministre de l'Industrialisation, Henry Kiprono Kosgey, ainsi que contre l'ancien chef de la police Hussein Ali, pour meurtre, expulsion et actes de persécution.
Luis Moreno-Ocampo demande également des poursuites contre le secrétaire général du gouvernement, Francis Muthaura, et un directeur de radio, Joshua arap Sang.
Il souhaite que les suspects se présentent volontairement devant la cour, faute de quoi des mandats d'arrestation seront demandés. A Nairobi, quatre des six suspects ont fait savoir qu'ils se présenteraient de leur plein gré devant la CPI et coopéreraient avec les enquêteurs.
"RESPONSABLES DE PREMIER PLAN"
"J'ai la conscience tranquille, je l'avais avant et je l'ai toujours. Je n'ai commis aucun délit", a ainsi déclaré le ministre des Finances dans un communiqué.
Le procureur de la CPI a pris soin de préciser qu'il n'existait aucune preuve incriminant le président Kibaki, ou son Premier ministre.
"Nous nous en sommes tenus strictement aux preuves et nous ne prenons en ligne de compte aucune responsabilité d'ordre politique (...) les débats politiques ne sont pas de mon ressort", a-t-il précisé à la presse.
Mwai Kibaki a indiqué mercredi qu'il était improbable que son gouvernement agisse à ce stade contre les six personnes mises en cause par la juridiction internationale.
Le chef de l'Etat a également réaffirmé son intention de créer une juridiction locale pour juger les suspects impliqués dans des actes de violence au Kenya.
D'après le procureur de la CPI, William Ruto et Henry Kosgey, membre du Mouvement démocratique orange (ODM), ont commencé à ourdir au début décembre 2008 "un plan criminel" visant à attaquer des partisans du Parti rival de l'unité nationale (PNU), notamment dans le Rift.
"Ils ont commencé à incendier des maisons, à tuer des gens et à déplacer de force des populations. Réagissant à ces attaques, des membres du gouvernement ont également commis des crimes", selon la version de Luis Moreno-Ocampo.
Le procureur reproche ainsi à Francis Muthaura d'avoir autorisé la police à faire un usage excessif de la force contre des civils, ce qui a abouti à des tirs et à des morts.
L'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW, basée à New York) a salué l'initiative de la CPI.
"Il s'agit de responsables de premier plan, estime Elizabeth Evenson. Il est très significatif que les charges soient lancées à ce niveau-là de responsabilité et cela témoigne des efforts déployés par le procureur pour mettre les points sur les i au Kenya et pointer les responsabilités à l'échelon local".
Par Reuters, publié le 15/12/2010 à 16:46
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