jeudi 16 décembre 2010

Côte d'Ivoire. Un baril de poudre tout près de l'explosion [Analyse]

(Le Télégramme 16/12/2010)
Le face-à-face entre les partisans de Laurent Gbagbo et ceux d'Alassane Ouattara pourrait atteindre son point de non-retour aujourd'hui ou demain.
La situation en Côte d'Ivoire est extrêmement menaçante. La double légitimité des deux présidents est désormais ouvertement mise en avant par chacun d'entre eux pour exercer le pouvoir, qu'il s'agisse de le prendre ou de le conserver. Selon le vieux principe du «ça passe ou ça casse», Alassane Ouattara, que les urnes ont désigné, prétend jeter, aujourd'hui et demain, ses partisans dans la rue pour prendre d'assaut le siège du gouvernement, après avoir investi la télévision nationale.
La propagande, arme essentielle de Gbagbo
Ce dernier lieu est tout sauf symbolique: dans la guerre de la propagande, c'est même l'arme essentielle de Laurent Gbagbo, qui en use et en abuse pour diffuser, dans l'ensemble du pays, ses messages et ses anathèmes contre son adversaire, qui a, pour sa part, totalement disparu du petit écran. Et comme les radios étrangères ont été coupées... Le chaos intégral et la guerre civile deviennent des hypothèses plausibles. Sauf que si elle est possible, la guerre civile n'est pas inéluctable.
Les «corps habillés» sans état d'âme
Charles Blé Goudé, qui avait conduit les manifestations anti-françaises de2003et2004 à Abidjan avec ses «Jeunes patriotes» pour le compte de Laurent Gbagbo et de sa clique, dit aujourd'hui ne pas se trouverdans une logique belliqueuse». Les Ivoiriens verront bien ce qu'il en est. Pour l'heure, les«corps habillés», comme on appelle en Côte d'Ivoire l'armée, la gendarmerie et la police, demeurent aux ordres du président sortant, et s'il le leur demande, ils feront le coup de feu sans état d'âme contre les partisans de Ouattara. Qui paraît, de son côté, très décidé à pousser son avantage, coûte que coûte. Son seul avantage n'est autre que l'appui de la communauté internationale. Cela pèse beaucoup à l'étranger, mais rien du tout à Abidjan, baril de poudre tout près de l'explosion.

Jean Guisnel;
16 décembre 2010
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