mardi 14 décembre 2010

Côte d'Ivoire - Le camp Ouattara veut prendre le pouvoir, l'UE décide de sanctions contre Gbagbo

(Le Nouvel Observateur 14/12/2010)
ABIDJAN/BRUXELLES — Un accroissement des tensions est à craindre en Côte d'Ivoire, où Alassane Ouattara a annoncé lundi qu'il marcherait en compagnie de ses partisans sur les bâtiments publics et la télévision d'Etat jeudi pour tenter d'en prendre le contrôle. De son côté, l'Union européenne a décidé d'adopter "sans délai" des sanctions contre le président sortant Laurent Gbagbo et ceux qui s'opposent à une transition pacifique du pouvoir.
La victoire d'Alassane Ouattara au second tour de la présidentielle a été reconnue par la communauté internationale mais Laurent Gbagbo a rejeté les appels des Etats-Unis, de l'UE, de la France, et de l'Union européenne à démissionner. Tous deux ont prêté serment et formé des gouvernements la semaine dernière.
Après avoir mis en place son administration dans un hôtel d'Abidjan, Alassane Ouattara a fait monter les enjeux en déclarant que ses partisans et lui-même marcheraient jeudi sur les bâtiments publics et la télévision d'Etat pour tenter d'en prendre le contrôle.
Guillaume Soro, le Premier ministre d'Alassane Ouattara, a déclaré que son camp irait jeudi au siège de la télévision pour y installer son nouveau patron de chaîne.
Chef du gouvernement sous la présidence de Gbagbo, Guillaume Soro a depuis démissionné en signe de protestation. Il a également souligné qu'un Conseil des ministres se tiendrait vendredi dans les bureaux du Premier ministre.
Tant le siège de la télévision que les bâtiments publics sont actuellement occupés par des responsables fidèles à Laurent Gbagbo, et étroitement gardés par les forces du président sortant. Guillaume Soro n'a pas dit ce que feraient les partisans d'Alassane Ouattara en cas de résistance, ni si le mouvement des Forces nouvelles, qui soutient Ouattara, y prendrait part.
"Il n'y a rien à négocier", a lancé Guillaume Soro, alors qu'on lui demandait s'il avait informé Laurent Gbagbo de ses intentions.
L'annonce pourrait accroître les tensions dans le pays d'Afrique occidentale, où les forces de sécurité ont tué au moins 20 personnes depuis le second tour du 28 novembre, selon un rapport d'Amnesty International, alors que le camp d'Alassane Ouattara fait état d'un bilan de 63 morts.
Lundi, des partisans de Ouattara ont tiré en l'air à Abidjan à l'approche de soldats fidèles à Gbagbo.
De leur côté, les Vingt-Sept ont décidé de geler les avoirs et d'imposer une interdiction de visa à quiconque bloque l'accession d'Alassane Ouattara à la présidence ivoirienne.
L'UE a "décidé d'adopter sans délai des mesures restrictives ciblées contre ceux qui font obstruction au processus de paix et de réconciliation nationale", ont déclaré les ministres des Affaires étrangères de l'UE dans un communiqué. "Ces mesures comprendront une interdiction de visa et un gel des avoirs" pour tous ceux qui s'opposent à la transition, a précisé le communiqué.
L'effet le plus immédiat des sanctions serait le retrait d'une aide au développement de l'UE d'un montant de 255 millions d'euros. AP

(AP)
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