(Le Pays 10/03/2011)
Du 9 au 15 janvier dernier, avec abnégation, enthousiasme et allégresse, les Sud-Soudanais ont voté pour le "oui" à l’indépendance de leur pays. Le score à la soviétique (98,83%) qui en est sorti prouve à suffisance tout l’attachement du peuple de cette partie soudanaise à son autodétermination.
Mais à peine deux mois après que les Sudistes ont exprimé leur volonté de s’auto-administrer et attendaient juillet prochain pour que la messe soit définitivement dite, survient une milice déstabilisatrice de cette épiphanie. En effet, le 7 mars dernier, l’Etat du Haut Nil a été le théâtre d’affrontements entre l’Armée populaire de libération du Soudan et un groupe de rebelles.
Et, le chef de ces milices, Unoly, est loin d’être un inconnu des théâtres d’opérations de la longue et pénible guerre civile qui a opposé le Nord et le Sud de ce vaste pays africain. Cela d’autant plus que, sous les ordres de Karthoum, il avait semé la terreur et la désolation au sein des populations sudistes.
Ainsi, que sa rébellion rebelote, cela est suspect et suscite des interrogations. Pour qui et pour quoi agit-elle ? Faut-il y voir la main manipulatrice de Karthoum ? En d’autres termes, à qui profite la déstabilisation du jeune Etat naissant ? L’absence de toute déclaration officielle du côté de Karthoum laisse croire que Unoly agit au compte du numéro un soudanais. Certes, la supposition est incivile comme dit l’autre, mais si cette thèse se confirme, El Béchir aura commis un péché de très haute gravité. Si plus d’un avait salué sa décision d’accompagner le Sud-Soudan dans son processus d’autodétermination -fût-ce du bout des lèvres et en désespoir de cause- ce regain de violence (s’il était à son compte) serait révélateur de la duplicité de El Béchir. Toute chose qui conforterait leur conviction, ceux qui pensent qu’il tend la main aux Sudistes avec un couteau caché dans le dos. En tout cas, jusqu’à ce que le maître de Karthoum prouve que Unoly, jusqu’ici considéré comme son bras droit, agit de son propre chef, il en demeure le suspect sérieux. Certes, en politique comme en amour et dans tout autre domaine, la rupture ne se fait pas sans laisser souvent des soubresauts ; surtout lorsque l’on a affaire à deux parties dont l’une dépend fortement de l’autre comme c’est le cas entre le sud et le nord du Soudan. Mais les Soudanais, qu’ils soient pro ou anti-indépendance, après le référendum de janvier dernier, doivent se rendre à l’évidence qu’ils sont devant un fait plus que jamais accompli. En vérité, le vin est tiré, ils doivent impérativement le boire. Ainsi en ont décidé les Sudistes qui ont longtemps courbé l’échine et été victimes d’exclusions de tous genres et de toutes sortes. Reste à espérer que cet affrontement soit le dernier soubresaut d’une séparation difficile mais irréversible.
Boulkindi COULDIATI
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