(La Voix du Nord 08/12/2010)
Les États-Unis ont appelé le président sortant Gbagbo à «entamer la transition pacifique» du pouvoir. Mais rien n'y fait. Deux présidents, deux Premiers ministres et maintenant deux gouvernements. Le chaos politique règne en Côte d'Ivoire. ...
Et il fait souffler un vent mauvais sur l'économie d'un pays considéré comme la locomotive de l'Afrique de l'Ouest francophone, en raison des menaces de sanctions, de coupes claires dans l'aide internationale, ou d'un gel des investissements privés Laurent Gbagbo, proclamé président de la Côte d'Ivoire comme son rival Alassane Ouattara, a donc présenté son gouvernement dirigé par le Premier ministre Gilbert Marie N'gbo Aké. Il compte une trentaine de ministres. L'un des faits les plus marquants est la nomination de Charles Blé Goudé comme ministre de la Jeunesse, de la Formation professionnelle et de l'Emploi. Blé Goudé est le chef des « patriotes » pro-Gbagbo et a été le fer de lance de manifestations antifrançaises aux heures les plus chaudes de la crise née du coup d'État manqué de 2002.
Devant les journalistes, Laurent Gbagbo a comparé la situation en Côte d'Ivoire à la présidentielle contestée de 2000 aux États-Unis.
« Lorsque l'affaire est allée devant la Cour suprême et que celle-ci a déclaré (George W.) Bush vainqueur, je ne pense pas que les Nations unies aient fait une déclaration contre Bush. » Les Nations unies, justement, ont rappelé leur personnel non essentiel ; le FMI exclut de travailler avec un gouvernement non reconnu par l'ONU ; et l'UE a brandi la menace de « sanctions » avant de temporiser quelque peu hier. L'aide au développement programmée par l'UE sur plusieurs années s'élève à 254,7 millions d'euros.
Dans ce contexte, la position de la France sera regardée avec d'autant plus d'intérêt qu'elle entretient toujours des liens privilégiés avec son ancienne colonie. Elle en est le premier partenaire économique et le deuxième partenaire commercial, derrière le Nigeria.
Quelque 600 entreprises françaises et 15 000 Français vivent en Côte d'Ivoire, pays qui possède d'importantes réserves pétrolières et totalise 40 % des exportations mondiales de cacao.
Gbagbo est "un dictateur" et doit partir, déclare Soro
Le président sortant de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, est "un dictateur" et la communauté internationale doit le faire partir, estime Guillaume Soro, Premier ministre d'Alassane Ouattara, l'autre président proclamé du pays, dans une interview mercredi au journal français Le Parisien.
"Gbagbo est non seulement un tricheur, mais un dictateur. Quiconque n'accepte pas le jeu démocratique, le verdict du peuple et le résultat des élections est un dictateur", déclare M. Soro, qui a réuni lundi à Abidjan son gouvernement alors que M. Gbagbo a formé mardi sa propre équipe.
"J'espère pourvoir compter sur la capacité de tous les défenseurs de la démocratie, des Africains comme de la communauté internationale, pour imposer à Gbagbo de céder le pouvoir comme hier les Etats-Unis l'ont fait avec Charles Taylor au Liberia", ajoute M. Soro, qui était Premier ministre du président sortant depuis 2007.
Laurent Gbagbo a formé mardi un gouvernement de combat pour mettre en échec son rival Alassane Ouattara, l'autre président proclamé de la Côte d'Ivoire, ignorant la communauté internationale qui le pousse vers la sortie, à l'image de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).
"Gbagbo a bien compris que la communauté internationale a toujours été hésitante et vacillante face à l'application de ses résolutions", juge encore M. Soro, chef de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) qui tient le nord du pays depuis 2002.
"Nous ne voulons pas la partition. C'est pourquoi nous appelons la communauté internationale, tout comme les Africains et les Ivoiriens à rétablir la démocratie en Côte d'Ivoire en installant M. Ouattara au pouvoir", insiste-t-il, jugeant qu'il y a des "risques réels" d'embrasement du pays.
Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara revendiquent tous deux la victoire à la présidentielle du 28 novembre. M. Ouattara a été donné vainqueur par la Commission électorale indépendante (CEI) avec 54,1% des suffrages, avant que le Conseil constitutionnel, acquis à M. Gbagbo, n'invalide ces résultats et le proclame président avec 51,45%.
mercredi 08.12.2010 - La Voix du Nord
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