lundi 20 décembre 2010

Côte d'Ivoire - L'ONU dénonce des exactions "massives" / Les violences ont fait plus de 50 morts

(Le Parisien 20/12/2010)
Alors que les bilans officiels font état de 11 à 30 morts depuis jeudi dans des violences entre les partisans de Laurent Gbagbo et d'Alassane Ouattara, qui se disputent le pouvoir en Côte d'Ivoire, l'ONU évoque de son côté plus de 50 personnes tuées et 200 blessées.
Dans un communiqué publié dimanche, la Haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, s'inquiète aussi de «violations massives des droits de l'homme», dont des enlèvements.
«L'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) a reçu, de la part de centaines de victimes et de membres de leurs familles, des informations faisant état d'enlèvements de personnes dans leurs maisons, particulièrement la nuit, par des individus armés non identifiés en tenue militaire, accompagnés d'éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) ou de milices», explique la responsable onusienne. Selon ces témoignages, «les personnes enlevées sont emmenées de force dans des endroits de détentions illégaux où elles sont gardées au secret et sans instruction. D'autres ont été retrouvées mortes dans des circonstances suspectes».
Le ton monte entre l'ONU et le camp Gbagbo
Plus tôt ce dimanche, le ton était monté d'un cran entre Laurent Gbagbo et l'ONU qui a refusé de céder aux exigences du président autoproclamé. Gbagbo avait réclamé samedi le départ «immédiat» des 10 000 Casques bleus et des 900 hommes de la forçe française Licorne, actuellement postés en Côte d'Ivoire.
Ban Ki-moon, secrétaire-général de l'ONU, qui considère Alassane Ouattara comme le président ivoirien élu, a opposé une fin de non-recevoir à cette exigence. Les Casques bleus vont «poursuivre» leurs patrouilles mais «nous ne voulons pas de confrontation» avec les forces armées loyales à M. Gbagbo, a indiqué Hamadoun Touré, porte-parole de l'Onuci, précisant que les militaires évitaient les «zones sensibles» telles que le quartier de la présidence. Mais les Nations unies se disent «préparées à tout».
Les Etats-Unis ordonnent le départ d'employés de l'ambassade
En plus des Forces de défense et de sécurité (FDS), le président peut compter sur le soutien indéfectible des «jeunes patriotes» de son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, fer de lance de violentes manifestations anti-françaises en 2003 et 2004.
Face au risque accru de violences, les Etats-Unis ont ordonné dimanche aux employés non-essentiels de leur ambassade en Côte d'Ivoire et à leurs familles de quitter le pays. Le Royaume-Uni a pour sa part recommandé à ses ressortissants de quitter le pays.
La France appelle Gbagbo de retenir ses troupes
La France a pour sa part demandé à Laurent Gbagbo de retenir ses troupes. «Il faut qu'il retiennent ses troupes», a lancé la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, invitée de l'émission «Internationales» (Tv5Monde, RFI et Le Monde). Selon elle, la demande du président sortant d'un départ des troupes françaises n'a «aucun sens».
«Il lui revient dans les heures qui viennent de faire un choix : est-ce qu'il va être quelqu'un qui restera dans l'Histoire comme un démocrate (...) ou est-ce quelqu'un qui va laisser l'image de celui qui aura fait tiré sur des Ivoiriens?»,a-t-elle conclut, en référence à l'ultimatum lancé vendredi par Nicolas Sarkozy.
A Genève, la Haut commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Navi Pillay, a affirmé que les violences ont fait "ces trois derniers jours plus de 50 morts et plus de 200 blessés".
Jusqu'à présent, les bilans sur place faisaient état de 11 à une trentaine de morts depuis jeudi dans des violences entre partisans de Laurent Gbagbo et d'Alassane Ouattara, qui se disputent la présidence depuis le scrutin du 28 novembre. Le gouvernement Ouattara a parlé dimanche de "45 morts" depuis jeudi.
La responsable onusienne s'est inquiétée de "violations massives des droits de l'Homme", évoquant notamment des enlèvements dont ont fait état des "centaines de victimes et membres de leurs familles".
Selon elle, ces enlèvements seraient commis "particulièrement la nuit, par des individus armés non identifiés en tenue militaire, accompagnés d?éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) ou de milices". Les FDS sont le pilier sécuritaire du régime Gbagbo.
La Côte d'Ivoire est sous couvre-feu nocturne depuis la veille de la présidentielle du 28 novembre.
Les Nations unies reconnaissent Ouattara comme président élu, à l'image de la quasi-totalité de la communauté internationale. Le Canada a à son tour dimanche appelé Gbagbo à partir.
L'ONU a opposé une fin de non-recevoir à la demande du président sortant d'un retrait de sa mission dans le pays, l'Onuci. Le secrétaire général Ban Ki-moon l'a averti des "conséquences" s'il s'en prenait à elle.
L'Onuci a toutefois poursuivi dimanche ses patrouilles dans Abidjan.
Mais "nous redoublons de vigilance et nous sommes préparés à tout", a dit à l'AFP Hamadoun Touré, porte-parole de l'Onuci. La mission ne veut "pas de confrontation" avec des forces armées loyales à Gbagbo, a-t-il ajouté.
Peu avant que Gbagbo n'exige le retrait des Casques bleus (10.000 hommes) et des 900 soldats français de la force Licorne, le siège de l'Onuci à Abidjan avait essuyé des tirs d'hommes armés "vêtus de tenues militaires" dans la nuit de vendredi à samedi, selon la mission.
Le président sortant et les FDS ont accusé l'Onuci d'appuyer militairement l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) alliée à Ouattara.
Mais Ouattara a écrit à Ban Ki-moon pour lui dire qu'il demande le maintien des Casques bleus et que "les décisions de Laurent Gbagbo sont nulles et de nul effet", selon Patrick Achi, porte-parole de son gouvernement.
Le Conseil de sécurité doit se réunir ce lundi pour évoquer la situation dans le pays et le renouvellement du mandat de l'Onuci, qui expire le 31 décembre.
En raison du risque de "violences", le Royaume-Uni a recommandé dimanche à ses ressortissants de quitter la Côte d'Ivoire. Les Etats-Unis ont ordonné aux employés non-essentiels de leur ambassade et à leurs familles de quitter le pays.
Le durcissement du régime Gbagbo s'est également traduit par la suspension de la publication de plusieurs journaux favorables à Alassane Ouattara.
Dans le nord du pays, tenu depuis 2002 par l'ex-rébellion dirigée par Guillaume Soro, Premier ministre de Ouattara, la tension était également perceptible avec la crainte d'une reprise des combats entre FN et FDS.
A Djébonoua (centre), dernier poste tenu par les FN avant la zone tampon qui sépare le nord du sud tenu par le camp Gbagbo, un élément ex-rebelle a déclaré à l'AFP: "nos hommes sont aux aguets".
La montée de la tension entre les deux camps se traduit aussi à l'étranger. En France, où vit une forte communauté ivoirienne, des heurts à Paris entre partisans de Gbagbo et Ouattara ont fait deux blessés, dont un à l'arme blanche.

Le Parisien
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