lundi 20 décembre 2010

Côte d'Ivoire -Gbagbo, un cas d'école pour l'Afrique

(Charente Libre 20/12/2010)
Laurent Gbagbo s'accroche en Côte-d'Ivoire à un pouvoir que lui dénient les urnes. Au prix déjà de plusieurs dizaines de morts. Contre l'ONU dont il veut chasser les Casques bleus, contre la France «ancienne puissance coloniale» trop active à son goût, contre l'Union africaine. Mais avec le soutien de l'armée ivoirienne et de nombreux partisans sensibles à ses diatribes vantant la «souveraineté nationale» contre le candidat élu «de l'étranger» Alassane Ouattara.
Toutes les admonestations, les menaces de sanction ou les «conseils» de ses anciens amis socialistes français le laissent de marbre. Comme lui semble indifférent le sort de son propre pays en train de rebasculer dans la guerre civile avec les exactions de ses escadrons militaires et paramilitaires contre les partisans de Ouattara.
Nul aujourd'hui ne peut prédire l'épilogue du bras de fer autour de la Côte-d'Ivoire. Menacés d'être chassés du pays, les quelque 10.000 Casques bleus de l'ONU, dont les 900 Français de l'opération Licorne, se disent «préparés à tout»... sauf à prendre l'initiative militaire contre les forces fidèles à Gbagbo.
Faut-il dès lors s'étonner de l'entêtement de cet ancien opposant «socialiste» devenu dictateur? Pas vraiment, car Laurent Gbagbo est un cas d'école dans une Afrique ensanglantée par les guerres fratricides, la corruption toujours alimentée par les grands groupes internationaux et les potentats. Grâce à sa stratégie du hérisson faisant le dos rond face à la menace, Gbagbo se verrait bien devenir pratiquement «Président à vie» comme les Zimbabwéen Paul Mugabe et Soudanais Omar El-Béchir eux aussi au ban de la communauté internationale et plus que jamais maîtres en leurs pays.
Laurent Gbagbo sait qu'il peut compter sur des soutiens, et pas seulement en Côte-d'Ivoire, lorsqu'il fustige les ingérences de puissances extérieures faiseuses de roitelets africains. Dans le dossier ivoirien, la communauté internationale et singulièrement la France souffrent d'un déficit récurrent de crédibilité. Les intérêts économiques et la prévalence accordée à la stabilité politique amènent régulièrement les partenaires de l'Afrique à prendre quelques libertés avec les canons de la démocratie.
Chacun sait à Paris et ailleurs que le fils Bongo a succédé en 2009 à son père au Gabon au prix d'une grossière tricherie électorale. Ce qui n'empêche personne de lui dérouler le tapis rouge. Pour convaincre Laurent Gbagbo de se plier à la loi des urnes, seule solution de nature à éviter un nouveau bain de sang en Côte-d'Ivoire, l'exemplarité des donneurs de leçons n'aurait pas été de trop.

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